TEMPÊTE À TOUBA

Ousmane Sonko visé par la colère de descendants de la ville sainte

Par Aly Saleh

Le collectif « Ndono Mak Gni », regroupant des descendants de Serigne Touba, a annoncé son intention de déposer une plainte contre le président de l’Assemblée nationale et leader de Pastef, Ousmane Sonko, à la suite de déclarations dans lesquelles il a affirmé que des fonds détournés sous l’ancien régime avaient été dissimulés à Touba. Pour les membres du collectif, ces propos portent atteinte à l’image et à la dignité de la ville sainte. Le ministre des Transports, Abdoul Ahad Ndiaye, a également dénoncé des déclarations qu’il juge irrespectueuses à l’égard du mouridisme. Toutefois, une éventuelle procédure judiciaire pourrait se heurter à l’immunité parlementaire dont bénéficie Ousmane Sonko.

Une déclaration qui suscite une vive polémique

Tout est parti d’un rassemblement politique organisé dans le bassin de Mbacké-Touba. Devant ses partisans, Ousmane Sonko a déclaré que d’anciens directeurs généraux de l’ère Macky Sall avaient « déversé » de « l’argent volé » à l’État dans la ville sainte de Touba.

Ces propos ont suscité de vives réactions au sein de la communauté mouride. Des dignitaires religieux et plusieurs responsables politiques locaux estiment qu’ils reviennent à assimiler Touba à un lieu de recel ou de blanchiment d’argent. Refusant que l’image de la cité fondée par Cheikh Ahmadou Bamba soit associée à de telles pratiques, le collectif « Ndono Mak Gni » a annoncé le dépôt prochain d’une plainte devant la justice.

Invité de la TFM, le ministre des Transports, Abdoul Ahad Ndiaye, a vivement critiqué les déclarations d’Ousmane Sonko, estimant que l’évocation de « l’argent sale à Touba » constitue « un manque de respect inacceptable » envers le mouridisme. Il a également relevé l’absence de plusieurs autorités locales lors de la visite du leader de Pastef, y voyant un signe de désapprobation.

Les enjeux juridiques face à l’immunité parlementaire

Sur le plan juridique, les conseils du collectif envisagent d’engager une procédure reposant principalement sur deux axes.

Le premier concerne les qualifications pénales susceptibles d’être retenues. La plainte pourrait notamment invoquer la diffamation ou d’autres infractions prévues par la législation en vigueur, selon les arguments développés par les plaignants. Ces derniers estiment que les déclarations d’Ousmane Sonko portent atteinte à l’honneur de la communauté et sont susceptibles de troubler l’ordre public.

Le second porte sur la recevabilité de l’action. Deux obstacles majeurs pourraient toutefois se présenter. D’une part, la question de l’intérêt à agir, les propos visant la ville de Touba dans son ensemble plutôt que des personnes nommément désignées. D’autre part, le statut d’Ousmane Sonko. En sa qualité de député et de président de l’Assemblée nationale, il bénéficie de l’immunité parlementaire pour les opinions émises dans l’exercice de ses fonctions, selon les conditions prévues par la Constitution. Toute procédure nécessitant la levée de cette immunité supposerait un vote de l’Assemblée nationale, une hypothèse qui paraît peu probable au regard de la majorité dont dispose Pastef.

Une portée avant tout politique et symbolique

Au-delà de son éventuelle issue judiciaire, cette initiative revêt une forte portée politique et symbolique. Elle pourrait illustrer des tensions entre une partie de la communauté mouride et le président de l’Assemblée nationale.

Qu’elle aboutisse ou non, la plainte annoncée par « Ndono Mak Gni » contribue à déplacer le débat du terrain politique vers le terrain judiciaire. Pour le collectif, il s’agit de défendre l’image de Touba et de rappeler que la réputation de la ville sainte constitue, à ses yeux, une ligne rouge qui ne saurait être franchie. De son côté, Ousmane Sonko n’a, à ce stade, pas réagi publiquement à l’annonce de cette initiative judiciaire.


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