Le Dakarois Quotidien N°639 – 30/12/2025
Étiquette : PÉTROLE
Le Dakarois Quotidien & Le Dakarois Sports N°543 – 25/08/2025
PÉTITION ACCUSANT DAKAR D’AVOIR EXCLU BANJUL DE L’EXPLOITATION DU PÉTROLE : Le champ de Sangomar fait-il des jaloux ?
L’affaire fait grand bruit en Gambie, mais c’est le silence absolu au Sénégal. Un juriste britannico-gambien, Ousman F. M’Bai, ancien procureur spécialisé dans la criminalité financière au Royaume-Uni, a déposé une pétition explosive auprès de la CEDEAO. Dans cette requête au ton particulièrement grave, il réclame la part gambienne de l’exploitation d’un réservoir pétrolier transfrontalier offshore, situé dans la zone de Sangomar.
Dans sa pétition adressée au président de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Ousmane F. Mbai dénonce l’instrumentalisation, depuis 2017, de la force d’intervention ECOMIG, censée stabiliser la Gambie après le départ de Yahya Jammeh, mais qui, d’après lui, aurait permis au Sénégal d’étendre son influence sur des institutions clés gambiennes, plus précisément dans le secteur des ressources naturelles. Il accuse le Sénégal, sous l’impulsion du Président Macky Sall, d’avoir abusé de cette position dominante, via ses agents infiltrés, pour empêcher toute négociation d’unitisation. Ce processus est une procédure requise par le droit international lorsque des gisements d’hydrocarbures traversent des frontières nationales, selon le fils de feu Fafa Mbai. Pour étayer son propos, M. M’Bai cite la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS) et reproche au Sénégal d’avoir agi de mauvaise foi, en refusant de coopérer pour une gestion équitable de la ressource pétrolière commune. Ainsi, demande-t-il l’ouverture d’une enquête indépendante ou, à défaut, la facilitation d’un dialogue diplomatique entre le Sénégal et la Gambie.
Par ailleurs, le juriste international affirme que Woodside et FAR Ltd ont poursuivi unilatéralement le développement du champ de Sangomar, en dépit de preuves géologiques reconnues par leurs propres experts indiquant que le réservoir s’étend jusqu’au bloc A2 de la Gambie. Le redécoupage silencieux de ce bloc en 2023, à l’en croire, coïncidant avec la sortie de FAR Ltd du pays et la révision du code maritime sénégalais, aurait entraîné l’exclusion de zones à fort potentiel telles que Bambo-1, Soloo, Soloo Deep et Panthera, estimées à plus d’un milliard de barils récupérables.
« Cette démarcation illégale prive la Gambie de sa souveraineté sur ces ressources (…) Elle crée une zone tampon tacite qui bénéficie au Sénégal et à Woodside, tout en spoliant une nation entière de son avenir énergétique. », insiste M. M’Bai.
Toutefois, ce dossier a l’air d’avoir des contours politiques. En toile de fond, l’ombre de Yahya Jammeh. En exil, l’ancien président gambien Yahya Jammeh, dans un discours virulent relayé par ses partisans, juin dernier, a directement accusé Macky Sall d’avoir « volé le pétrole gambien » avec la complicité de son successeur Adama Barrow. L’ex-homme fort de Banjul, qui n’a jamais digéré son départ du pouvoir sous pression régionale, s’en est également pris à l’actuel Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, qu’il accuse de « complicité par le silence », en contradiction avec ses discours en faveur de la souveraineté et de la transparence.
Face à ces accusations croisées, Dakar continue de garder le silence. Ni le ministère sénégalais du Pétrole, ni Petrosen, ni Woodside Energy n’ont pas encore réagi, malgré plusieurs lettres, selon M. M’Bai. Une attitude qui, d’après lui, appelle une réaction ferme de la CEDEAO pour éviter un climat de méfiance généralisée entre les États de la sous-région.
En attendant, la question reste entière : le pétrole de Sangomar pourrait-il empoisonner les relations entre le Sénégal et la Gambie ?
Penda THIAM
Le Dakarois Quotidien & Le Dakarois Sports N°533 – 08/08/2025
Le brut sénégalais génère près de 800 milliards de francs CFA en six mois
Devenu pays producteur de pétrole depuis seulement six mois, le Sénégal dépasse déjà les attentes en matière de production pétrolière. Selon les données révélées par le ministère de l’Énergie, du Pétrole et des Mines, le champ offshore de Sangomar, exploité en partenariat avec la société australienne Woodside, a permis de produire 16,9 millions de barils de pétrole brut en 2024, surpassant largement l’objectif initial fixé à 11,7 millions de barils.
Au-delà des volumes impressionnants, c’est surtout l’impact économique de cette exploitation qui attire l’attention. Bien que le ministère reste discret sur les chiffres officiels concernant les recettes financières, Confidentiel Dakar estime que la production de pétrole brut a généré environ 800 milliards de francs CFA de recettes brutes depuis le premier baril produit en juin 2024.
Cette estimation repose sur le prix moyen du baril sur le marché international, ainsi que sur les cargaisons expédiées par Woodside. Ces recettes brutes pourraient encore augmenter dans les mois à venir, au fur et à mesure de la montée en puissance des infrastructures de production et d’exportation.
Malgré un contexte international marqué par une baisse des cours du pétrole, le Sénégal a pu bénéficier d’une conjoncture favorable, avec un prix moyen du baril de Brent resté au-dessus de 70 dollars tout au long de la période. Cette situation a permis de garantir une rentabilité significative pour les acteurs de l’exploitation pétrolière.
Selon les informations recueillies par Ledakarois.sn, pour le seul mois de décembre 2024, Woodside a vendu trois cargaisons issues du champ pétrolier de Sangomar. Ces ventes ont généré un montant estimé à 130 milliards de francs CFA, renforçant ainsi les performances financières de ce projet stratégique pour le pays.
L’entrée du Sénégal dans le cercle des pays producteurs de pétrole constitue une avancée majeure pour son économie. Cependant, ces performances financières exceptionnelles posent également la question de la gestion transparente et équitable des revenus pétroliers.
L’expérience d’autres pays africains riches en ressources naturelles montre que l’exploitation pétrolière peut devenir un levier puissant pour le développement économique, à condition que les revenus soient réinvestis dans des secteurs clés tels que la santé, l’éducation, les infrastructures et l’emploi.
Le gouvernement sénégalais est désormais attendu sur la gestion de ces milliards générés par le pétrole brut. La population et les observateurs internationaux appellent à une transparence totale dans la gestion des revenus pétroliers, afin que cette manne profite directement au développement du pays et améliore les conditions de vie des Sénégalais.
EXPORTATION DU PÉTROLE DE SANGOMAR : Shell International Trading, premier revendeur du brut sénégalais
Les premières cargaisons de pétrole brut du Sénégal, extraites du projet Sangomar, sont préparées pour leur transit vers les raffineries situées aux Pays-Bas et en Italie. Ainsi, le Sénégal fait officiellement son entrée dans le cercle restreint des pays exportateurs de pétrole avec cette première série de cargaisons destinées aux marchés européens. Le projet Sangomar, dirigé par Woodside Energy, a été plus qu’important pour l’extraction et le démarrage de l’exportation de cette ressource stratégique à Rotterdam (Pays-Bas) et à Trieste (Italie). Cette initiative historique ouvre une nouvelle ère dans l’exploitation pétrolière du pays, promettant des retombées économiques majeures.
Le 1er juillet, le pétrolier grec Maran Poseidon a chargé la première cargaison de brut moyen-acide provenant du projet Sangomar. Selon les données de S&P Global Commodities at Sea, reprises par Energynews, ce navire devrait quitter le Sénégal avant le 20 juillet pour rejoindre le hub néerlandais de Rotterdam. Une deuxième cargaison est également programmée, avec pour destination finale, la ville portuaire italienne de Trieste.
Shell International Trading, agissant comme affréteur du Maran Poseidon, se positionne comme le premier acheteur de ce brut sénégalais. Cette toute première expédition est destinée à être raffinée à la raffinerie Pernis de Shell à Rotterdam, une des plus grandes d’Europe avec une capacité de 404,000 barils par jour.
L’arrivée du pétrole sénégalais en Europe intervient à un moment crucial où la concurrence est rude. En effet, l’alliance des producteurs OPEC+ cherche à stabiliser les prix du pétrole par des réductions de production. Avec une capacité de production initiale de 100,000 barils par jour, le pétrole de Sangomar offre une nouvelle source non-OPEC+ pour le marché européen.
Le Sénégal espère donc que ce nouveau secteur contribuera à contenir l’émigration légale comme illégale en offrant aux jeunes des opportunités économiques attrayantes sur place. Selon Thierno Ly, directeur de la compagnie nationale Petrosen, cette première exportation de pétrole de Sangomar marque une ère nouvelle pour l’économie et le développement social du Sénégal.
Outre le projet Sangomar, le Sénégal attend avec impatience le démarrage du projet LNG Greater Tortue Ahmeyim, un projet gazier développé par BP et Kosmos Energy à la frontière avec la Mauritanie. Ce projet promet de renforcer davantage la position du Sénégal sur la scène mondiale de l’économie minière.
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