Thiès : l’ENSA entre en grève de 72 heures pour exiger l’effectivité de son autonomie

L’École nationale supérieure de l’agriculture (ENSA) de Thiès a entamé ce jeudi 11 septembre 2025 une grève de 72 heures, à l’appel de la section locale du Syndicat autonome de l’enseignement supérieur (SAES). Ce mouvement de protestation fait suite à ce que les enseignants décrivent comme un blocage administratif et financier, près de deux ans après la publication du décret leur conférant l’autonomie de l’établissement.

Selon les syndicalistes, malgré la promulgation du décret n°2023-2024 du 1er décembre 2024, qui garantit à l’ENSA son autonomie administrative et financière vis-à-vis du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), aucun dispositif concret n’a encore été mis en œuvre pour permettre à l’institution de fonctionner de manière autonome. Ce retard est jugé inacceptable par les membres du SAES qui dénoncent une situation qui nuit gravement au bon déroulement de l’année académique en cours.

Dans un communiqué relayé par la radio Sud FM, les enseignants de l’ENSA ont présenté cinq revendications principales pour lesquelles ils exigent des réponses urgentes. La première concerne l’organisation immédiate d’élections pour les postes de direction, notamment celui de directeur, de directeur des études et des cinq chefs de département. Ces postes stratégiques, essentiels à la gestion interne de l’établissement, restent à pourvoir alors même que l’ENSA a officiellement acquis son autonomie.

Les enseignants réclament également l’affectation sans délai d’un agent comptable particulier, indispensable pour la gestion directe des finances de l’école. En l’absence de cet agent, les budgets de fonctionnement et d’investissement ne peuvent être exécutés de manière autonome, ce qui ralentit les activités pédagogiques et administratives.

Un autre point de friction majeur concerne la composition du conseil d’administration. Le SAES exige la publication d’un erratum pour rectifier un arrêté jugé « litigieux », estimant que certaines références contenues dans ce document sont erronées et ne respectent pas les textes réglementaires en vigueur. Pour le syndicat, cette rectification est cruciale pour garantir la légalité et la transparence dans la gouvernance de l’ENSA.

Le syndicat demande également l’installation effective, et sans plus tarder, du conseil d’administration, organe clé dans le pilotage stratégique et budgétaire de l’école. Son absence prolongée entrave non seulement les prises de décision, mais empêche également la mise en œuvre de projets structurants nécessaires à l’amélioration de la formation et des conditions de travail.

Enfin, les enseignants appellent à l’octroi immédiat d’une rallonge budgétaire pour assurer la continuité de l’année académique. Ils réclament également la publication d’un décret rectificatif du décret 2024-940 du 5 avril 2024, qu’ils jugent incompatible avec les nouveaux statuts de l’école.

Face à cette situation, la section SAES de l’ENSA dit avoir adressé plusieurs correspondances officielles au ministère de tutelle, restées sans réponse. Une indifférence que les enseignants dénoncent fermement, estimant qu’elle traduit un manque de volonté politique pour faire respecter les droits de l’école à sa pleine autonomie.

En entamant cette grève, les enseignants de l’ENSA veulent alerter l’opinion publique et les autorités sur la nécessité de débloquer rapidement la situation. Sans avancées concrètes dans les prochains jours, la section syndicale n’exclut pas de durcir le ton avec de nouvelles actions.

Enseignement supérieur : le SAES dénonce la situation universitaire

Le Bureau national (BN) du Syndicat Autonome de l’Enseignement Supérieur (SAES) a publié un communiqué en date du 23 novembre 2024, à la suite d’une réunion tenue le 22 novembre à Dakar, où plusieurs points préoccupants concernant la situation universitaire ont été abordés. Le syndicat a exprimé son mécontentement face à une série de problèmes persistants dans le secteur, qui affectent tant les enseignants que les étudiants.

Le SAES commence par dénoncer le non-respect des engagements pris par le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) lors de ses précédentes tournées dans les universités publiques. En effet, malgré les promesses faites, de nombreuses universités continuent de rencontrer des perturbations dans leurs activités pédagogiques, ce qui nuit au bon déroulement des enseignements et des programmes académiques. Le syndicat met ainsi en évidence les conséquences immédiates de ce manquement sur le terrain, notamment dans la gestion des cours et de l’administration universitaire.

Le SAES a également déploré le renvoi à une date indéterminée des mesures annoncées lors du séminaire sur la stabilisation du calendrier académique, qui visait à mettre fin aux perturbations récurrentes dans les universités. Cette situation renforce l’incertitude et complique davantage l’organisation des activités universitaires, déjà fragilisée par des grèves passées et des retards dans les calendriers. Le syndicat estime qu’il est désormais impossible d’avoir une année académique stable si les engagements du gouvernement restent sans suite.

L’une des critiques majeures du SAES porte également sur la violation des textes législatifs. Le syndicat pointe du doigt la violation flagrante de l’article 3 de la loi n° 2015-26 relative aux universités publiques, ainsi que de l’article 2 du décret n° 2016-1805, qui régit l’orientation des bacheliers. En effet, des quotas de bacheliers largement supérieurs à ceux définis par les instances académiques des universités ont été envoyés dans ces établissements, sans mesures d’accompagnement adéquates, ce qui a entraîné une surcharge dans les infrastructures universitaires et perturbé l’organisation pédagogique. Ce problème d’orientation massive des bacheliers, sans préparation préalable des établissements, aggrave la situation des universités, déjà confrontées à un manque de ressources matérielles et humaines.

Par ailleurs, le SAES fait état de retards récurrents dans le paiement des salaires des enseignants-chercheurs et chercheurs dans les universités publiques. Selon le syndicat, le non-versement des cotisations prélevées sur les salaires des enseignants au Fonds National de Retraite (FNR) constitue un autre problème majeur. Ces retards dans le paiement des salaires et l’absence de financement des cotisations de retraite affectent non seulement les conditions de travail des enseignants, mais aussi leur bien-être et leur sécurité financière.

Le SAES revient également sur le non-respect du protocole d’accord signé avec le gouvernement le 6 janvier 2023, notamment en ce qui concerne la question de la pension de réversion pour les enseignants-chercheurs et chercheurs décédés. Bien qu’un décret adopté en février 2024 ait été censé résoudre cette problématique, il semble avoir disparu dans les « méandres de l’administration », sans explication claire. La nouvelle version du décret, qui avait été promise par le MESRI, n’a toujours pas été signée, et le syndicat n’a pas été informé des raisons qui empêchent sa mise en œuvre.

Le SAES constate que ces problèmes non résolus, combinés à l’absence de solutions durables aux difficultés rencontrées par le secteur, mettent en péril la stabilité de l’enseignement supérieur. L’absence de nouvelles infrastructures pédagogiques et sociales, le déficit d’enseignants et les budgets insuffisants restent des obstacles majeurs pour le bon déroulement de l’année académique. Ces lacunes compromettent sérieusement l’avenir de l’enseignement supérieur, malgré les efforts des chercheurs et enseignants-chercheurs, qui se battent pour offrir un enseignement de qualité dans des conditions difficiles.

Lors de sa rencontre avec la délégation du Haut Conseil du Dialogue Social (HCDS) le 21 novembre 2024, le SAES a réaffirmé sa volonté d’apporter une contribution constructive à la pacification de l’espace universitaire. Le syndicat a exprimé son ouverture à des discussions, mais a précisé que certaines questions, comme celle de la réversion des pensions aux ayants droit des enseignants-chercheurs et chercheurs décédés, ne sont pas négociables. Le SAES considère cette question comme une question de justice et d’équité, essentielle à l’intégrité du système universitaire et à la dignité des travailleurs du secteur.

En conclusion, le SAES appelle le gouvernement à prendre des mesures concrètes et urgentes pour résoudre la crise dans l’enseignement supérieur et à garantir une stabilité pour l’année académique en cours. Le syndicat exige que des solutions soient trouvées pour améliorer les conditions de travail des enseignants, réguler l’orientation des bacheliers et résoudre les questions financières et administratives qui entravent le bon fonctionnement des universités publiques.

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