Dakar a été, ce samedi, le théâtre d’une mobilisation portée par les familles des victimes de la répression politique survenue entre 2021 et 2024. En collaboration avec l’Initiative Zéro Impunité, les manifestants ont investi l’espace public pour exiger l’ouverture d’enquêtes indépendantes et la fin de l’impunité.
Pancartes à la main, slogans scandés avec force, les participants ont exprimé leur indignation face à ce qu’ils qualifient de silence persistant des autorités. « Non à l’impunité », « Justice pour les victimes » ou encore « Non à la candidature de Macky Sall » figuraient parmi les messages visibles dans le cortège. L’appareil judiciaire a également été directement interpellé, notamment à travers des appels adressés au procureur Ibrahima Ndoye.
Pour Djibril Diaw, cette mobilisation n’est pas un simple acte symbolique. Elle traduit une exigence ferme : « la fin de l’impunité et l’établissement de la vérité ». Le collectif réclame l’ouverture immédiate d’enquêtes « indépendantes, transparentes et crédibles » afin de situer les responsabilités, quel que soit le statut des personnes impliquées.
Malgré l’alternance politique ayant conduit Bassirou Diomaye Faye à la tête du pays, les familles estiment que leurs revendications restent inchangées. Un constat partagé par Mamadou Lamine Sambou, qui s’interroge : « Si, après le changement de régime, nous devons encore réclamer les mêmes choses, c’est qu’il y a un problème de fond. »
La dimension politique de la question n’a pas été éludée. Présente sur les lieux, la députée Maimouna Bousso a insisté sur le droit des familles à connaître la vérité. Selon elle, il est impératif de déterminer les responsabilités dans les violences qui ont marqué cette période. Elle a par ailleurs rejeté l’idée selon laquelle la loi d’amnistie constituerait un obstacle à la manifestation de la vérité.
Même fermeté du côté de Seydi Gassama, qui pointe une responsabilité de l’ancien chef de l’État dans les événements. Il s’oppose également à toute ambition internationale de ce dernier, estimant qu’une candidature à la tête de l’Organisation des Nations unies serait inacceptable tant que la lumière n’est pas faite.
Au-delà des discours, la douleur des victimes reste vive. Certaines portent encore les séquelles physiques et psychologiques des violences. Pape Abdoulaye Touré, présent à la manifestation, évoque un possible recours à la justice internationale : « Si l’État du Sénégal ne nous rend pas justice, vers qui allons-nous nous tourner ? L’ONU représente aujourd’hui notre dernier espoir. »
Déterminées à ne pas laisser ce dossier s’enliser, les familles des victimes annoncent leur volonté de poursuivre le combat, aussi bien sur le plan national qu’international. Elles envisagent notamment de relancer les procédures déjà initiées auprès de la Cour pénale internationale, où des signalements avaient été déposés en 2023.