À l’occasion de la prière de l’Aïd El-Fitr célébrée à Nema, dans la capitale du Sud, le Premier ministre Ousmane Sonko a délivré un message à forte portée politique, en mettant au cœur de son intervention la question sensible de l’équité devant la justice au Sénégal. Dans une atmosphère marquée par la ferveur religieuse et le rassemblement des fidèles venus célébrer la fin du mois de Ramadan, le chef du gouvernement a choisi de porter un discours sans détour, axé sur les principes de responsabilité et d’égalité.
Prenant la parole après la prière, il a rappelé ce qu’il considère comme un fondement essentiel de l’État de droit : l’impartialité de la justice. Selon lui, aucune société ne peut prétendre à la stabilité ni à la crédibilité institutionnelle si elle tolère des disparités dans le traitement judiciaire de ses citoyens. « Dans un pays où règne la justice, il ne doit pas y avoir une justice deux poids deux mesures », a-t-il affirmé, posant ainsi les bases d’un message qui dépasse le simple cadre moral pour toucher aux exigences institutionnelles.
Dans son intervention, le Premier ministre a dénoncé ce qu’il perçoit comme une incohérence majeure dans le fonctionnement du système judiciaire. Il a évoqué le cas de certaines personnes accusées d’avoir détourné ou dilapidé les ressources publiques, qui bénéficieraient, selon lui, de mesures de liberté provisoire leur permettant de regagner leurs domiciles. À l’inverse, d’autres citoyens, poursuivis pour des faits qu’il juge moins graves, resteraient en détention prolongée. Cette situation, qu’il qualifie d’anomalie, alimente selon lui un sentiment d’injustice et fragilise la confiance des populations envers les institutions.
Sans citer explicitement de noms, Ousmane Sonko a laissé entendre que ses critiques visaient en partie des figures associées à l’ancien régime. Toutefois, au-delà de cette dimension, son discours a également pris une tournure interne, semblant adresser un message clair à certains acteurs de la majorité actuelle. Il a mis en garde contre toute tentative de protection ou de complaisance à l’égard de personnes mises en cause, même lorsque des considérations politiques pourraient inciter à la prudence.
« Ces personnes qui doivent rendre compte ne doivent pas être protégées, même pour une simple stratégie politique », a-t-il martelé, dans une déclaration qui résonne comme un appel à la rigueur et à la cohérence au sein même de l’appareil d’État. Par cette prise de position, le Premier ministre entend visiblement affirmer une ligne de conduite fondée sur la transparence et la reddition des comptes, dans un contexte où les attentes citoyennes en matière de gouvernance restent élevées.