Arrestation de Sanna Manjang : un ex-membre des « Junglers » extradé vers la Gambie

Ancien membre des tristement célèbres « Junglers », un escadron de la mort mis en place sous le régime de l’ancien président gambien Yahya Jammeh, le lieutenant-colonel Sanna Manjang a été arrêté le samedi 29 novembre en Casamance, au sud du Sénégal. L’opération, menée conjointement par les forces sénégalaises et gambiennes, a conduit à son extradition immédiate vers Banjul, où il était activement recherché.

Une opération conjointe saluée par Banjul

L’annonce officielle de son arrestation a été faite par le ministre gambien de la Communication, Lamin Jabbi, qui a exprimé la satisfaction de son gouvernement. Il a salué la « coopération constante et la solidarité » du Sénégal dans les affaires touchant à la sécurité régionale et à la justice transitionnelle.

Cette interpellation marque une nouvelle étape dans les efforts conjoints des deux pays pour lutter contre l’impunité et renforcer la stabilité sous-régionale, dans un contexte où plusieurs anciens responsables de la sécurité gambienne sont activement recherchés.

Un mandat d’arrêt international depuis février 2025

Sanna Manjang fait l’objet d’un mandat d’arrêt international émis en février 2025 par le Tribunal de première instance de Banjul. Ce mandat découle directement des conclusions de la Commission Vérité, Réconciliation et Réparations (TRRC), mise en place pour enquêter sur les violations massives des droits humains commises durant les 22 ans de régime de Yahya Jammeh.

La TRRC avait recommandé des poursuites contre plusieurs figures de l’ancien appareil sécuritaire, dont Manjang, identifié comme un acteur clé dans les opérations clandestines attribuées aux « Junglers ».

Des accusations lourdes et répétées

L’ancien lieutenant-colonel est soupçonné d’implication dans plusieurs affaires emblématiques, parmi les plus sombres de l’ère Jammeh :

• L’assassinat de Deyda Hydara (2004)

Journaliste, cofondateur du journal The Point, Hydara a été abattu en décembre 2004. La TRRC a conclu à une implication directe des Junglers, reconnus comme une unité impliquée dans les assassinats ciblés d’opposants, activistes et journalistes.

• Le massacre de plus de 60 migrants ouest-africains (2005)

Des ressortissants ghanéens, nigérians, ivoiriens et sénégalais avaient été arrêtés puis exécutés, soupçonnés à tort d’être des mercenaires. La TRRC a identifié l’unité de Manjang comme l’un des principaux exécutants de l’opération.

• La disparition de Daba Marena et de ses collègues (2006)

L’ancien directeur de l’Agence nationale de renseignement (NIA), Daba Marena, ainsi que plusieurs collaborateurs, avaient disparu après avoir été arrêtés. Là encore, les Junglers sont accusés d’avoir conduit l’opération.

Une arrestation symbolique pour la justice transitionnelle gambienne

L’interpellation de Sanna Manjang constitue une avancée majeure pour la Gambie dans son effort de reddition des comptes. Depuis les travaux de la TRRC, le gouvernement s’est engagé à traduire en justice les responsables de violations graves des droits humains, et l’arrestation d’un acteur aussi central pourrait marquer un tournant important.

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