Le Dakarois Quotidien & Le Dakarois Sports N°659 – 28/01/2026

🔴 PROMULGATION DU DÉCRET N°2026-66 MODIFIANT LE DÉCRET N°74-347 du 12 AVRIL 1974 RELATIF AU RÉGIME SPÉCIAL APPLICABLE AUX AGENTS NON FONCTIONNAIRES : DIOMAYE ENTAME LA REVALORISATION DU CAPITAL HUMAIN
🔴 LA CHAMBRE D’ACCUSATION DE LA COUR D’APPEL DE DAKAR RÉUNIE EN AUDIENCE SUR L’ AFFAIRE WEST AFRICA ENERGY : LE RENVOI DE SAMUEL ANNULÉ

🔴 AFFAIRE SÉNÉGAL–MAROC : LA CAF DÉLIBÈRE, DÉCISION SOUS 48H

Affaire West Africa Energy : la Chambre d’accusation annule le renvoi de Samuel Amète Sarr et met fin à son mandat de dépôt

La Chambre d’accusation de la Cour d’appel de Dakar, réunie en audience le lundi 27 janvier 2026, a annulé l’ordonnance de renvoi de l’ancien ministre de l’Énergie, Samuel Amète Sarr, devant le tribunal de police correctionnelle. L’information a été confirmée par l’un de ses avocats, Me Baboucar Cissé. Cette décision met également un terme à l’ordonnance de soit-communiqué rendue dans le cadre de la procédure dite West Africa Energy, dans laquelle Samuel Sarr avait été placé sous mandat de dépôt.

L’ordonnance annulée avait été prise par le juge d’instruction Makha Barry, du 2ᵉ cabinet du Tribunal de grande instance de Dakar, à l’issue de l’instruction ouverte contre l’ancien ministre. Saisie par la défense, la Chambre d’accusation a estimé que les conditions légales du renvoi devant la juridiction correctionnelle n’étaient pas réunies. En conséquence, elle a prononcé l’annulation de l’ordonnance de renvoi ainsi que de l’ensemble des actes subséquents qui en découlaient.

Cette décision marque un tournant majeur dans un dossier judiciaire très suivi. Depuis l’ouverture de la procédure, Samuel Amète Sarr n’a cessé de contester les faits qui lui étaient reprochés et de clamer son innocence. Pour la défense, cette annulation confirme l’existence d’irrégularités dans la conduite de l’instruction et valide les arguments développés devant la Chambre d’accusation. Les avocats de l’ancien ministre avaient notamment dénoncé une procédure entachée de manquements, évoquant un acharnement et un déficit d’impartialité dans le traitement du dossier.

Du côté de Samuel Amète Sarr, la décision est accueillie comme une victoire judiciaire majeure, susceptible de renforcer sa position tant sur le plan juridique que sur le plan de l’opinion. Elle ouvre également la voie à une remise en cause plus large de l’instruction telle qu’elle a été menée jusqu’ici.

En revanche, ce revers judiciaire constitue un coup dur pour les parties civiles, Moustapha Ndiaye et autres, engagées dans cette affaire, ainsi que pour l’instruction conduite par le magistrat saisi du dossier. L’annulation prononcée par la Chambre d’accusation fragilise leur position et relance le débat sur les conditions dans lesquelles la procédure a été engagée et conduite.

Samuel Sarr, ou l’affaire d’un pouvoir qui veut faire un exemple : L’agneau du sacrifice?

Il est des silences plus bruyants que des discours. Et des déclarations qui, sous des airs anodins, révèlent l’essence même d’un pouvoir. Celle du Premier ministre Ousmane Sonko, prononcée ce lundi, devant la Représentation nationale, en dit long : « Nous avons pris ce dossier en main, et nous faisons ce que nous devons faire. »
De quoi s’agit-il ? De l’affaire Samuel Sarr. Ancien ministre sous Wade, promoteur principal de la centrale électrique West Africa Energy, homme de réseaux, mais surtout, désormais, homme en détention. En détention politique ?
Officiellement, il est poursuivi pour abus de biens sociaux, à la suite d’un rapport d’audit. Sauf que depuis, une contre-expertise a été ordonnée par le juge d’instruction, et celle-ci, selon les fuites relayées par la presse, l’aurait blanchi. Et pourtant, l’homme reste en prison. Pourquoi ?
La réponse vient peut-être de la bouche même du chef du gouvernement. En affirmant s’être personnellement saisi du dossier, Sonko lève un coin du voile : la justice est désormais sous ses ordres. On s’y attendait, mais l’aveu est brutal. Le pouvoir ne s’en cache même plus. Pire, il en fait une posture politique.
On comprend dès lors que Samuel Sarr ne paie pas uniquement pour les fautes qu’on lui reproche. Il paie pour un symbole, lui la tête de gondole de ce qui est pompeusement appelé « le Système ». Il est vu en effet comme ce chaînon d’un ancien régime qu’on veut briser, cette vitrine d’une bourgeoisie politico-économique que l’on veut pulvériser pour certainement en créer une autre. Il est le message envoyé à tous ceux qui ont prospéré à l’ombre de l’État : le temps de l’impunité est révolu. Soit. Mais à condition que la justice reste impartiale, qu’elle s’applique avec rigueur, et non avec vengeance.
Or, dans cette affaire, des faits gênants subsistent. Une contre-expertise favorable balayée d’un revers de main par la Justice. Une plainte déposée par Samuel Sarr, curieusement ignorée par le Procureur de la République. Et maintenant, un discours assumé de pilotage politique par le Premier ministre. Le doute n’est plus permis : on ne juge plus selon le droit, on règle des comptes.
Le Sénégal a-t-il changé de régime pour tomber dans les travers qu’il prétendait corriger ? Le nouveau pouvoir, qui s’est bâti sur un discours de justice et de probité, ne peut pas se permettre de tomber dans l’arbitraire. La rupture ne peut pas être une revanche. Ni se muer en règlements de comptes.

Mamadou Cissé

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