Le Dakarois Quotidien N°639 – 30/12/2025
Étiquette : Me BAMBA CISSÉ
YASSINE FALL À LA JUSTICE, Me BAMBA CISSÉ À L’INTÉRIEUR : Le spectre d’un parti-État
La nomination de Yassine Fall au ministère de la Justice et de Me Bamba Cissé au ministère de l’Intérieur pourrait dépasser le cadre d’un simple réaménagement gouvernemental. Elle semblerait traduire une orientation politique : faire de la justice et de la sécurité des instruments au service d’un projet de contrôle accru.
Ces choix, loin d’être anodins, pourraient envoyer un signal fort sur la volonté du régime de verrouiller les institutions et d’imposer une gouvernance partisane.
Yassine Fall, militante assumée du Pastef, avait déjà attiré l’attention en octobre 2024 lorsqu’elle aurait pris publiquement fait et cause pour une passagère ayant agressé verbalement l’ancien président Macky Sall dans un avion. Ce positionnement, jugé partisan par beaucoup, pourrait aujourd’hui nourrir des interrogations sur son aptitude à incarner l’impartialité attendue de la fonction de garde des Sceaux. La justice, censée rester un rempart contre les dérives, risquerait d’être alignée et instrumentalisée.
Les déclarations du président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, affirmant que « ceux qui dérangent » devraient être écartés du corps judiciaire ou encore celles attribuées au Premier ministre Ousmane Sonko selon lesquelles les ministres de la Justice et de l’Intérieur devraient exécuter sans discuter un ordre d’arrestation, pourraient conforter cette lecture d’une justice d’obéissance plutôt que d’équilibre.
De l’autre côté, l’arrivée de Me Bamba Cissé comme ministre de l’Intérieur ne semblerait pas être le fruit du hasard. Plus qu’un avocat connu, il est une vieille connaissance d’Ousmane Sonko qu’il fréquente depuis plus de vingt ans. Lui-même rappelait avoir partagé avec le leader du Pastef des années de doctorat à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD). En 2024, il n’hésitait pas à qualifier Sonko de « phénomène politique » et d’« homme le plus remarquable dans l’histoire politique du Sénégal ». Sa proximité avec le Premier ministre, avérée de longue date, pourrait conforter l’idée d’un appareil sécuritaire confié à un fidèle dont l’allégeance politique ne ferait aucun doute.
Au-delà des personnes, c’est une certaine conception de l’État qui semblerait se dessiner. Les nominations de Yassine Fall et de Me Bamba Cissé pourraient confirmer la mise en place progressive d’un Parti-État où justice et sécurité deviendraient des leviers de domination. Les promesses de rupture, brandies comme des symboles d’espoir, sembleraient céder le pas à une pratique politique qui installerait la peur, fragiliserait la presse, marginaliserait les opposants et mettrait en péril l’indépendance des institutions.
Le Sénégal, longtemps cité en exemple pour son pluralisme et son équilibre démocratique, pourrait, dès lors, se retrouver dans une situation délicate. Si la justice venait à se transformer en bras armé d’un régime, elle perdrait sa fonction de rempart et entraînerait avec elle l’ensemble du système dans une zone de turbulence.
Penda THIAM



