Le ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique s’apprête à franchir un cap important en publiant, ce vendredi 3 avril 2026 à 16 heures, le rapport sur la gestion du Fonds d’Appui et de Développement de la Presse (FADP). L’annonce précise que la présentation se tiendra au Building Administratif Mamadou Dia, un lieu symbolique pour une démarche qui se veut placée sous le signe de la transparence. Cette publication intervient après plusieurs mois de fortes tensions autour de la répartition de ce fonds public destiné à soutenir les entreprises de presse.
Au cœur de la controverse, des accusations récurrentes d’injustice et d’opacité dans l’attribution des ressources. La question du FADP s’est progressivement transformée en affaire sensible, dépassant le simple cadre administratif pour se retrouver sur le terrain judiciaire. Plusieurs acteurs du secteur médiatique ont été convoqués par la Sûreté urbaine du Commissariat central de Dakar, sur instruction du procureur de la République près le Tribunal de grande instance hors classe de Dakar.
Parmi les premiers à être entendus figure Mame Makhtare Guéye. Son audition fait suite à la diffusion d’une vidéo dans laquelle il relayait et amplifiait des critiques portant sur la gestion du fonds. Ces propos trouvent leur origine dans une intervention médiatique de Ibrahima Lissa Faye sur la RFM, où il dénonçait une distribution jugée inéquitable du FADP. Directeur de publication de PressAfrik et coordonnateur de la Coordination des associations de presse du Sénégal, il a lui aussi été auditionné par les enquêteurs le mardi 31 mars.
Dans le même temps, l’administration n’est pas restée en retrait. Habibou Dia, directeur de la Communication au sein du ministère, a également été convoqué. Cette démarche fait suite à un signalement officiel de la Direction de la Communication, qui estime que certaines déclarations publiques pourraient relever de la diffamation et porter atteinte à la crédibilité du FADP ainsi qu’à celle des membres de son Conseil de gestion.
Cette judiciarisation du débat illustre l’ampleur des tensions qui traversent actuellement le secteur des médias au Sénégal. Elle intervient dans un contexte où les organisations professionnelles haussent le ton. Le Conseil des Diffuseurs et Éditeurs de Presse du Sénégal, connu sous l’acronyme CDEPS, a publié un communiqué particulièrement critique le 31 mars, dénonçant une gestion qu’il qualifie de scandaleuse. L’organisation appelle à la publication intégrale de la liste des bénéficiaires du fonds, à la réalisation d’un audit indépendant et à une réforme structurelle du mécanisme de répartition afin de garantir davantage d’équité.