Dyarchie au sommet de l’État : Penda Mbow appelle à une réforme constitutionnelle pour clarifier le pouvoir

Au Sénégal, la configuration actuelle du pouvoir exécutif suscite de plus en plus de débats. Alors que la Constitution consacre un régime présidentiel fort, la relation entre le président de la République Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko semble redéfinir, dans la pratique, les équilibres institutionnels au sommet de l’État. Cette situation, perçue par certains comme une forme de dyarchie, alimente interrogations et inquiétudes dans le champ politique.

Depuis le congrès de la coalition DiomayePrésident et le lancement parallèle de l’Alliance Patriotique pour le Travail et l’Éthique, les relations entre les deux têtes de l’exécutif donnent le sentiment d’un passage progressif d’un duo complémentaire à une rivalité feutrée. Une évolution qui, sans être officiellement conflictuelle, laisse entrevoir des divergences dans l’exercice du pouvoir et dans la définition des priorités politiques.

C’est dans ce contexte que l’historienne et ancienne ministre Penda Mbow a pris la parole, à l’occasion d’un panel consacré aux causes profondes de l’instabilité au Sahel. Elle a exprimé de manière claire ses préoccupations face à ce qu’elle considère comme une anomalie institutionnelle. Selon elle, le Sénégal se retrouve aujourd’hui dans une situation inédite où deux figures exercent une influence déterminante au sommet de l’État, une configuration qui ne correspond pas à l’esprit de la Constitution.

Pour Penda Mbow, cette dualité ne peut être laissée en l’état. Elle estime que le cadre juridique actuel est en décalage avec la réalité politique observée. Dans un régime présidentiel, rappelle-t-elle, le chef de l’État est censé incarner pleinement le pouvoir exécutif. Or, la légitimité politique dont bénéficie le Premier ministre, notamment auprès d’une large frange de la jeunesse, vient brouiller cette architecture institutionnelle.

L’universitaire souligne que cette légitimité parallèle repose sur le parcours politique d’Ousmane Sonko et sur l’adhésion populaire dont il continue de jouir. Ce facteur rend, selon elle, l’exercice du pouvoir plus complexe pour le président Bassirou Diomaye Faye, dans la mesure où la Constitution ne prévoit pas une répartition aussi marquée de l’influence au sein de l’exécutif.

Face à cette situation inédite, Penda Mbow plaide pour une réforme constitutionnelle en profondeur. Elle propose notamment d’ouvrir le débat sur un éventuel passage à un régime parlementaire, qui permettrait de mieux refléter les réalités politiques actuelles et d’instaurer un équilibre plus clair entre les différents pôles de pouvoir. Une telle réforme, selon elle, offrirait un cadre institutionnel plus adapté à la dynamique politique du pays.

Par ailleurs, l’ancienne ministre de la Culture s’est montrée critique à l’égard de certaines orientations politiques portées par le Premier ministre, notamment en ce qui concerne le rôle du parti dans la gestion de l’État. Elle met en garde contre toute tentative de retour à un modèle de parti-État, qu’elle considère comme dépassé et incompatible avec les exigences démocratiques contemporaines.

Penda Mbow insiste sur le fait qu’aucune formation politique, dans le contexte actuel, ne dispose des capacités nécessaires pour régenter à elle seule l’ensemble de la société. Elle appelle plutôt à une approche fondée sur une participation citoyenne élargie, seule à même de répondre efficacement aux défis de développement auxquels le Sénégal est confronté.

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