Le gouvernement sénégalais table sur une hausse significative de ses recettes budgétaires dans le cadre du Programme de Réformes de l’État (PRES), grâce à une série de mesures fiscales et économiques ambitieuses. Selon les projections officielles, les recettes globales devraient atteindre 7 662,6 milliards de francs CFA, dont 762,6 milliards issus de nouvelles dispositions destinées à renforcer la mobilisation des ressources internes.
Ces recettes additionnelles proviendront de plusieurs réformes ciblant aussi bien les secteurs formels que ceux jusqu’ici partiellement encadrés. En tête de ces mesures figure la taxation des jeux de hasard, dont le rendement est estimé à 300 milliards de francs CFA. Cette mesure, longtemps attendue, vise à réguler un secteur en forte croissance, mais peu contributif au budget national.
Vient ensuite la taxation des services de paiement mobile, dits mobile money, qui s’imposent aujourd’hui comme un pilier des transactions financières au Sénégal. Leur contribution aux caisses de l’État est estimée à plus de 76,5 milliards de francs CFA.
Le gouvernement entend également revoir le mode de calcul des droits de douane en supprimant les valeurs de correction au profit des valeurs transactionnelles sur certains produits stratégiques, notamment le riz et l’huile. Cette réforme, qui permettra de mieux aligner les prix déclarés sur les prix réels, devrait rapporter 29 milliards de francs CFA.
D’autres mesures fiscales concernent la réactivation des droits de sortie sur les exportations d’arachide, évaluée à 9 milliards, et le relèvement de la taxation sur le tabac, dont le taux passerait de 70 % à 100 %, pour un gain attendu de 8,2 milliards. Le gouvernement compte également rationaliser les dépenses fiscales — c’est-à-dire réduire les exonérations et niches jugées non prioritaires — afin de dégager près de 100 milliards de francs CFA supplémentaires.
Dans la même logique, la réactivation des droits à l’importation sur les téléphones portables devrait générer 18,8 milliards, tandis qu’une taxe à l’importation sur les noix de cajou pourrait rapporter 5 milliards. L’État prévoit aussi d’instaurer une taxe sur l’exportation d’or, estimée à 26,3 milliards, et de relever la fiscalité sur les importations de véhicules, pour un rendement attendu de 28,5 milliards.
La taxation de l’alcool et des boissons alcoolisées connaîtra également une hausse : les produits importés seront taxés à hauteur de 65 %, contre 40 % pour ceux fabriqués localement. Cette mesure, qui poursuit un double objectif de santé publique et de rendement budgétaire, devrait générer environ 2,6 milliards de francs CFA.
Par ailleurs, le gouvernement compte tirer profit de la rentabilité accrue du secteur minier à travers les dividendes issus des surplus imputables aux sociétés minières, évalués à 9 milliards de francs CFA. Une nouvelle taxe topographique devrait également voir le jour, avec un rendement estimé à près d’un milliard.
Les recettes non fiscales ne sont pas en reste. Deux initiatives majeures viendront les renforcer : d’une part, une vaste opération de régularisation foncière, estimée à 100 milliards, et d’autre part, la régularisation ou le renouvellement des conventions de concession accordées aux opérateurs téléphoniques, qui devraient rapporter 50 milliards.
À travers cet ensemble cohérent de réformes, l’exécutif ambitionne de renforcer l’autonomie financière de l’État et de réduire la dépendance vis-à-vis de l’endettement extérieur. Ces mesures s’inscrivent dans une stratégie plus large de consolidation budgétaire, visant à accroître les recettes intérieures tout en améliorant la transparence et l’équité du système fiscal sénégalais.