Sept ans après leur élection en 2019, les dirigeants du CORED arrivent au terme de leur mandat. L’assemblée générale ordinaire convoquée à cet effet constitue à la fois une étape de renouvellement des instances et un moment consacré au bilan de l’action menée durant ces dernières années.
Dans son rapport moral, le président sortant, Mamadou Thior, est revenu sur un mandat marqué dès ses débuts par la pandémie de Covid-19. La crise sanitaire avait fortement perturbé le fonctionnement de l’institution, qui s’était retrouvée privée de siège pendant plusieurs mois et contrainte d’organiser certaines réunions dans des espaces délocalisés.
Malgré ces contraintes et des moyens limités, le CORED dit avoir poursuivi sa mission d’autorégulation en maintenant le dialogue avec les rédactions et les professionnels des médias. À partir de 2021, l’institution a progressivement retrouvé un fonctionnement plus stable.
Cette année marque notamment une évolution importante avec l’appui du Fonds d’appui et de développement de la presse (FADP). Grâce à un premier financement, le CORED a pu recruter un personnel permanent et s’installer à la Maison de la Presse Babacar Touré. Son quitus est également devenu une pièce obligatoire dans le processus de demande de la Carte nationale de presse.
Pour l’équipe sortante, cette évolution constitue une reconnaissance du rôle joué par l’organe d’autorégulation dans la structuration et la professionnalisation du secteur des médias.
Mais cette dynamique a par la suite été confrontée à de nouvelles difficultés, notamment sur le plan financier. L’audit du FADP engagé après l’alternance politique de 2024 a entraîné une suspension des financements pendant plusieurs mois. Cette situation a eu des conséquences directes sur le fonctionnement de l’institution, avec notamment l’accumulation des salaires et le ralentissement de plusieurs activités.
Entre juin et novembre 2025, les bureaux du CORED sont ainsi restés fermés pendant cinq mois. La situation n’a commencé à se débloquer qu’à la faveur de deux décaissements intervenus à la fin de 2025 et au début de 2026. Ces financements ont permis à l’institution de régulariser progressivement sa situation et de reprendre normalement ses activités.
Au-delà des difficultés rencontrées, le rapport d’activités présenté par Nina Penda Faye met en avant les différentes initiatives entreprises durant le mandat. L’accent a notamment été mis sur la sensibilisation et la formation des professionnels, avec l’objectif de favoriser l’amélioration des pratiques journalistiques plutôt que de limiter l’action du CORED à une logique de sanction.
Les « Cas d’École » ont ainsi été relancés. Ces rencontres réunissent régulièrement journalistes, étudiants, universitaires et acteurs publics autour de problématiques liées à l’exercice du métier. La responsabilité des médias en période de crise, la couverture des élections, les relations entre journalistes et forces de sécurité ou encore les dérives liées à la chronique ont notamment fait l’objet de discussions.
Une de ces rencontres a été consacrée au traitement de l’information relative à la Police nationale. Elle a été organisée avec le concours de la Direction générale de la Police nationale et le soutien d’Article 19.
Le CORED a également développé des actions de formation et de renforcement des capacités. L’institution a notamment participé au programme « Nietti Élections » du National Democratic Institute, consacré à l’évaluation de la couverture médiatique des différents scrutins.
Elle a aussi pris part à des ateliers portant sur la sécurité des journalistes, la lutte contre la désinformation et les discours de haine, en collaboration avec différents partenaires, parmi lesquels le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, Reporters sans frontières et la Convention des jeunes reporters du Sénégal.
L’équipe dirigée par Mamadou Thior revendique par ailleurs une implication importante dans les réformes du secteur des médias. Entre 2023 et 2025, le CORED a assuré la présidence et le secrétariat du Comité de pilotage des Assises nationales des médias. Plusieurs recommandations issues de ces travaux servent aujourd’hui de référence dans les réformes engagées dans le secteur.
L’institution rappelle également sa participation à la Commission nationale de la carte de presse, son quitus étant désormais intégré au processus d’obtention de la carte professionnelle.
Sur le terrain de la régulation, le CORED indique avoir publié, depuis 2023, une vingtaine de communiqués portant notamment sur les appels à la violence, les discours haineux, les atteintes à la dignité humaine, les détournements de manchettes et les insuffisances constatées dans le traitement de certaines affaires judiciaires.
Le Tribunal des pairs a, pour sa part, examiné treize plaintes et procédé à vingt-sept autosaisines. Au total, cinquante médias ont été concernés par ses décisions. Celles-ci ont donné lieu à quarante-deux avertissements, quinze blâmes, cinq appels et deux demandes de droit de réponse.
Pour l’équipe sortante, ces chiffres témoignent d’une volonté de privilégier le dialogue et la médiation avant le recours aux sanctions disciplinaires. L’objectif affiché reste de renforcer progressivement la responsabilité des médias et le respect des règles d’éthique et de déontologie.
Le bilan présenté ne masque toutefois pas les difficultés qui demeurent. Le monitoring permanent des médias reste encore limité en raison du manque de ressources humaines et financières. Le CORED relève également que ses décisions ne sont pas toujours suffisamment relayées par les organes de presse concernés.
La question du financement constitue également l’un des principaux défis laissés à la prochaine équipe. Le Directoire sortant plaide pour une clarification des dispositions du Code de la presse afin de garantir à l’organe d’autorégulation des ressources pérennes et de réduire sa dépendance aux mécanismes de subvention.
Au terme de ces sept années, Mamadou Thior considère que l’un des principaux acquis de son mandat réside dans l’installation progressive d’une culture de l’autorégulation au sein des rédactions.
Le renouvellement des instances ouvre désormais une nouvelle étape pour le CORED. La prochaine équipe devra consolider les acquis, renforcer le monitoring, améliorer le suivi des décisions et trouver des mécanismes de financement plus durables, tout en adaptant l’autorégulation aux mutations profondes du paysage médiatique, marqué notamment par le numérique, la désinformation et l’évolution rapide des pratiques journalistiques.






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