L’arrestation du maire de Jaxaay, Abdoul Aziz Diané, et de son secrétaire municipal, I. Seydi, pour une affaire de trafic de migrants continue de provoquer un séisme au sein de la municipalité. À mesure que l’enquête avance, les témoignages se multiplient et révèlent l’existence d’un réseau organisé, solidement ancré au cœur même de l’administration locale.
Selon les révélations recueillies par L’Observateur, un agent municipal, qui a préféré garder l’anonymat, décrit un système bien rodé où des candidats désireux d’obtenir des faux documents de voyage étaient enrôlés sous une fausse identité. Cinq personnes avaient ainsi été présentées comme des conseillers municipaux censés représenter la commune lors d’un forum en Belgique. Chacune d’entre elles avait versé de l’argent au réseau en échange de documents officiels destinés à faciliter l’obtention d’un visa.
Le stratagème a toutefois tourné court lorsque les organisateurs du voyage ont exigé une contrepartie financière que la mairie était incapable de fournir. Face à cette incohérence, l’organisateur du forum a alerté sa représentation diplomatique, qui a immédiatement procédé à l’annulation des quatre visas encore en cours de traitement. Cette décision a déclenché une réaction en chaîne, jusqu’à l’arrestation de la commerçante Nd. Sène. Cette dernière, prise dans l’étau de l’enquête, a reconnu avoir versé 3,5 millions de francs CFA au secrétaire municipal en échange d’un jeu complet de documents authentiques, dont un ordre de mission, pour soutenir sa demande de visa Schengen.
Mais un détail, confirmé par l’agent municipal interrogé, donne une nouvelle dimension à l’affaire. Sur les cinq candidats concernés, l’un d’eux avait déjà retiré son passeport revêtu du visa avant l’annulation générale. Plus chanceux que les autres, il a réussi à quitter le territoire et se trouve désormais en Europe. Son identité est connue des enquêteurs, qui poursuivent leurs investigations pour comprendre l’étendue du réseau.
D’autres agents de la commune, également sous anonymat, confirment que des pratiques douteuses n’étaient pas nouvelles. Ils signalent que plusieurs voyages suspects avaient déjà attiré l’attention par le passé, notamment des départs vers le Japon ou le Chili impliquant des individus n’ayant aucun lien avec la municipalité. Ces alertes internes, restées sans suite, prennent aujourd’hui tout leur sens à la lumière des arrestations récentes.