Le Premier ministre Ousmane Sonko a procédé ce vendredi à l’inauguration officielle du Centre de formation professionnelle Cheikh Khalifa Ben Zayed Al Nahyan de Mbour, un événement qu’il a présenté comme bien plus qu’une simple ouverture d’infrastructure éducative. Pour le chef du gouvernement, cette réalisation consacre une vision partagée et une ambition nationale claire : faire de la formation professionnelle un levier central de transformation économique, de justice territoriale et d’inclusion sociale.
Devant un parterre composé de membres du gouvernement, d’autorités administratives et locales, de partenaires émiratis et de jeunes apprenants, Ousmane Sonko a livré un plaidoyer structuré et engagé pour une refonte en profondeur du système éducatif sénégalais. Cette réforme s’inscrit pleinement dans la « vision Sénégal 2050 » portée par le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, qui ambitionne de rompre avec les déséquilibres structurels hérités du passé.
Le Premier ministre a d’emblée insisté sur la nécessité de tourner la page d’un modèle de développement excessivement centralisé. « Le Sénégal que nous construisons n’est plus un Sénégal concentré et inégalitaire », a-t-il affirmé, soulignant que le développement doit désormais se faire par les territoires, avec les territoires et pour les territoires. L’implantation du centre de Mbour illustre concrètement cette nouvelle approche territorialisée.
Érigé sur plus d’un hectare et demi mis gracieusement à disposition par la commune, le Centre Cheikh Khalifa Ben Zayed Al Nahyan se distingue par la modernité de ses installations. Il comprend des blocs pédagogiques et administratifs, des ateliers techniques spécialisés, un amphithéâtre, une bibliothèque, des espaces sportifs ainsi qu’une mosquée. Avec une capacité d’accueil estimée à 300 apprenants par an, l’établissement propose des filières jugées stratégiques pour l’économie nationale, notamment la mécanique automobile, le froid et la climatisation, la comptabilité et la gestion, l’informatique, l’informatique industrielle et les réseaux.
Lors de sa visite des ateliers, Ousmane Sonko a tenu à illustrer de manière concrète l’impact attendu de ces formations. Il a évoqué la possibilité pour les apprenants de produire localement des chambres frigorifiques, un équipement largement importé mais essentiel pour la conservation des produits horticoles, laitiers et halieutiques. Une perspective particulièrement porteuse pour Mbour, ville fortement dépendante du secteur de la pêche. Pour le Premier ministre, ce type d’initiative démontre que la formation professionnelle et technique peut devenir un véritable outil de souveraineté économique, au même titre que l’industrie, l’énergie ou l’agriculture.
Le gouvernement s’est fixé des objectifs chiffrés pour accompagner cette mutation : orienter au moins 30 % des sortants du cycle fondamental et 10 % des bacheliers vers les filières professionnelles et techniques. Des objectifs que le Premier ministre lui-même juge « plus ou moins au rabais ». Dans une comparaison assumée, il a rappelé que dans des pays comme la Suisse ou le Japon, près de 80 % des élèves issus du cycle fondamental s’orientent vers la formation professionnelle. Une référence destinée à bousculer les mentalités dans un contexte sénégalais où ces filières restent souvent perçues comme une voie de relégation. Selon lui, une grande partie des difficultés actuelles, notamment la saturation des universités, découle du manque de valorisation de l’enseignement technique et professionnel. Il a critiqué un système qui alimente massivement les filières littéraires sans réelle adéquation avec les besoins de l’économie nationale.
Pour opérer une transformation durable, Ousmane Sonko a exposé une approche systémique reposant sur trois piliers majeurs. Il s’agit d’abord d’une analyse territorialisée fine des besoins en compétences, ensuite de la mise en place d’un système d’information dynamique sur les métiers et l’emploi, et enfin de la création d’observatoires du marché du travail dans chaque pôle territorial. Dans cette dynamique, le chef du gouvernement a annoncé l’ambition de construire une quarantaine de centres de formation similaires à travers le pays au cours des deux prochaines années, grâce au budget national et à l’appui de partenaires internationaux.
Cette réforme suppose également une meilleure coordination entre les multiples structures publiques intervenant dans le domaine de l’emploi et de la formation, telles que l’ONFP, le 3FPT, la DER/FJ, l’APIX, l’ADPME ou encore l’ANPEJ. Le Premier ministre a insisté sur la nécessité de rendre leurs actions interconnectées et convergentes vers un objectif commun de création d’emplois durables et productifs.
L’inauguration du centre de Mbour a par ailleurs servi de cadre à la mise en lumière de la coopération stratégique entre le Sénégal et les Émirats arabes unis. Ousmane Sonko a salué la solidité des relations entre les présidents Bassirou Diomaye Faye et Mohamed Ben Zayed Al Nahyan, tout en évoquant les liens personnels qu’il entretient avec le vice-président émirati, Cheikh Mansour Ben Zayed. Il a rendu un hommage appuyé à la Fondation Cheikh Khalifa Ben Zayed Al Nahyan, dont l’engagement constant et la générosité ont permis la réalisation de cette infrastructure. Il a également révélé que lors de ses récents déplacements à Abou Dhabi, les autorités émiraties avaient suivi de près l’achèvement et l’ouverture du centre.
Les accords récemment signés entre les deux pays couvrent des secteurs stratégiques tels que l’énergie, les nouvelles technologies, la santé et l’éducation. Le Premier ministre a même évoqué un projet emblématique : la création au Sénégal d’un institut de formation footballistique soutenu par le vice-président émirati, propriétaire de Manchester City, dont le site serait déjà identifié dans le département de Mbour.
S’adressant directement aux jeunes apprenants, Ousmane Sonko a voulu inverser les représentations sociales longtemps associées à la formation professionnelle. « La formation professionnelle n’est plus une voie par défaut. L’avenir, c’est la formation professionnelle », a-t-il martelé, avant de les exhorter à faire de ce centre un espace d’excellence, de discipline, d’innovation et de citoyenneté. Conscient toutefois des défis à relever, notamment la finalisation du référentiel national des métiers et des compétences, la consolidation du système d’information intégré et le renforcement de la synergie entre acteurs publics, le Premier ministre a assuré que le gouvernement avance avec lucidité et détermination. Pour lui, ces contraintes ne doivent en aucun cas freiner l’élan engagé vers un Sénégal plus souverain, plus équitable et résolument tourné vers l’avenir.