La cérémonie officielle de passation de service au ministère chargé de l’Économie et des Finances s’est tenue dans une atmosphère empreinte de solennité et de continuité institutionnelle. À cette occasion, Abdourahmane Sarr a officiellement transmis les responsabilités de son département à Cheikh Diba, désormais à la tête du ministère unifié de l’Économie, des Finances et du Plan.
Au moment de quitter ses fonctions, le ministre sortant a tenu à partager ce qu’il considère comme l’héritage doctrinal de son action gouvernementale. Une vision économique fondée sur la discipline macroéconomique, la promotion de l’initiative privée et le concept qu’il a baptisé « Souverainisme libéral », qu’il présente comme une voie de développement conciliant souveraineté nationale et ouverture économique.
Dans son adresse aux cadres et agents du ministère, Abdourahmane Sarr s’est félicité du retour à une architecture institutionnelle unifiée regroupant les compétences économiques, financières et de planification. Une réforme qu’il défend depuis plusieurs années et qu’il considère comme un levier essentiel pour améliorer la cohérence de l’action publique.
Selon lui, le développement du Sénégal ne peut être envisagé en dehors de son environnement régional. Il a ainsi réaffirmé sa conviction que la souveraineté économique du pays est compatible avec une intégration renforcée au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Résumant sa doctrine par la formule wolof « Moom Sa Bopp Menel Sa Bopp, Yewwi Rewmi, Yewwi Gox Yi, Yewwi Nit Gni », il a expliqué que l’autonomie économique se construit à travers des institutions solides, des marchés performants et une meilleure capacité des États à financer leur propre développement.
Dans cette perspective, l’ancien ministre a mis en avant les atouts de l’espace ouest-africain, notamment l’existence d’une monnaie commune stable, d’une banque centrale crédible et d’un marché régional des capitaux qu’il juge particulièrement stratégique. Il a rappelé que ce marché régional a fortement inspiré la stratégie d’endettement mise en œuvre sous sa responsabilité, une orientation qu’il estime aujourd’hui confortée par les résultats obtenus.
Face à la montée en puissance des investisseurs non résidents dans le financement des économies africaines, Abdourahmane Sarr a plaidé pour un approfondissement du marché financier régional. Il a notamment évoqué la nécessité de mettre en place un fonds souverain régional et de renforcer progressivement l’autonomie monétaire de l’espace communautaire. Pour lui, la souveraineté économique ne relève pas du discours mais d’un processus de construction fondé sur des choix crédibles et des institutions solides.
Réaffirmant ses convictions libérales, il a également insisté sur le rôle central de la liberté économique, de l’innovation, de la concurrence et de la responsabilité individuelle et collective dans l’amélioration de la productivité nationale. Il estime que ces principes doivent continuer à guider les politiques publiques afin de favoriser une croissance durable et créatrice d’emplois.
Abordant la question de la gouvernance institutionnelle, Abdourahmane Sarr a rappelé qu’il s’était opposé dès 2019 à la séparation des fonctions économiques et budgétaires de l’État. À ses yeux, les politiques économiques, financières, budgétaires et de planification gagnent en efficacité lorsqu’elles sont élaborées et conduites dans un cadre unique. C’est pourquoi il a salué la reconstitution du ministère de l’Économie, des Finances et du Plan dirigé par Cheikh Diba, entouré des ministres délégués Allé Nar Diop et Bassirou Sarr.
Toutefois, il a souligné que le succès de cette nouvelle organisation dépendra de la qualité de la coordination entre les différentes composantes du département. Il a insisté sur l’importance du cadrage macroéconomique, de la maîtrise de la stratégie d’endettement, de la maturation des projets structurants et de l’amélioration de la qualité de la dépense publique.
Revenant sur son bilan, l’ancien ministre a estimé que plusieurs jalons importants ont été posés pour orienter durablement la trajectoire économique du Sénégal. Parmi les réalisations qu’il a mises en avant figure la participation active de ses équipes à l’élaboration et à la mise en œuvre de la Vision Sénégal 2050, notamment à travers son premier programme quinquennal couvrant la période 2025-2029.
Il a également souligné la conception de la Stratégie nationale de développement du secteur privé et de promotion de l’investissement, présentée comme un instrument destiné à renforcer la liberté économique, à attirer davantage de capitaux et à valoriser les potentialités des territoires.
Dans le domaine de la transparence économique, Abdourahmane Sarr a cité l’instauration d’un rapport macroéconomique trimestriel destiné à améliorer la qualité du débat public et à renforcer l’accès des citoyens à l’information économique. Cette initiative s’ajoute à plusieurs autres réformes engagées durant son mandat, notamment le réalignement de la coopération internationale sur les priorités nationales, la promotion des partenariats public-privé à travers le recyclage d’actifs, le développement de nouveaux mécanismes de mobilisation de l’épargne de la diaspora ainsi que la consolidation d’une approche territoriale fondée sur des pôles de développement.
Au terme de son intervention, Abdourahmane Sarr a rendu un hommage appuyé aux agents du ministère qu’il a qualifiés de véritable colonne vertébrale de l’institution. Saluant leur professionnalisme, leur engagement et les nombreux sacrifices consentis pour accompagner les réformes engagées, il leur a exprimé sa profonde gratitude.