Le Dakarois Quotidien N°581 – 13/10/2025
Étiquette : SCANDALE PRÉSUMÉ
SCANDALE PRÉSUMÉ DE L’« ASER-GATE » : Un document à trois signatures refait surface
Signé à Dakar le 25 novembre 2023 par l’Agence Sénégalaise d’Électrification Rurale (ASER), la société espagnole AEE POWER EPC et l’entreprise sénégalaise AEE POWER SÉNÉGAL S.A., un document portant sur le remplacement de poteaux métalliques par des poteaux en béton armé fabriqués localement dans le cadre du projet d’électrification de 928 localités rurales soulève de sérieuses interrogations sur sa nature et sa valeur juridique.
Sur le fond, la décision semble s’aligner sur les exigences de la commande publique au Sénégal, qui imposent qu’au moins 50 % de la valeur des marchés soient réalisés par des entreprises locales. En favorisant la production de poteaux en béton sur place, les signataires paraissent promouvoir l’expertise nationale. Mais en l’absence de références à un contrat notifié, à un avenant validé, ou à une décision officielle de l’organe de régulation, ce document à trois voix semble évoluer dans une zone grise.
Les rôles respectifs des signataires alimentent le flou : ASER, autorité contractante ; AEE POWER EPC, bénéficiaire d’une offre spontanée et titulaire du marché ; AEE POWER SÉNÉGAL, désigné comme mandataire prestataire, sans que l’on sache s’il s’agit d’une délégation formelle ou d’un simple acte de coopération. L’absence d’un cadre juridique clair interroge : est-ce un avenant implicite au contrat principal ? Un protocole technique sans force obligatoire ? Ou un simple engagement d’intention, sans portée contraignante ?
Par ailleurs, cette situation se complexifie avec la mise à l’écart ultérieure de AEE POWER SÉNÉGAL, alors même que cette entreprise avait été mobilisée pour incarner la préférence locale à travers la fabrication des poteaux. Le paradoxe est d’autant plus saisissant que cette décision survient après le versement par l’ASER d’une avance de démarrage de 2,425 milliards de francs CFA à AEE POWER EPC, sans que les travaux aient démarré.
Depuis, la presse sénégalaise, notamment Le Quotidien, a révélé l’ouverture d’une enquête par la police espagnole sur des mouvements de fonds suspects. Des transferts financiers liés à cette avance auraient transité par plusieurs pays, dont Chypre, l’Égypte et le Sénégal. De quoi raviver les soupçons de malversations dans un projet censé améliorer l’accès à l’électricité de plus de 600 000 Sénégalais.
L’affaire avait déjà connu un premier coup de tonnerre en octobre 2024, lorsque l’Autorité de régulation des marchés publics (ARCOP) avait suspendu le contrat, pointant de graves manquements dans la transparence du processus d’attribution. Le financement global du projet, estimé à 37 milliards de francs CFA, reposait sur une offre spontanée, elle-même objet de critiques.
Les bailleurs de fonds n’ont pas tardé à réagir. La banque Santander, partenaire financier, et l’agence espagnole Cesce, chargée de la garantie du crédit à l’export, ont exprimé leurs inquiétudes. Cesce a suspendu son appui, invoquant un manque de traçabilité sur l’utilisation des fonds.
Les représentants de AEE POWER SÉNÉGAL ont, de leur côté, dénoncé des irrégularités dans la gestion de l’avance, évoquant des flux financiers non justifiés depuis un compte logé chez Santander.
En février 2025, la Cour suprême du Sénégal a surpris en annulant la décision de suspension de l’ARCOP, permettant ainsi la reprise du projet. Mais cette relance n’a pas dissipé les doutes. Où est passé l’argent ? Quelles sont les véritables relations contractuelles entre les différents acteurs ? Et surtout, quelle est la valeur réelle d’un document qui engage sans clarifier ?
Alors que l’enquête espagnole se poursuit, ce projet d’électrification, censé sortir des villages de l’obscurité, soulève désormais encore des interrogations sur la transparence des mécanismes publics et la réalité de la préférence locale dans les grands marchés d’infrastructure.

SCANDALE PRÉSUMÉ DE L’« ASER-GATE : Le Parquet et le Siège, pas sur la même longueur d’onde
Dans l’affaire opposant l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER) à l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP), la Cour suprême a opéré un revirement inattendu. Saisie d’une demande de rétractation, elle a annulé la décision de la première audience confirmant la suspension du marché d’électrification rurale. Un changement de cap qui divise, alors que le Parquet, lui, s’est opposé à cette rétractation.
L’ASER poursuit son bras de fer judiciaire contre l’ARCOP dans l’affaire du marché d’électrification rurale dans les régions suivantes : Kaffrine, Saint-Louis, Kédougou, Louga et Tambacounda. Après un premier revers devant la Cour suprême, qui avait rejeté sa demande de suspension de la décision du 02 octobre 2024 de l’ARCOP, l’ASER a relancé la procédure en sollicitant la rétractation de cette décision.
Ce vendredi 21 février 2025, la Cour suprême, dont la composition a été modifiée entre-temps, a donné raison à l’ASER, cassant ainsi sa propre ordonnance.
Le juge des Référés a justifié ce revirement par « l’intérêt public ». Pendant l’audience, l’Avocat général, s’alignant sur la position d’AEE POWER SENEGAL, a estimé qu’aucune circonstance nouvelle ne justifiait une rétractation et que l’urgence invoquée n’était pas fondée.
Parallèlement, durant l’audience, Me Faye, avocat d’AEE POWER EPC (partie défenderesse), a déclaré que ses intérêts allaient « dans le sens de l’ASER », partie demanderesse. Un lapsus qualifié de « révélateur » par Me Koïta, avocat de la société sénégalaise.
Face à cette décision de la Cour suprême qui donne à l’ASER son aval pour démarrer les travaux, la société sénégalaise entend explorer d’autres voies de recours, y compris une saisine de la Cour de justice de la CEDEAO.
Par ailleurs, un nouvel épisode judiciaire vient s’ajouter à ce dossier. AEE POWER SENEGAL a porté plainte contre les dirigeants d’AEE POWER EPC pour abus de confiance et dénonciation calomnieuse. Un élément qui pourrait peser sur la suite de l’affaire.
Si cette décision marque une victoire temporaire pour l’ASER, la bataille est loin d’être terminée. La Cour suprême doit encore se prononcer sur le recours en annulation sur le fond ; un verdict qui sera déterminant pour l’avenir de ce marché public.
D’ici là, les tensions restent vives et le dossier continue de faire couler beaucoup d’encre ; d’autant plus que le flou n’est pas encore levé sur les 37 milliards de francs CFA qui ne sont plus dans le compte d’avance de démarrage des travaux, selon les conseils d’AEE POWER SENEGAL.
Le Dakarois
Le Dakarois Quotidien & Le Dakarois Sports N°403 – 22 ET 23/02/2025
SCANDALE PRÉSUMÉ DE LA SECAM : Part de vérité de Mame Boye Diao
Mame Boye Diao, ancien directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), réfute les accusations de malversations financières liées à l’acquisition de la société Secam par la CDC. Il précise qu’il n’a joué aucun rôle dans la finalisation de l’acquisition.
Mame Boye Diao, ancien directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), a fermement démenti les accusations portées contre lui dans le cadre d’un scandale présumé impliquant la société de construction et d’aménagement (Secam). Selon un article du journal Libération et certains sites en ligne, Diao aurait été cité dans une affaire de malversations financières, aux côtés de l’ex-directeur de la CDC, Cheikh Issa Sall. Cette affaire concerne l’acquisition de Secam par la CDC, pour un montant de 6 milliards de francs CFA, ainsi que des accusations de détournements financiers s’élevant à 1,051 milliard de francs CFA et un préjudice de 1,7 milliard de francs CFA.
Mame Boye Diao a réagi rapidement en publiant un message sur sa page Facebook dans lequel il dément formellement toute implication dans ce scandale. Il a précisé que son nom n’a été mentionné que pour rappeler qu’il était directeur général de la CDC au moment de l’acquisition de la société Secam, mais sans qu’il n’y ait de lien établi avec des faits délictueux. Selon lui, cette acquisition s’inscrivait dans la volonté de la CDC de renforcer sa chaîne de valeur dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, avec l’ajout d’une société de génie civil. Cette acquisition, ajoute-t-il, n’a été rendue possible qu’après l’avis favorable de la commission de surveillance et la certification des états financiers de Secam par un expert agréé.
Il souligne que la cession de Secam n’a été finalisée qu’en décembre 2023, soit trois mois après son départ de la CDC, ce qui rend toute implication de sa part dans cette transaction illogique. Diao dénonce ce qu’il considère comme une manipulation de l’opinion publique, précisant qu’il n’a pas été entendu par la DIC (Division des investigations criminelles) et n’a aucune connaissance d’une plainte déposée contre lui. Il rappelle également que l’Inspection générale d’État a mené une mission à la CDC, dont les résultats seront communiqués aux autorités compétentes.
L’ancien directeur général de la CDC met également en doute certaines informations de l’article, notamment la contestation des éléments d’actifs de la société Secam et l’installation de la filiale CDMP dans un de ses immeubles. Enfin, Mame Boye Diao réfute toute accusation de paiement frauduleux, surtout après une lettre d’opposition émise par le ministre des Finances.
Pour rappel, en septembre 2024, avant les élections législatives, une source révélait au « Dakarois Quotidien » que Mame Boye Diao, Doura Baldé et Farba Ngom étaient dans le viseur du Pool Judiciaire Financier (PJF) – voir UNE du 24 septembre 2024 -.
Lors des législatives de novembre 2024, les deux originaires de Kolda ont affiché leur soutien à la mouvance présidentielle, Pastef, pendant que l’enfant du Fouta a réitéré sa fidélité à l’APR. En effet, Farba Ngom, actuel député et maire des Agnams, dont l’immunité parlementaire a été levée car cité dans une affaire de 125 milliards par la Centif, a renouvelé sa loyauté à l’ancien chef de l’État, Macky Sall.
Le Dakarois





