Dans les profondeurs du Fouladou, la route reliant Kolda à Salikégné, en passant par les communes frontalières de Dioulacolon et Guiro Yoro Bocar, cristallise toutes les attentes et frustrations des populations. Ce tronçon, considéré comme l’un des plus stratégiques de la région, est aussi connu sous le nom de « route de la CEDEAO » en raison de son rôle crucial dans les échanges économiques et sociaux entre le Sénégal et la Guinée-Bissau.
Pour les habitants et les acteurs locaux, cette route n’est pas un simple ruban d’asphalte. Elle incarne l’espoir d’un désenclavement tant attendu, d’un accès plus rapide aux services sociaux de base et d’une intégration économique plus fluide avec le reste de la sous-région. Mais pour l’heure, cet axe reste un chemin chaotique, rongé par les nids-de-poule, les bourbiers en saison des pluies et la poussière en saison sèche, rendant la circulation difficile et dangereuse.
Bambo Diaité, président de l’association Dioguisali, ne mâche pas ses mots. Pour lui, le bitumage de ce tronçon est une urgence absolue et un droit légitime des populations. « Le développement de nos trois communes dépend du bitumage de cette route. Elle est vitale pour le commerce, pour le transport, pour la santé et pour l’éducation », déclare-t-il avec fermeté. Son organisation, qui regroupe des acteurs communautaires et associatifs, mène une campagne active afin que ce projet figure parmi les priorités du gouvernement.
L’enjeu dépasse largement le cadre local. Cette route, qui traverse des zones à fort potentiel agricole et commercial, est un corridor économique qui pourrait dynamiser les échanges entre les deux pays et renforcer la coopération régionale. Pourtant, malgré son importance géopolitique et économique, elle reste reléguée au second plan dans les programmes d’infrastructures.
Pour les habitants, cette situation traduit un sentiment d’oubli et de marginalisation. Le département de Kolda, riche en potentialités mais longtemps laissé à la périphérie des investissements structurants, voit dans ce chantier l’opportunité de rattraper un retard historique. « Il est temps de sortir le Fouladou de l’isolement », insiste Bambo Diaité, qui appelle à une mobilisation de tous, des autorités locales aux instances régionales, en passant par la CEDEAO, pour faire avancer ce projet.
Au moment où l’intégration régionale est érigée en priorité par les dirigeants ouest-africains, le sort de la route Kolda–Salikégné apparaît comme un test. Sa réhabilitation ne serait pas seulement un gain pour les habitants du Fouladou, mais aussi un signal fort en faveur d’une coopération plus concrète entre les nations de la sous-région.