Souveraineté numérique : Thierno Alassane Sall alerte sur des risques liés à la gestion de SENUM S.A et interpelle le gouvernement

L’ancien ministre et député à l’Assemblée nationale, Thierno Alassane Sall, a adressé une question écrite au ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, portant sur de graves préoccupations liées à la souveraineté numérique du Sénégal. Dans son document daté du 27 octobre 2025, il exprime des inquiétudes concernant les pratiques observées au sein de Sénégal Numérique S.A. (SENUM S.A), structure remplaçante de l’Agence de l’Informatique de l’État (ADIE) depuis décembre 2021.

Selon le parlementaire, cette société, chargée de la mise en œuvre de la politique d’informatisation de l’État et de la gestion des infrastructures numériques nationales, occupe aujourd’hui un rôle stratégique compte tenu de l’évolution géopolitique, sécuritaire et technologique du pays. Thierno Alassane Sall rappelle que le Sénégal, désormais classé parmi les pays producteurs d’hydrocarbures et partageant une partie de ses frontières avec des zones d’instabilité terroriste, est fortement exposé aux risques de cyberattaques, de cyberespionnage et de manipulations numériques. L’intégrité des données nationales, des services étatiques ainsi que la sécurisation des infrastructures numériques devient donc, à ses yeux, une priorité absolue.

Il dénonce dans ce contexte l’intervention de DIG DASH, une entreprise française, qui aurait été sollicitée par SENUM S.A. dans des conditions jugées opaques et contraires aux règles de passation des marchés publics. Selon les éléments qu’il affirme avoir reçus, cette firme aurait potentiellement eu accès à des données sensibles de l’État, ce qu’il considère comme une menace réelle pour la confidentialité des informations stratégiques nationales. Le député soulève également la possibilité d’installation de systèmes suspects, tels que des backdoors, permettant un accès clandestin à distance aux données gouvernementales comme aux données personnelles des citoyens.

Au-delà des risques techniques, Thierno Alassane Sall pointe du doigt des défaillances de gouvernance interne, estimant que cette situation ne serait jamais survenue si le Conseil d’administration et la Direction générale de SENUM S.A. fonctionnaient de manière optimale, transparente et conforme aux standards de sécurité en matière de souveraineté numérique. Il souligne la disponibilité de compétences nationales capables d’assumer les missions confiées à l’entreprise, remettant ainsi en cause la nécessité d’un recours à des expertise externes, notamment étrangères, dans des domaines aussi sensibles.

Le député rappelle également que les solutions logicielles souscrites auprès de DIG DASH sont pourtant déjà couvertes dans le contrat-cadre liant l’État du Sénégal à Microsoft, incluant Power BI et MS Project, ce qui interroge sur une éventuelle duplication ou irrégularité dans les acquisitions.

Face à la gravité des faits évoqués, Thierno Alassane Sall demande au ministre de fournir des clarifications détaillées sur la justification juridique et contractuelle de l’intervention de DIG DASH, les mesures de sécurité prises pour protéger les données gouvernementales ainsi que les initiatives entreprises afin d’améliorer la gouvernance, la transparence et la performance de SENUM S.A.

Pour lui, renforcer l’implication des ressources humaines locales et garantir des processus de passation de marchés stricts et clairs est indispensable pour éviter toute atteinte à l’intégrité numérique nationale.

Affaire à suivre…

Souveraineté numérique : le don d’ordinateurs américains au Pool Judiciaire Financier suscite des inquiétudes

La question de la souveraineté numérique et de la sécurité nationale a été au cœur d’un échange récent entre le député Guy Marius Sagna et la ministre de la Justice, Yassine Fall, concernant un don d’équipements informatiques provenant de l’Ambassade des États-Unis au profit du Pool Judiciaire Financier (PJF).

Dans sa question écrite, le député a exprimé ses préoccupations quant à l’acceptation de ce don, estimant qu’elle pourrait compromettre la souveraineté numérique du pays et représenter une menace pour la sécurité nationale. Il s’agissait notamment de trente ordinateurs portables que le PJF devait recevoir.

Dans sa réponse, la ministre de la Justice a apporté plusieurs précisions sur les circonstances de ce don. Elle a expliqué que le Bureau régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (Onudc) avait officiellement informé le Garde des Sceaux, par le courrier n°unodc/Ada/Kraj/2088/2025 daté du 24 juin 2025, de l’intention de l’organisation de faire ce don. La ministre a également précisé que l’acquisition de ce matériel avait été rendue possible grâce au soutien du Bureau International de Lutte contre les Stupéfiants et de l’Application de la Loi (INL) du Département d’État des États-Unis.

Afin de garantir la sécurité de ces équipements, les ordinateurs portables ont été minutieusement examinés par la Direction de la Dématérialisation et de l’Automatisation (DDA) du ministère de la Justice. Selon Yassine Fall, aucun élément suspect n’a été détecté lors de cette inspection, ce qui, en théorie, rendait leur utilisation sécurisée.

Malgré ces assurances, des alertes émises par certaines structures étatiques, notamment la Délégation Nationale au Renseignement (DNR), ont conduit les responsables du PJF à faire preuve de prudence. Finalement, ils ont décidé de ne pas utiliser les ordinateurs mis à leur disposition, par crainte de risques potentiels liés à la sécurité nationale.

Souveraineté numérique : Le président Diomaye Faye met en garde contre les dérives de l’intelligence artificielle dans l’éducation

Lors de la cérémonie de remise des prix du Concours général sénégalais, le président Bassirou Diomaye Faye a livré un discours fort, axé sur les enjeux croissants liés à l’usage des technologies numériques et de l’intelligence artificielle (IA) dans le système éducatif. Le chef de l’État a salué l’excellence des lauréats tout en adressant une mise en garde sur les dérives possibles d’un usage non maîtrisé de l’IA.

« Notre devoir est de protéger la dignité, l’autonomie et les droits des apprenants, tout en assurant la maîtrise stratégique de nos infrastructures, de nos données et de nos choix technologiques », a déclaré Diomaye Faye devant une assemblée attentive composée d’élèves distingués, de membres du gouvernement, de recteurs d’université et d’acteurs du monde éducatif.

Le président a évoqué les risques bien réels que comporte une intégration non régulée de l’intelligence artificielle dans les salles de classe : atteintes à la vie privée, renforcement des inégalités sociales et dépendance technologique à l’égard d’acteurs étrangers. Il a ainsi réaffirmé la volonté de son gouvernement de bâtir une souveraineté numérique africaine, fondée sur l’indépendance des choix technologiques, la protection des données locales et le respect des valeurs culturelles.

Dans cette optique, le président a annoncé un renforcement de l’appui aux laboratoires d’IA et aux technologies éducatives implantés dans les universités et centres d’excellence du pays. L’objectif : former et retenir une nouvelle génération de chercheurs, d’ingénieurs et de penseurs capables de développer des intelligences artificielles ancrées dans les réalités sénégalaises et africaines, respectueuses des principes d’éthique, de solidarité et d’humanité.

S’adressant aux enseignants, Diomaye Faye les a exhortés à jouer un rôle fondamental dans cette transformation en cultivant chez les élèves un esprit critique, indispensable pour une appropriation éclairée et responsable des technologies. « Il ne s’agit pas de rejeter l’innovation, mais de l’interroger, de la comprendre, et de s’en emparer en conscience », a-t-il souligné.

À l’endroit de la jeunesse sénégalaise, son message était clair : « Ne vous contentez pas de consommer les outils numériques, inventez-les. Humanisez-les. Interrogez leur finalité. »

Ce discours du président Diomaye Faye marque une étape importante dans la réflexion stratégique du Sénégal sur les mutations technologiques en cours. Dans un contexte où les pays du Sud sont souvent consommateurs passifs des innovations venues d’ailleurs, le chef de l’État entend positionner le Sénégal comme un acteur souverain, critique et innovant de l’écosystème numérique mondial.

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