Crise sociale au Port autonome de Dakar : les syndicats dénoncent des licenciements massifs

Le Port autonome de Dakar (PAD) est au cœur d’une vive contestation sociale. Lors d’un grand rassemblement tenu ce vendredi au siège de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (CNTS), les syndicats ont dénoncé une vague de licenciements touchant des centaines de travailleurs.

« Ce qui se passe au PAD est un drame social », s’est indigné Abdou Ndiaye, syndicaliste, lors de son intervention relayée par Les Échos. Selon lui, 781 travailleurs ont été licenciés dans le cadre de l’audit en cours, les laissant sans emploi ni perspectives d’avenir.

Cette situation suscite l’inquiétude et la colère des travailleurs, qui estiment être victimes d’une gestion jugée arbitraire. Pour les syndicats, ces licenciements de masse sont une atteinte aux droits des employés et témoignent d’une absence de dialogue social.

L’un des principaux griefs formulés à l’encontre de la direction du PAD concerne la politique de recrutement actuelle. « Le directeur général, Wally Diouf Bodian, recrute des CDI alors qu’il y a des agents qui ont rempli les conditions après plusieurs CDD », a dénoncé Abdou Ndiaye.

Les syndicats reprochent à la direction de ne pas privilégier la régularisation des travailleurs en contrat à durée déterminée (CDD), pourtant en poste depuis plusieurs années, et de procéder à de nouvelles embauches en contrat à durée indéterminée (CDI).

Face à cette crise sociale, les centrales syndicales appellent les autorités à intervenir pour rétablir le dialogue et trouver des solutions aux revendications des travailleurs. Ils exigent la réintégration des employés licenciés et une plus grande transparence dans la gestion des ressources humaines au sein du PAD.

Abass Fall sur les licenciements au Port autonome de Dakar : “Il faut assainir”

Dans un entretien accordé au journal Le Soleil ce mercredi 15 janvier, le ministre du Travail, de l’Emploi et des Relations avec les Institutions, Abass Fall, s’est exprimé sur les licenciements signalés au Port autonome de Dakar (PAD). Tout en appelant à la prudence, il a justifié la nécessité de procéder à des réformes profondes pour assainir la situation dans certaines entreprises publiques.

« Il faut assainir », a-t-il déclaré, mettant en lumière des dysfonctionnements majeurs dans la gestion des ressources humaines au PAD et dans d’autres structures étatiques. Abass Fall a notamment pointé du doigt des pratiques de recrutements politiques et des irrégularités graves : « Il y a des gens recrutés qui ne viennent même pas au travail. Pire, nous avons découvert plus de 200 personnes qu’on ne reconnaît même pas. Certaines entreprises prétendument éligibles dans la convention État-employeurs n’avaient même pas connaissance de leur statut. »

Le ministre a également dénoncé des situations rocambolesques, évoquant des cas où des individus percevaient des salaires à leur insu : « On appelle certaines personnes et elles disent n’avoir jamais reçu d’argent, alors que les fonds ont bien été envoyés. Ce sont des choses incroyables. »

Sur les licenciements au PAD, Abass Fall a tenu à préciser que le directeur général, Waly Diouf Bodian, a démenti l’information faisant état de renvois massifs. Toutefois, il a reconnu que certains contrats n’ont pas été renouvelés, car, selon lui, « il arrive un moment où il faut se séparer de ceux qui ne sont pas utiles à l’entreprise, tout en respectant le droit du travail ».

Pour Abass Fall, la solution réside dans un système de départ volontaire, permettant aux entreprises de redresser leurs finances et de recruter de manière plus stratégique à l’avenir. « Il faut revenir à ce système de départ volontaire jusqu’à ce que les entreprises puissent avoir la possibilité de recruter à nouveau. »

Crise au Port Autonome de Dakar : tensions croissantes entre la direction et les syndicats

Une situation tendue persiste au Port autonome de Dakar (PAD), alors que le directeur général, Waly Diouf Bodian, fait face à une forte opposition de l’intersyndicale des travailleurs. La crise a été exacerbée par le licenciement de trois employés, accusés d’avoir partagé sur WhatsApp une capture d’écran le montrant à la télévision, avec des allégations d’octroi de marchés à des proches.

Selon le journal Les Echos, ces trois employés auraient diffusé un message indiquant que le directeur général avait attribué un contrat de 24 millions de francs CFA à son frère. Cette publication a entraîné une « demande d’explication » immédiate de la part de la direction, mais les employés concernés n’ont pas été en mesure de fournir les preuves demandées. Le conseil de discipline, saisi de l’affaire, a proposé des sanctions, et les trois membres du personnel ont finalement été licenciés.

L’intersyndicale a vivement réagi à ces licenciements, qualifiés d’« abusifs ». Elle dénonce une « gestion autoritaire et abusive » de Waly Diouf Bodian, l’accusant d’avoir instauré « un climat de terreur » depuis son arrivée. Les syndicalistes affirment que cette gouvernance bafoue les droits fondamentaux des travailleurs, en violation de la Constitution, du Code du travail et des règlements internes de l’entreprise.

Les libertés syndicales seraient également en danger, d’après l’intersyndicale, qui note qu’un nombre important de contrats de travail ont été gelés sous prétexte d’un audit du personnel. En réponse à ces situations, les syndicats ont saisi l’Inspection du travail et de la sécurité sociale pour tenter de résoudre ces différends.

L’intersyndicale accuse également Waly Diouf Bodian d’avoir outrepassé les recommandations du conseil de discipline. Après avoir reçu une demande d’explication, trois représentants syndicaux ont été convoqués devant le conseil, mais le délai de saisine étant expiré, le conseil a recommandé une simple mise à pied. Néanmoins, le directeur général aurait décidé de licencier les syndicalistes concernés, parmi lesquels se trouvent deux secrétaires générales et un secrétaire administratif, en dépit de cette recommandation.

Dans son communiqué, l’intersyndicale ne cache pas son mécontentement face à la direction actuelle. Elle attribue à cette « mauvaise gouvernance » de graves répercussions sur le fonctionnement du Port autonome de Dakar, menaçant directement la stabilité des activités portuaires. En conclusion, les syndicats appellent au « départ immédiat » de Waly Diouf Bodian, mettant en avant la nécessité d’une gestion plus respectueuse des droits des travailleurs et des règles de gouvernance.

Alors que cette crise se poursuit, l’avenir du Port autonome de Dakar semble plus incertain que jamais. Entre tensions internes et impacts économiques potentiels, le besoin de trouver une solution rapide et équilibrée se fait sentir. Les prochaines étapes, notamment l’issue des recours déposés auprès de l’Inspection du travail, détermineront en grande partie le cours des événements et le climat social au sein de cette infrastructure stratégique pour le Sénégal.

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