Le Sénégal poursuit une lutte ambitieuse contre la faim et la malnutrition à travers une approche multisectorielle articulée autour de politiques agricoles, sociales et sanitaires. Selon les données publiées par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie, le pays a engagé plusieurs leviers stratégiques majeurs, notamment la Stratégie nationale de sécurité alimentaire et de résilience (SNSAR 2015-2035), le Programme national d’Autosuffisance en Riz (PnAR) ainsi que le développement des agropoles, afin de renforcer durablement la production locale et améliorer l’accès à une alimentation suffisante et diversifiée.
Dans un contexte marqué par l’inflation mondiale et les chocs économiques successifs, l’État a également mis en place des subventions importantes pour préserver le pouvoir d’achat des ménages. Ces mesures visent à limiter l’impact de la hausse des prix des denrées alimentaires sur les populations les plus vulnérables. Toutefois, malgré ces efforts soutenus, la situation nutritionnelle des enfants reste préoccupante, révélant des fragilités structurelles profondes.
Le retard de croissance, principal indicateur de la malnutrition chronique, a certes reculé, passant de 20,5 % en 2015 à 17,5 % en 2023. Cette baisse traduit des progrès, mais demeure insuffisante au regard des engagements internationaux. Les projections indiquent qu’en 2025, le taux pourrait atteindre 15,4 %, un niveau encore supérieur à la cible de 11,5 % fixée par l’Assemblée mondiale de la Santé. Cette tendance suggère que les efforts engagés, bien qu’efficaces dans une certaine mesure, ne permettent pas encore d’atteindre le rythme requis pour éliminer durablement la malnutrition chronique.
Plus inquiétante encore est l’évolution de la malnutrition aiguë, caractérisée par l’émaciation. Celle-ci a progressé, touchant 10 % des enfants en 2023 contre 8 % en 2015. Cette augmentation met en évidence la vulnérabilité persistante des ménages face aux chocs climatiques, économiques et sanitaires. Les périodes de soudure, la variabilité des récoltes et la fragilité des revenus ruraux accentuent les risques nutritionnels, en particulier dans les zones les plus enclavées.
Parallèlement aux stratégies de sécurité alimentaire, le Sénégal s’appuie sur des programmes sanitaires historiques qui constituent le socle de la lutte contre les principales causes de mortalité infantile. Le Programme Élargi de Vaccination, actif depuis 1974, demeure un pilier central dans la prévention des maladies évitables. Le Programme National de Lutte contre le Paludisme, opérationnel depuis 1995, contribue à réduire significativement l’impact du paludisme, tandis que le Programme National de Lutte contre la Tuberculose, en place depuis 1985, renforce la riposte contre les maladies transmissibles.
Ces dispositifs traduisent un engagement constant de l’État en faveur de la santé publique et de la réduction de la mortalité infantile. Néanmoins, la persistance du retard de croissance et la hausse de la malnutrition aiguë montrent que la réponse doit être davantage intégrée, combinant sécurité alimentaire, accès à l’eau potable, éducation nutritionnelle des mères, protection sociale et résilience climatique.
À l’approche de 2030, le défi pour le Sénégal ne consiste plus seulement à maintenir les acquis, mais à accélérer les progrès pour garantir à chaque enfant un développement physique et cognitif optimal. La lutte contre la malnutrition infantile reste ainsi l’un des tests majeurs de la capacité du pays à transformer ses politiques publiques en résultats durables et équitables.

