La Turquie et le Sénégal scellent leur coopération avec la signature de quatre accords stratégiques

Dans le cadre d’une visite officielle du Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko en Turquie, quatre accords de coopération ont été signés entre les deux pays, marquant une nouvelle étape dans le renforcement des relations bilatérales. La cérémonie s’est tenue en présence du président turc Recep Tayyip Erdogan et du chef du gouvernement sénégalais.

Lors d’une conférence de presse conjointe, Recep Tayyip Erdogan a salué le rôle du Sénégal sur la scène internationale, notamment sa position ferme face à l’oppression israélienne à Gaza. « Notre lutte se poursuivra jusqu’à la fin du génocide à Gaza », a-t-il affirmé, tout en soulignant la solidarité exemplaire du Sénégal avec le peuple palestinien.

Ousmane Sonko, pour sa part, a exprimé sa gratitude envers la Turquie, qualifiant le pays de « nation frère » ayant toujours soutenu le Sénégal. Il a également salué le leadership d’Erdogan dans la dénonciation du drame humanitaire à Gaza.

Les discussions entre les deux dirigeants ont porté sur plusieurs axes de coopération, incluant les investissements, le commerce, la sécurité, l’industrie de la défense, la lutte contre le terrorisme, l’énergie, les mines, les transports, l’agriculture et la pêche.

Le président turc a exprimé son ambition de porter le volume des échanges commerciaux entre les deux pays à 1 milliard de dollars dans un premier temps, avec un objectif à terme de 3 milliards de dollars.

Accord de coopération financière militaire Signé par le ministre turc de la Défense nationale, Yaşar Güler, et le ministre sénégalais des Forces armées, le général Birame Diop, cet accord vise à renforcer les capacités de défense du Sénégal à travers un appui financier de la Turquie. Protocole d’amendement au protocole d’aide financière en espèces Ce texte actualise l’accord signé le 28 janvier 2020, et s’inscrit dans la continuité de la coopération militaire entre les deux États. Accord de coproduction cinématographique, audiovisuelle et multimédia Paraphé par le ministre turc du Commerce, Ömer Bolat, et la ministre sénégalaise de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères, Yassine Fall, cet accord vise à encourager les productions culturelles conjointes et à promouvoir les industries créatives. Protocole d’application d’un mémorandum sur l’enseignement supérieur Signé entre le Conseil de l’enseignement supérieur turc et le ministère sénégalais de l’Enseignement supérieur pour la période 2025-2028, ce protocole ambitionne de renforcer les échanges académiques, la recherche scientifique et la mobilité étudiante.

Par cette série d’accords, la Turquie confirme son ancrage en Afrique et son intérêt particulier pour le Sénégal, perçu comme un partenaire stratégique en Afrique de l’Ouest. De son côté, le gouvernement sénégalais poursuit sa stratégie d’ouverture vers des partenaires non traditionnels, dans le cadre du Plan Sénégal 2050.

SCANDALE PRÉSUMÉ DE L’« ASER-GATE » : Un document à trois signatures refait surface

Signé à Dakar le 25 novembre 2023 par l’Agence Sénégalaise d’Électrification Rurale (ASER), la société espagnole AEE POWER EPC et l’entreprise sénégalaise AEE POWER SÉNÉGAL S.A., un document portant sur le remplacement de poteaux métalliques par des poteaux en béton armé fabriqués localement dans le cadre du projet d’électrification de 928 localités rurales soulève de sérieuses interrogations sur sa nature et sa valeur juridique.
Sur le fond, la décision semble s’aligner sur les exigences de la commande publique au Sénégal, qui imposent qu’au moins 50 % de la valeur des marchés soient réalisés par des entreprises locales. En favorisant la production de poteaux en béton sur place, les signataires paraissent promouvoir l’expertise nationale. Mais en l’absence de références à un contrat notifié, à un avenant validé, ou à une décision officielle de l’organe de régulation, ce document à trois voix semble évoluer dans une zone grise.
Les rôles respectifs des signataires alimentent le flou : ASER, autorité contractante ; AEE POWER EPC, bénéficiaire d’une offre spontanée et titulaire du marché ; AEE POWER SÉNÉGAL, désigné comme mandataire prestataire, sans que l’on sache s’il s’agit d’une délégation formelle ou d’un simple acte de coopération. L’absence d’un cadre juridique clair interroge : est-ce un avenant implicite au contrat principal ? Un protocole technique sans force obligatoire ? Ou un simple engagement d’intention, sans portée contraignante ?
Par ailleurs, cette situation se complexifie avec la mise à l’écart ultérieure de AEE POWER SÉNÉGAL, alors même que cette entreprise avait été mobilisée pour incarner la préférence locale à travers la fabrication des poteaux. Le paradoxe est d’autant plus saisissant que cette décision survient après le versement par l’ASER d’une avance de démarrage de 2,425 milliards de francs CFA à AEE POWER EPC, sans que les travaux aient démarré.
Depuis, la presse sénégalaise, notamment Le Quotidien, a révélé l’ouverture d’une enquête par la police espagnole sur des mouvements de fonds suspects. Des transferts financiers liés à cette avance auraient transité par plusieurs pays, dont Chypre, l’Égypte et le Sénégal. De quoi raviver les soupçons de malversations dans un projet censé améliorer l’accès à l’électricité de plus de 600 000 Sénégalais.
L’affaire avait déjà connu un premier coup de tonnerre en octobre 2024, lorsque l’Autorité de régulation des marchés publics (ARCOP) avait suspendu le contrat, pointant de graves manquements dans la transparence du processus d’attribution. Le financement global du projet, estimé à 37 milliards de francs CFA, reposait sur une offre spontanée, elle-même objet de critiques.
Les bailleurs de fonds n’ont pas tardé à réagir. La banque Santander, partenaire financier, et l’agence espagnole Cesce, chargée de la garantie du crédit à l’export, ont exprimé leurs inquiétudes. Cesce a suspendu son appui, invoquant un manque de traçabilité sur l’utilisation des fonds.
Les représentants de AEE POWER SÉNÉGAL ont, de leur côté, dénoncé des irrégularités dans la gestion de l’avance, évoquant des flux financiers non justifiés depuis un compte logé chez Santander.
En février 2025, la Cour suprême du Sénégal a surpris en annulant la décision de suspension de l’ARCOP, permettant ainsi la reprise du projet. Mais cette relance n’a pas dissipé les doutes. Où est passé l’argent ? Quelles sont les véritables relations contractuelles entre les différents acteurs ? Et surtout, quelle est la valeur réelle d’un document qui engage sans clarifier ?
Alors que l’enquête espagnole se poursuit, ce projet d’électrification, censé sortir des villages de l’obscurité, soulève désormais encore des interrogations sur la transparence des mécanismes publics et la réalité de la préférence locale dans les grands marchés d’infrastructure.

Sénégal – Enseignement supérieur : une victoire historique pour les enseignants-chercheurs avec la signature du décret sur la réversion des pensions

Le 7 mars 2025 restera une date marquante dans l’histoire de l’enseignement supérieur sénégalais. Après de longues années de revendications, de luttes syndicales et de négociations acharnées, le Syndicat Autonome de l’Enseignement Supérieur (SAES) a obtenu une avancée majeure : la signature du décret sur la réversion des pensions de retraite et l’intégration de la prime de recherche dans le calcul des pensions des enseignants-chercheurs et chercheurs des universités publiques.

Cette signature vient concrétiser le protocole d’accord conclu le 6 janvier 2023 entre le SAES et le gouvernement. Elle constitue une véritable réparation d’une injustice de longue date envers les ayants-droit des enseignants-chercheurs décédés. Jusqu’ici, les veuves, veufs et orphelins ne percevaient qu’un montant dérisoire équivalant à 13 % du salaire net du défunt, malgré la revalorisation de la pension de retraite à un taux de remplacement de 85 % obtenue lors de l’accord historique du 15 mars 2018.

Le combat du SAES s’est intensifié ces derniers mois, notamment avec la menace d’une grève au début de l’année 2025. C’est sous cette pression que les autorités ont finalement acté la signature du décret. Ce dernier permet désormais la réversion effective des pensions aux ayants-cause, tout en intégrant la prime de recherche dans le calcul des pensions de retraite. Une mesure saluée unanimement par le SAES, qui y voit une victoire morale et sociale, fruit d’une mobilisation sans relâche.

Dans un communiqué, le syndicat a exprimé sa satisfaction, tout en appelant à maintenir la vigilance. En effet, d’autres points essentiels du protocole restent encore à concrétiser : la construction d’infrastructures sociales et pédagogiques dans les universités, le recrutement massif d’enseignants-chercheurs pour combler le déficit en personnel permanent, ainsi que des réformes structurelles dans la gouvernance et le financement de la recherche.

Par cette avancée, le SAES réaffirme son rôle central dans la défense des intérêts des enseignants-chercheurs et sa détermination à œuvrer pour un enseignement supérieur plus équitable, plus stable et plus performant au Sénégal.

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