Assemblée nationale – Projet de loi de finances rectificative 2025 : Le gouvernement enclenche une refondation budgétaire sous haute contrainte

L’examen du projet de loi n°11/2025 portant loi de finances rectificative (LFR) pour l’année 2025 se poursuit à l’Assemblée nationale dans un climat économique international tendu et sur fond de remise en question profonde de la gestion budgétaire passée. Présenté par le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, ce projet ne se limite pas à un simple réajustement technique : il s’inscrit, selon ses mots, dans une « dynamique de refondation » visant à restaurer la transparence, la crédibilité et l’efficacité des finances publiques sénégalaises.

Dès l’ouverture de son intervention, le ministre a dressé un tableau sombre des contraintes exogènes qui pèsent sur l’économie nationale. Il a notamment cité la montée des tensions commerciales internationales, exacerbée par la récente hausse des droits de douane imposée par la nouvelle administration américaine, et les ripostes de leurs partenaires. À cela s’ajoutent les perturbations persistantes dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, la fermeté des politiques monétaires des grandes banques centrales et le spectre grandissant d’une récession mondiale, dont la probabilité est passée de 17 % en octobre 2024 à 30 % en avril 2025.

Ces facteurs se traduisent, pour les pays africains comme le Sénégal, par une contraction de la demande extérieure, une volatilité accrue des cours des matières premières, et des coûts de financement toujours élevés.

Au-delà des facteurs internationaux, la LFR 2025 est fortement influencée par les conclusions du rapport d’audit de la Cour des comptes sur la gestion des finances publiques. Le document, très attendu, a mis en lumière de graves dysfonctionnements dans les pratiques budgétaires, notamment un recours excessif et non encadré à l’endettement, des dépenses hors budget, et une opacité dans la reddition des comptes.

Face à ces constats alarmants, l’État sénégalais affirme avoir engagé une stratégie de redressement fondée sur trois piliers : transparence, discipline budgétaire et préservation des objectifs de développement.

Mise en œuvre des recommandations de la Cour des comptes : Cela inclut notamment le renforcement des mécanismes de contrôle interne et externe, une réforme du système de comptabilité publique, et l’application stricte du principe d’autorisation parlementaire pour tout nouvel emprunt. Publication régulière des données budgétaires et de la dette publique : Un effort de transparence destiné à rétablir la confiance des citoyens et des partenaires financiers. Prise en charge des dettes bancaires non budgétisées : La LFR intègre désormais le paiement des intérêts d’une dette contractée hors du circuit budgétaire pour un montant de 125 milliards de FCFA.

Au-delà des ajustements financiers, c’est bien une nouvelle philosophie de gestion publique que le gouvernement semble vouloir initier. L’ambition affichée est de sortir d’un système marqué par l’opacité et les pratiques dérogatoires, pour entrer dans une ère de rigueur, d’efficience et de redevabilité.

Ce tournant pourrait marquer un changement de paradigme dans la gouvernance budgétaire sénégalaise, à condition que les engagements pris se traduisent rapidement en actions concrètes, et que le Parlement joue pleinement son rôle de contrôle.

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