Derrière les chiffres froids du mariage précoce et des grossesses adolescentes se cachent des vies bouleversées, des rêves brisés et des voix longtemps étouffées. Dans la région de Kaolack, Plan International Sénégal, avec l’appui de Plan International Belgique, a choisi de placer au cœur de son action celles que l’on entend trop rarement : les adolescentes elles-mêmes.
Depuis quelques jours, une vaste évaluation des besoins est menée sur le terrain dans les départements de Kaolack, Nioro et Guinguinéo, des zones où les mariages précoces et les unions informelles demeurent une réalité préoccupante. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la préparation du futur programme quinquennal de coopération belge au développement (DGD 2027-2031).
« Nous voulons partir du vécu réel des filles, comprendre ce qui les empêche de poursuivre leur scolarité, de retarder le mariage et d’exercer pleinement leurs droits », explique Pape Samba Ba, coordonnateur national du programme DGD 2022-2026, lors de l’atelier de restitution de l’analyse contextuelle tenu ce jeudi à Kaolack.
Comprendre avant d’agir
Contrairement aux approches classiques, cette démarche ne se limite pas à une simple collecte de statistiques. Elle s’appuie sur le modèle COM-B (Capacité, Opportunité, Motivation – Comportement), un outil d’analyse qui permet d’explorer en profondeur les normes sociales, les rapports de pouvoir et les contraintes économiques influençant les décisions familiales.
« Le mariage précoce n’est pas uniquement une question de tradition. Il est souvent lié à la pauvreté, à l’insécurité et à des normes de genre profondément ancrées », souligne Pape Samba Ba. L’enjeu, selon lui, est de concevoir des réponses durables capables d’induire des changements de comportement à long terme.
Les communautés au cœur du processus
Sur le terrain, l’ONG APROFES joue un rôle central en tant que partenaire de mise en œuvre dans la région de Kaolack. Fortement implantée au niveau local, l’organisation facilite le dialogue avec les familles, les leaders religieux et les autorités administratives.
« Notre rôle est de créer un climat de confiance afin de permettre aux adolescentes et aux communautés de s’exprimer librement », explique Macoura Diop, coordonnateur du projet DGD au sein d’APROFES. Des discussions de groupe, des entretiens individuels et des observations de terrain sont menés dans le strict respect des principes éthiques et des normes de protection des participantes.
Donner la parole pour changer les trajectoires
Cette phase de terrain vient compléter une première étape fondée sur l’analyse de la littérature existante et des données disponibles. Mais pour les acteurs du projet, rien ne peut remplacer la parole directe des filles concernées.
« Écouter les adolescentes, c’est déjà un acte de prévention », confie un acteur communautaire impliqué dans l’évaluation. Les informations recueillies serviront de socle à de futures interventions visant à maintenir les filles à l’école, retarder l’âge du mariage et renforcer leur autonomie économique et sociale.
À Kaolack, cette évaluation marque ainsi un tournant : celui d’une lutte contre les mariages précoces qui commence par l’écoute, la compréhension et l’engagement actif des communautés elles-mêmes.