La crise de l’électricité s’est invitée au cœur de la conférence de presse de Thierno Alassane Sall. Le député non-inscrit a dressé un constat préoccupant de la situation actuelle du secteur, estimant que les difficultés enregistrées pourraient également éclairer, selon lui, certaines des tensions politiques qui existent aujourd’hui au sommet de l’État entre le président de la République Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.
L’ancien ministre de l’Énergie est notamment revenu sur l’évolution de la situation énergétique du Sénégal au cours des dernières années. Il rappelle qu’en 2023, le pays exportait de l’électricité vers plusieurs États voisins, notamment la Guinée, la Gambie et la Mauritanie. Selon lui, le rapport de force énergétique s’est depuis inversé.
Thierno Alassane Sall affirme ainsi que le Sénégal importe aujourd’hui jusqu’à 200 mégawatts d’électricité depuis la Guinée. « Ceux à qui on vendait du courant nous vendent aujourd’hui du courant », a-t-il relevé, estimant que cette évolution doit conduire à s’interroger sur les décisions prises en matière de production, d’investissement et de capacité du système électrique national.
Pour le député, la question est d’autant plus préoccupante que le pays s’approche du mois d’octobre, période qu’il présente comme particulièrement chaude et susceptible d’entraîner une hausse de la demande en électricité. Il redoute que les difficultés actuelles ne soient davantage accentuées si les capacités disponibles ne permettent pas de répondre à la consommation.
L’ancien ministre a également souligné la fragilité du dispositif de production. Selon lui, la panne d’un seul groupe de production peut aujourd’hui provoquer d’importantes perturbations dans l’alimentation électrique de Dakar et de sa périphérie. Une situation qui, à ses yeux, pose la question de la disponibilité réelle des capacités de production et de la résilience du système.
Thierno Alassane Sall s’est aussi intéressé au coût de fonctionnement de certaines centrales. Il affirme qu’une installation pourrait consommer jusqu’à un milliard de francs CFA de carburant par jour, avec un coût de production qu’il situe autour de 240 francs CFA le kilowattheure.
Il est également revenu sur les difficultés rencontrées par la centrale flottante, évoquant notamment des problèmes liés à son système de surpression. Sur ce point, le leader de la République des Valeurs récuse l’hypothèse d’un sabotage. « Ce n’est pas du sabotage », a-t-il déclaré, appelant plutôt les autorités à expliquer les causes des difficultés actuelles et les conditions dans lesquelles le Sénégal, qui disposait auparavant d’une capacité suffisante pour exporter de l’électricité, en est arrivé à devoir en importer.
Ces déclarations interviennent dans un contexte marqué par des perturbations de l’alimentation électrique et des délestages tournants signalés dans plusieurs localités du pays. Pour Thierno Alassane Sall, la question dépasse donc les seules coupures ponctuelles et renvoie à la politique énergétique dans son ensemble.
L’accès à l’électricité toujours problématique dans le monde rural
Le député a également consacré une partie importante de son intervention à la situation des populations rurales. Il affirme que 40 % des localités n’ont jamais eu accès à l’électricité. Une situation qu’il distingue des simples coupures, puisqu’il s’agirait, selon lui, de populations qui n’ont jamais bénéficié d’une alimentation électrique.
Pour illustrer cette réalité, Thierno Alassane Sall évoque les conséquences de l’absence d’électricité sur l’accès à l’eau. Dans certaines localités, explique-t-il, les installations hydrauliques dépendent de machines électriques dont le fonctionnement devient impossible en l’absence de courant.
Selon le député, certains habitants seraient ainsi contraints de parcourir jusqu’à dix kilomètres pour trouver de l’eau. Il affirme avoir constaté lui-même ces difficultés lors d’un déplacement effectué dans le monde rural moins de dix jours avant sa conférence de presse.
L’absence d’électricité aurait également des conséquences sur la scolarité des enfants. Thierno Alassane Sall décrit des conditions d’apprentissage difficiles pour les élèves vivant dans ces zones, qu’il oppose aux conditions dont bénéficient les enfants dans les centres urbains disposant d’un accès régulier à l’électricité.
Le parlementaire a aussi évoqué les conditions de vie des femmes rurales. Il affirme que certaines d’entre elles sont confrontées à une telle précarité qu’elles auraient du mal à accomplir des gestes aussi simples que serrer la main, en raison de l’état de leurs mains et de leurs conditions de travail.
Pour le leader de la République des Valeurs, cette situation pose une question d’équité dans la répartition des bénéfices du système électrique national. Il rappelle que les populations rurales contribuent elles aussi au financement du secteur à travers les différentes taxes et prélèvements supportés par les citoyens.
« Ces gens font partie de ceux qui payent pour la disponibilité de l’électricité dans le pays », a-t-il déclaré, estimant qu’il est donc légitime que les populations qui restent privées d’électricité puissent également bénéficier des investissements réalisés dans le secteur.
À travers son intervention, Thierno Alassane Sall demande ainsi au gouvernement de fournir des explications sur l’état actuel du système électrique, mais également sur les choix effectués en matière de production, d’investissement et d’approvisionnement.
Pour l’ancien ministre de l’Énergie, les difficultés actuelles doivent être examinées au-delà des seules coupures de courant. Elles interrogent, selon lui, la capacité du Sénégal à garantir durablement son autonomie énergétique, à répondre à la demande croissante des ménages et des entreprises et, surtout, à réduire les inégalités persistantes entre les populations urbaines et rurales en matière d’accès à l’électricité.





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