Le Dakarois Quotidien N°727 – 30/04 AU 03/05/2026
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La polémique autour de la candidature d’Ousmane Sonko et de la volonté affichée de certains de contester sa condamnation judiciaire continue de susciter de vifs débats dans l’opinion publique. Pour Guem Sa Bopp, mouvement citoyen et politique, la situation dépasse désormais le simple cadre judiciaire et révèle une tentative manifeste d’instrumentalisation des institutions.
Selon Moussa Niang, Délégué national à la vie politique de Guem Sa Bopp, il ne s’agit plus d’un procès ou d’un débat sur la justice, mais d’un bras de fer politique orchestré au détriment des règles et des institutions. « Lorsqu’un pouvoir s’acharne à réécrire les règles après une condamnation définitive, il ne réforme pas les institutions, il les instrumentalise », affirme-t-il. La condamnation de M. Sonko pour diffamation est définitive et conforme à l’article 627 du Code de procédure pénale, qui impose un délai strict de dix jours pour produire la preuve. Faute d’avoir respecté cette exigence, le leader politique a été déchu légalement de son droit de preuve et la décision judiciaire bénéficie de l’autorité absolue de la chose jugée.
Pour Guem Sa Bopp, les tentatives actuelles de réouverture du dossier s’appuient sur des documents prétendument incriminants, mais qui ne résistent pas à l’examen des faits. Ni rapport de l’Inspection générale d’État (IGE), ni rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) n’existent pour accabler Ousmane Sonko. Le rapport de la Cour des comptes 2023 sur la gestion 2018-2021 confirme que le Programme de Développement des Compétences (PRODAC) n’a jamais fait l’objet d’un audit, à l’exception d’une vérification contractuelle menée par l’IGF en 2017 entre l’État et l’entreprise Green 2000. Aucun élément nouveau juridiquement recevable n’a donc été produit. Dans ces conditions, toute tentative de rouvrir le procès constitue, selon le mouvement, une impasse juridique totale, dépourvue de fondement légal et vouée à l’irrecevabilité.
Pour Moussa Niang, la démarche actuelle n’a qu’un objectif clair : une offensive politique visant à contester la décision judiciaire et à rétablir artificiellement l’éligibilité d’Ousmane Sonko. Sous couvert de réformes institutionnelles, qu’il s’agisse de modifications du Code électoral ou de la transformation du Conseil constitutionnel en Cour constitutionnelle, l’enjeu véritable reste de corriger une sanction judiciaire par des moyens politiques. « La loi électorale est sans ambiguïté : en conséquence de sa condamnation définitive, Ousmane Sonko est inéligible. Il ne pourra participer ni aux prochaines élections locales, ni aux législatives, ni à la présidentielle », rappelle Moussa Niang.
Guem Sa Bopp insiste sur la nécessité de respecter la loi dans son caractère général et impersonnel. « La loi ne saurait être façonnée pour un individu, encore moins pour effacer une décision de justice », souligne le mouvement. Pour le Délégué national à la vie politique, ce qui est présenté comme une réclamation de justice n’est en réalité qu’un échec juridique transformé en agitation politique. Et pour Moussa Niang, la République, pour rester digne de son nom, ne doit jamais céder au chantage politique, quelle qu’en soit la pression.
Le Président Diomaye Faye a pris la parole. Mais derrière un vernis rhétorique poli et quelques annonces chiffrées, la réalité frappe. Car le Sénégal qu’il décrit n’est pas celui que vivent des millions de citoyens. Les promesses s’accumulent, mais les actes se font attendre. Entre slogans, tripatouillages institutionnels et discours décousu, le peuple n’a pas élu un narrateur, mais cherche un bâtisseur.
Un pays décrit… mais pas vécu
Le Chef de l’État vante des milliers de salles de classe, plus de 180 km de routes, une baisse du coût de la vie.
Cependant, sans relance économique, sans création de richesse et sans pouvoir d’achat, ces annonces restent suspendues dans l’air.
On affiche des chiffres, mais les assiettes restent vides. On parle de baisse des prix, tandis que les revenus stagnent.
Ainsi, la statistique remplace le vécu quotidien.
Agriculture : la souveraineté… sans la terre
La souveraineté alimentaire est brandie comme un mantra.
Pourtant, sans réforme foncière, sans accès sécurisé à la terre et sans baisse réelle du coût des intrants, cette souveraineté reste un slogan creux.
On proclame la rupture, mais on perpétue l’importation.
Ainsi, la rhétorique masque la continuité de la dépendance alimentaire.
Arachide : le discours contredit par la campagne
Le Président affirme que la filière arachidière est redynamisée.
Pourtant, à peine le discours terminé, des paysans ont organisé un concert de casseroles pour exiger l’achat de leurs récoltes.
Ainsi, quand le pouvoir célèbre, le monde rural proteste.
L’arachide continue d’être exportée brute, les producteurs restent exploités et les circuits demeurent opaques.
On parle de valeur ajoutée, mais on entretient la dépendance.
Pêche : protéger sans protéger
La défense de la pêche artisanale était promise.
Or, les accords de pêche étrangers ne sont ni suspendus ni renégociés sérieusement, la surveillance reste faible et la transformation locale est absente.
Ainsi, la mer est sacrifiée tandis que le discours flotte.
Emploi : le mirage des chiffres
Le Chef de l’État parle d’emplois massifs.
Cependant, aucun plan chiffré, aucun calendrier, aucun financement clairement identifié n’est présenté.
L’emploi devient une promesse émotionnelle et non une politique publique.
Ainsi, on rassure la jeunesse par les mots, mais on l’abandonne dans les faits.
Santé : déclaration d’intention sans moyens
La justice sociale est invoquée. Pourtant, les hôpitaux restent sous-équipés, la CMU demeure largement inopérante et le personnel médical est abandonné à l’épuisement.
Ainsi, la déclaration d’intention proclamée ne guérit personne.
Recrutements publics : l’opacité qui inquiète
Le pouvoir se félicite de recrutements :
2 000 enseignants sans critères connus
2 300 employés à la SONACOS sans appel à candidature
Car, un État sérieux recrute dans la transparence, et non dans le soupçon de clientélisme.
Ainsi, ce qui devrait être une garantie devient un instrument de doute et de frustration.
Réformes institutionnelles : entre chambre d’enregistrement et tripatouillages
L’indépendance de la justice est proclamée.
Or, les poursuites paraissent sélectives et le Conseil supérieur de la magistrature reste sous influence exécutive.
La Cour constitutionnelle ne nous inspire pas confiance. En effet, elle s’annonce comme une chambre d’enregistrement des volontés juridiques de PASTEF, mais également comme une passoire où tous les désiderats de PASTEF passeront comme lettres à la poste.
De plus, la modification annoncée du Code électoral suit le même chemin : validée par le Conseil des ministres, confirmée par une Assemblée nationale où PASTEF a une majorité écrasante et entérinée par les lois internes du parti.
Ainsi, nous attendrons les Sénégalais sur ces dérives, ces manquements et ces tripatouillages, qui risquent de conduire le peuple au gouffre.
La loi doit avoir une portée générale, impersonnelle et transcender les clivages et obédiences politiques.
En effet, sans cela, les institutions deviennent un instrument de pouvoir partisan et non une protection pour tous.
Un discours sans architecture
Le discours est décousu : éducation, santé, retour à l’éducation, sécurité, énergie puis encore santé.
Ainsi, ce n’est pas une vision, c’est une juxtaposition.
Or, un discours présidentiel doit hiérarchiser, trancher et orienter. Ici, le fil conducteur est absent.
En définitive, le peuple n’a pas élu un narrateur. Le discours du Président Diomaye Faye accumule :des intentions sans mécanisme, des promesses sans instruments, une morale sans architecture institutionnelle.
Ainsi, il est bien écrit, il est bien prononcé, mais il reste politiquement creux.
Le peuple sénégalais n’a pas élu un narrateur, mais veut un bâtisseur.
On ne gouverne pas avec des mots, mais avec des décisions.
Par conséquent, tant que le Sénégal raconté ne rencontrera pas le Sénégal vécu, la fracture entre le pouvoir et le peuple continuera de s’élargir.
Moussa Niang délégué National à la vié politique de Guem Sa Bopp, les jambaars.