L’ancien ministre de l’Économie Abdourahmane Sarr apporte des précisions sur les discussions engagées autour de la dette du Sénégal et du futur programme avec le Fonds monétaire international. Dans une analyse publiée à la suite de la rencontre virtuelle tenue mardi 6 octobre 2026, il revient sur plusieurs éléments qu’il considère comme déterminants pour la suite du processus.
Le premier concerne le niveau de la dette rapporté à la richesse nationale. Selon Abdourahmane Sarr, le rebasing du Produit intérieur brut (PIB) du Sénégal a modifié les principaux ratios macroéconomiques. Il affirme que cette réévaluation a ramené la dette totale à 105 % du PIB en 2025, tandis que le déficit de la même année serait désormais établi à 5,4 % du PIB.
Pour l’ancien ministre, cette nouvelle photographie des finances publiques réduit la nécessité de solliciter des pertes importantes auprès des créanciers privés. Il estime que d’éventuels « reprofilages » pourraient, si nécessaire, suffire à réorganiser les échéances, sans nécessairement imposer une réduction de la valeur des créances détenues par les investisseurs privés.
Abdourahmane Sarr souligne toutefois que le Sénégal demeure soumis au cadre d’analyse de viabilité de la dette applicable aux pays à faible revenu. Ce cadre, actuellement en vigueur et en cours de révision, joue selon lui un rôle central dans le processus engagé avec le FMI.
Il explique que cette situation justifie la démarche de restructuration de la dette, celle-ci constituant, selon son analyse, une condition permettant au FMI de poursuivre le processus d’approbation du programme économique et financier.
Sur la question de la liquidité, l’ancien ministre considère que les difficultés à court terme pourraient être prises en charge grâce aux discussions engagées avec les créanciers officiels. Il indique que les échanges en cours devraient permettre de répondre aux besoins immédiats de financement du pays.
Abdourahmane Sarr relève par ailleurs que les créanciers officiels ont continué à accompagner certains projets. Il affirme que ces créanciers, y compris les institutions multilatérales, ont autorisé des décaissements destinés à des projets qui n’étaient pas initialement inscrits au budget, dont certains seraient exécutés par leurs propres entreprises.
Le deuxième enjeu porte donc sur l’articulation entre la restructuration de la dette, le financement des projets et le programme qui doit être soumis au FMI.
Sur le calendrier, l’ancien ministre avance une échéance en deux temps. Selon lui, le programme avec le FMI pourrait être approuvé en novembre, tandis que le processus de restructuration de la dette devrait être bouclé en décembre.
Cette séquence soulève cependant une interrogation importante sur la réaction des créanciers privés. « Les créanciers privés accepteront-ils ? », s’interroge Abdourahmane Sarr, qui estime que l’analyse de viabilité de la dette devra d’abord les convaincre du bien-fondé des mesures envisagées.
Pour l’ancien ministre, l’objectif principal du processus ne réside pas nécessairement dans l’ampleur d’une éventuelle restructuration, mais dans la possibilité de parvenir à un accord permettant au Sénégal de sécuriser son programme avec le FMI et de poursuivre sa trajectoire budgétaire et financière.
Il qualifie ainsi le processus de « essentiellement cosmétique », estimant que l’essentiel est que le programme soit approuvé et que le Sénégal puisse maintenir sa trajectoire de consolidation et de refinancement sur le marché régional.
Cette dernière dimension est particulièrement importante à ses yeux. Abdourahmane Sarr insiste sur la nécessité de préserver la confiance des investisseurs non-résidents ayant placé leurs capitaux dans des titres libellés en francs CFA sur le marché de l’UEMOA.
Il estime que ces investisseurs ne devraient pas être affectés par le processus, le Sénégal ayant intérêt à continuer de les attirer sur son marché à l’avenir.
En parallèle des discussions sur la dette, l’ancien ministre attire l’attention sur la Loi de finances rectificative (LFR), actuellement examinée par l’Assemblée nationale. Selon lui, une convergence devra être trouvée entre les autorités et les députés sur la trajectoire budgétaire.
« Il faudra bien qu’il y ait une convergence de vues sur la trajectoire budgétaire car son approbation sera un préalable au programme », affirme-t-il.
Cette question budgétaire apparaît ainsi comme l’un des éléments importants de la prochaine étape des discussions avec le FMI. Elle devra permettre de rapprocher les prévisions de recettes, de dépenses, de déficit et de financement des engagements pris dans le cadre du programme.
Pour rappel, le Sénégal et le FMI ont conclu le 1er septembre 2026 un accord technique ouvrant la voie à un nouveau programme économique et financier d’environ 2,2 milliards de dollars, soit près de 1 243 milliards de francs CFA. Cet accord vise notamment à accompagner le redressement des finances publiques, le traitement de la dette et la relance de l’économie.
La suite du processus dépendra désormais de plusieurs étapes : la convergence sur la trajectoire budgétaire, les discussions avec les créanciers officiels et privés, l’analyse de viabilité de la dette et, enfin, l’approbation du programme par les instances compétentes du FMI.
L’analyse d’Abdourahmane Sarr met ainsi en avant un calendrier resserré entre novembre et décembre, avec un enjeu central pour le Sénégal : parvenir à un traitement de la dette compatible avec les exigences du FMI tout en préservant autant que possible l’accès du pays aux marchés financiers régionaux.






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