Moody’s dégrade à nouveau la note du Sénégal à Caa2 sur fond de fortes tensions financières

Le Sénégal s’enfonce davantage dans la zone des risques élevés sur les marchés financiers internationaux. Moody’s Ratings a annoncé, vendredi, un nouvel abaissement de la note souveraine du pays, désormais fixée à Caa2 contre Caa1 précédemment, avec une perspective maintenue à négative.

Cette nouvelle dégradation concerne les notes d’émetteurs à long terme en devises étrangères et en monnaie locale, ainsi que les notes senior non garanties en devises étrangères. La notation à court terme demeure, pour sa part, inchangée à « Not Prime ».

À travers cette décision, l’agence de notation confirme les fortes inquiétudes qui entourent la situation budgétaire et financière du Sénégal, alors même qu’une mission du Fonds monétaire international (FMI) séjourne à Dakar du 19 août au 1er septembre pour tenter de relancer les discussions autour d’un nouveau programme.

Les négociations avec le FMI interviennent dans un contexte particulièrement délicat. Le précédent programme à décaissement, d’un montant de 1,8 milliard de dollars, avait été suspendu après la découverte d’importantes divergences sur les chiffres des finances publiques et le refus des autorités sénégalaises d’envisager une restructuration de la dette. Depuis, Dakar cherche à restaurer la confiance des partenaires financiers et à retrouver un accès plus favorable aux marchés.

Avec une note Caa2, le Sénégal se situe désormais dans la catégorie des obligations dites « très spéculatives ». Cette appréciation traduit une perception nettement plus élevée du risque de crédit souverain. Une analyse d’Oxford Economics publiée le 4 juin 2026 avait déjà souligné la détérioration de la perception des investisseurs. Les spreads souverains du Sénégal s’étaient alors rapprochés de ceux de pays comme le Venezuela et le Liban, régulièrement associés aux situations de défaut ou de graves difficultés de remboursement.

Sur les marchés, cette dégradation s’est déjà traduite par une forte baisse de la valeur des obligations sénégalaises. Entre septembre et décembre 2025, les Eurobonds du pays avaient perdu environ 20 % de leur valeur, tandis que les spreads de rendement avaient quasiment doublé, passant d’une moyenne annuelle d’environ 800 points de base à 1 500 points de base.

L’Eurobond arrivant à échéance en 2048 s’échangeait ainsi autour de 51 centimes pour un euro, soit une décote de près de 49 %. Celui arrivant à échéance en 2028, dont l’amortissement a commencé en mars 2026, affichait également une décote supérieure à 30 %. Ces niveaux témoignent de la prime de risque désormais exigée par les investisseurs pour détenir de la dette sénégalaise.

Moody’s met surtout en avant l’ampleur des besoins de financement auxquels l’État doit faire face. Selon l’agence, les besoins bruts de financement du Sénégal représentent environ 25 % du produit intérieur brut. Le remboursement annuel du seul principal correspondrait à environ 18 % du PIB.

À cette pression sur le remboursement du capital s’ajoute l’augmentation rapide du coût du service de la dette. Les paiements d’intérêts sont passés de 16,1 % des revenus de l’État en 2023 à 23,7 % en 2026. Une évolution qui réduit mécaniquement les marges de manœuvre budgétaires du gouvernement et limite les ressources disponibles pour les dépenses publiques et les investissements.

La dette publique totale, entreprises publiques comprises, est désormais estimée par Moody’s à près de 108 % du PIB. Ce chiffre reste inférieur à l’estimation publiée par le FMI, qui avait évalué la dette à 132 % du PIB à fin 2024 après la révélation d’une partie de la dette non déclarée accumulée sous la précédente administration.

La difficulté ne se limite cependant pas au niveau global de la dette. Elle concerne également la capacité du Sénégal à mobiliser rapidement les ressources nécessaires pour honorer ses échéances. Les adjudications régionales de l’UEMOA en décembre 2025 en ont fourni une illustration. Sur les 95 milliards de francs CFA recherchés, seulement 35 milliards avaient finalement été levés. Dans le même temps, le rendement moyen pondéré avait augmenté de 158 points de base en l’espace d’un mois.

Cette évolution constitue un signal préoccupant pour Dakar, qui s’est largement appuyé sur le marché régional pour financer ses besoins en l’absence d’un accès normal aux marchés internationaux. Le marché de l’UEMOA, jusque-là considéré comme un important filet de sécurité, montre ainsi lui aussi des signes de tension.

Les échéances déjà intervenues en 2026 permettent de mesurer concrètement l’ampleur de la pression financière. En mars dernier, l’État sénégalais avait dû mobiliser près de 485 millions de dollars pour honorer une échéance liée à un Eurobond de 2,2 milliards de dollars émis en 2018. Sur cette somme, environ 394 millions de dollars correspondaient au remboursement du principal. L’opération avait notamment nécessité le recours aux banques locales dans un contexte d’accès difficile aux marchés internationaux.

D’autres échéances importantes sont attendues, faisant de 2026 une année particulièrement sensible pour les finances publiques. La Banque mondiale avait d’ailleurs identifié cette période comme un pic de remboursements pour plusieurs pays d’Afrique subsaharienne.

La nouvelle dégradation de Moody’s intervient donc à un moment particulièrement défavorable. Une note souveraine plus faible signifie généralement un coût de financement plus élevé, puisque les investisseurs exigent une rémunération supérieure pour compenser le risque qu’ils associent à la dette du pays. Pour le Sénégal, déjà confronté à des besoins importants de refinancement, cette situation pourrait accentuer la pression sur les comptes publics.

L’agence de notation a également abaissé les plafonds pays du Sénégal. Celui relatif aux engagements en monnaie locale passe de Ba3 à B1, tandis que celui en devises étrangères est ramené de B1 à B2.

Moody’s établit par ailleurs un lien entre la situation financière du pays et les tensions institutionnelles et politiques observées ces derniers mois. L’agence estime que le rapport de force entre l’exécutif et le législatif, exacerbé notamment par le limogeage de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko et son accession à la présidence de l’Assemblée nationale, constitue un facteur susceptible de compliquer l’adoption et la mise en œuvre des mesures budgétaires.

Cette dimension politique vient ainsi s’ajouter aux difficultés purement financières. Pour les agences de notation, la capacité d’un État à mettre en œuvre rapidement les réformes nécessaires constitue en effet un élément déterminant de son profil de crédit.

Le Sénégal dispose toutefois de certains amortisseurs. Moody’s considère notamment l’appartenance du pays à l’UEMOA comme un facteur de soutien important. L’arrimage du franc CFA à l’euro, ainsi que le niveau des réserves de change régionales, estimées à près de 38 milliards de dollars à fin mai 2026, contribuent à limiter le risque d’une crise de change ou d’une crise de balance des paiements.

Ces éléments constituent néanmoins davantage un filet de sécurité extérieur qu’une réponse aux déséquilibres budgétaires internes. La principale difficulté demeure la capacité du Sénégal à mobiliser suffisamment de ressources pour financer son déficit, honorer ses échéances et réduire progressivement son endettement.

Cette nouvelle décision de Moody’s constitue la troisième dégradation de la note souveraine du Sénégal en un peu plus d’un an. En octobre 2025, l’agence avait déjà abaissé la note de B3 à Caa1. À l’époque, le ministère des Finances avait vivement contesté cette appréciation, jugeant les hypothèses de Moody’s « spéculatives, subjectives et biaisées ».

Une nouvelle dégradation avait également été opérée par S&P Global Ratings plus tôt en 2026, confirmant la détérioration du regard porté par les grandes agences internationales sur les finances publiques sénégalaises.

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