Centre Mohamed Bin Zayed : un bras de fer à 17 milliards plonge le projet de la DER/FJ dans l’incertitude

Le projet de construction du Centre Mohamed Bin Zayed, appelé à devenir le futur siège de la Délégation générale à l’entrepreneuriat rapide des femmes et des jeunes (DER/FJ) à Mermoz, s’enlise dans un contentieux aux ramifications financières et juridiques complexes. Lancé en 2021 et confié au groupe Sertem pour un montant de 17,24 milliards de francs CFA, ce chantier stratégique est aujourd’hui à l’arrêt depuis près de vingt mois, cristallisant un différend profond entre les parties.

À l’origine du blocage, une accumulation de griefs formulés par l’entreprise en charge des travaux. Sertem dénonce notamment des factures impayées évaluées à 2,7 milliards de francs CFA. À cela s’ajoutent, selon les éléments évoqués, la non-mobilisation d’une contrepartie de l’État estimée à 4 milliards, ainsi que des difficultés liées aux exonérations fiscales. Autant de facteurs qui, d’après l’entreprise, ont fortement entravé l’avancement normal du chantier.

Le désaccord se manifeste également sur l’état réel d’exécution des travaux. Sertem affirme avoir réalisé près de 49 % du gros œuvre, tandis que la DER/FJ conteste ces chiffres et évoque un niveau d’avancement limité à 16 %. Cette divergence d’appréciation a contribué à tendre davantage les relations, jusqu’à la rupture du contrat.

Par un arrêté en date du 8 janvier, la DER/FJ a procédé à une résiliation unilatérale du marché. Une décision lourde de conséquences, d’autant plus qu’elle a été suivie, le 27 mars, par la réattribution du projet à une nouvelle entreprise, Azkhar International, pour un montant légèrement supérieur de 17,3 milliards de francs CFA. Cette succession rapide d’actes administratifs suscite des interrogations, notamment au regard des montants déjà engagés dans le projet initial. Selon certaines sources, plus de 6 milliards de francs CFA auraient déjà été dépensés, incluant l’avance de démarrage et les décomptes validés.

Face à cette situation, Sertem a décidé de porter l’affaire sur le terrain juridique. L’entreprise a saisi les instances compétentes, notamment l’Autorité de régulation des marchés publics (ARCOP) ainsi que l’Agent judiciaire de l’État. Elle conteste fermement la légalité de la résiliation, qu’elle qualifie d’abusive, et réclame un dédommagement global de plus de 8 milliards de francs CFA. Ce montant inclut les créances impayées, un milliard de pénalités et une indemnisation estimée à 4,5 milliards pour le préjudice subi.

Une audience déterminante est prévue ce jeudi 2 avril devant le Tribunal de commerce, où les différentes parties devront défendre leurs positions dans ce dossier devenu explosif. De son côté, la DER/FJ assure qu’elle apportera prochainement des clarifications sur sa gestion du projet et les raisons ayant motivé ses décisions.

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