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Abdou Diouf et Abdoulaye Wade : les dessous d’un dialogue politique qui a préservé la stabilité du Sénégal

Trente-cinq ans après les premiers accords de partage du pouvoir entre le Parti socialiste et le Parti démocratique sénégalais, l’ancien ministre de l’Intérieur Me Ousmane Ngom revient sur les coulisses de ces négociations historiques qui ont marqué la vie politique sénégalaise au début des années 1990.

Dans un entretien accordé à l’Agence de presse sénégalaise (APS), l’ancien numéro deux du PDS met en lumière le rôle déterminant joué par les présidents Abdou Diouf et Abdoulaye Wade dans la préservation de la paix civile, à une période où le pays traversait de fortes turbulences politiques.

Selon Me Ousmane Ngom, les relations entre les deux hommes d’État étaient marquées par une profonde rivalité politique, mais également par un sens élevé de la responsabilité nationale. Malgré les tensions nées de l’élection présidentielle de 1988, vivement contestée par l’opposition, les deux dirigeants ont toujours privilégié le dialogue afin d’éviter une crise majeure.

L’ancien ministre révèle qu’à la suite des événements postélectoraux de 1988 et de l’arrestation de plusieurs responsables du PDS, des discussions discrètes avaient été engagées entre le pouvoir et l’opposition après leur libération. Ces premiers échanges se sont notamment déroulés à la résidence présidentielle de Popenguine.

D’après son témoignage, Abdou Diouf était alors animé par une volonté sincère d’apaisement. Il aurait même exprimé sa disponibilité à associer son principal adversaire politique à la gestion des affaires publiques dans le but de préserver la stabilité du pays et d’éviter toute confrontation susceptible de fragiliser les institutions.

Toutefois, ces premières tentatives de rapprochement n’avaient pas abouti. Me Ousmane Ngom explique que plusieurs résistances au sein même de l’appareil d’État avaient freiné le processus, empêchant la concrétisation d’un accord entre les deux camps.

La situation évoluera à partir de 1990 avec le départ de Jean Collin, considéré à l’époque comme l’un des hommes les plus influents du régime socialiste. Cette nouvelle configuration politique favorisera la reprise des contacts entre le pouvoir et le PDS.

Les négociations seront alors facilitées par le ministre de l’Intérieur d’alors, Famara Ibrahima Sagna, qui jouera un rôle de médiateur entre les différentes parties. Après plusieurs mois de discussions, un accord politique sera finalement trouvé.

En mars 1991, le Parti démocratique sénégalais fait son entrée au gouvernement. Quatre de ses responsables accèdent à des fonctions ministérielles, parmi lesquels Abdoulaye Wade, nommé ministre d’État. Cette participation constitue une étape majeure dans l’histoire politique du Sénégal, marquant l’une des premières expériences de gouvernement d’ouverture associant le pouvoir et son principal opposant.

Mais cette alliance ne survivra pas aux tensions liées à la préparation de l’élection présidentielle de 1993. À l’approche du scrutin, les divergences réapparaissent et conduisent à une nouvelle rupture entre les deux formations politiques.

Malgré cette séparation, le dialogue ne sera jamais totalement rompu. Dans un contexte politique à nouveau tendu, marqué par des contestations et des crispations, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade renoueront les contacts quelques années plus tard.

Ces nouvelles discussions déboucheront sur un second accord politique en 1995. Le PDS réintègre alors le gouvernement avec cinq portefeuilles ministériels, confirmant une nouvelle fois la volonté des deux leaders de privilégier le compromis politique à l’affrontement.

Pour Me Ousmane Ngom, ces épisodes démontrent que les deux hommes, malgré leurs divergences profondes et leur compétition pour le pouvoir, avaient en commun la conviction que l’intérêt supérieur de la nation devait primer sur les calculs partisans. Une démarche qui, selon lui, a largement contribué à préserver la stabilité politique du Sénégal durant une période particulièrement sensible de son histoire.


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