Nathalie Yamb : l’angle mort du panafricanisme radical

L’ex-femme de l’activiste pro russe et panafricaniste a été arrêtée au bénin avant d’être relâchée. Keba, qui s’est fendu de plusieurs sorties pour fustiger cette arrestation, appelant à la dictature, oublie qu’il est lui-même conseiller du président de la junte nigérienne Abderahmane Tiani qui tient en otage Mohamed Bazoum depuis bientôt trois ans.
Kemi est une icône du panafricanisme radical. Dans cet écosystème du panafricaniste radical, une constante saute aux yeux : Kemi Seba encaisse, Nathalie Yamb avance sans encombre. L’un est frontal, poursuivi, expulsé… tandis que l’autre est omniprésente, invitée, relayée. Pourtant, derrière cette dissymétrie de traitement, une réalité dérangeante s’impose : leurs lignes idéologiques sont jumelles. Même rhétorique, mêmes alliances, mêmes méthodes. La différence n’est pas politique, elle est stratégique et médiatique.
Un même pont idéologique… pour deux destins médiatiques opposés
Nathalie Yamb et Kemi Seba avancent sur le même pont politique et idéologique : un panafricanisme radical, structuré autour de trois piliers constants. Un anti-français obsessionnel ; une rupture proclamée avec l’Occident et une fascination assumée pour la Russie.
Sur le fond, les convergences entre les deux sont nombreuses. D’abord, une domination conjointe des réseaux sociaux panafricanistes jusqu’en 2024, un soutien explicite à la Russie et à ses positions en Afrique, un recours massif à des informations non vérifiées ou orientées et des sanctions européennes et interdictions d’entrée sur le territoire de l’UE.
Mais sur la forme, le contraste est total. Kemi Seba est devenu l’homme à abattre, attaqué de toutes parts, y compris par d’autres panafricanistes. Nathalie Yamb, elle, avance à couvert, protégée par une posture d’« intellectuelle militante », un ton plus feutré, une rhétorique plus sophistiquée. Celle qui se dénomme « la dame de Sotchi » s’en sort mieux, faut-il le reconnaître.
Ce décalage de traitement ne tient ni à la cohérence idéologique, ni à la solidité factuelle de ses prises de position. Il repose sur une illusion de rigueur. Yamb utilise un vocabulaire plus académique et use de la victimisation face aux critiques.
Mais dès que l’on quitte la surface discursive pour examiner les faits, les incohérences apparaissent en série. Nathalie Yamb dénonce avec constance l’impérialisme français, qualifié de « néocolonial ».
Mais soutient l’action du groupe Wagner au Mali. Il ne s’agit pas d’une rupture avec l’impérialisme, mais d’un simple changement de parrain. Remplacer une hégémonie par une autre n’est pas une émancipation, c’est une translation de dépendance.
Installée en Suisse, et revendiquant une nationalité suisse, Nathalie Yamb mène sa croisade idéologique depuis le confort de l’Occident qu’elle vilipende. Cette position cristallise une hypocrisie largement dénoncée : critiquer l’Occident sans jamais en quitter les avantages.
L’intransigeance affichée contre certains régimes africains contraste violemment avec le mutisme quasi total sur le Cameroun, pourtant marqué par plus de quarante ans de pouvoir autoritaire sous Paul Biya. Ce silence nourrit les soupçons de complaisance. Nathalie Yambcritique tous les régimes démocratiques en Afrique francophone mais ne dit rien du Cameroun et des quatre décennies du Président Biya.
Ainsi, le contraste est désormais évident : Kemi Seba paie le prix fort de positions que Nathalie Yamb partage largement mais qu’elle exprime différemment. Cette différence de traitement n’efface pas les incohérences de fond. Elle les rend simplement moins visibles, pour l’instant.
Dans un espace informationnel de plus en plus scruté, les incohérences finissent toujours par refaire surface.

Signe Saer Diop

Paris affiche la revendication panafricaine : réparations et restitution pour l’Afrique

Paris a été, ce vendredi, le théâtre d’une campagne visuelle marquante orchestrée par la diaspora africaine. De la place de la République aux abords de la tour Eiffel, des affiches au message sans équivoque ont été placardées : « Réparations, Restitution, Renaissance pour l’Afrique ! » Une action symbolique visant à briser le silence autour des dettes coloniales et à exiger justice.

Au cœur du message, une interpellation directe à la France sur son passé colonial. Les affiches dénoncent la rétention, par des institutions françaises comme le musée du Quai Branly ou le Louvre, de trésors culturels africains. Des artefacts béninois, des masques sacrés maliens ou encore des pièces ivoiriennes, acquis durant la colonisation, sont ainsi pointés du doigt. Leur restitution immédiate au continent africain constitue une revendication centrale de la mobilisation.

Cette campagne s’inscrit dans une dynamique internationale plus vaste. Le rappeur-activiste nigérian Emmanuel Great Okugun, connu sous le nom de Gee Baller, porte ce combat au-delà des rues parisiennes. Sa pétition sur Change.org, « Return Africa’s Stolen Heritage: Repatriation and Reparations Now », est devenue un symbole fédérateur. Elle réclame non seulement la restitution des biens culturels pillés, mais aussi des réparations financières pour des siècles d’exploitation systématique.

Mais les organisateurs rappellent que les enjeux dépassent la seule compensation matérielle. Ils posent des questions fondamentales : comment évaluer le coût de millions de vies brisées par la traite esclavagiste ? Comment mesurer l’effondrement des structures sociales et économiques provoqué par la colonisation ? Pour eux, les réparations relèvent avant tout d’un impératif moral.

Dans les rues de Paris, l’impact est immédiat. Touristes et résidents s’arrêtent, lisent les slogans, s’interrogent. Pour beaucoup, cette campagne révèle avec une intensité nouvelle l’ampleur des spoliations coloniales. D’autres, déjà sensibilisés, saluent une initiative qui offre enfin une visibilité européenne aux luttes africaines pour la justice historique.

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