Le projet SM10 Agro porté par Sadio Mané ambitionne notamment de contribuer au développement de l’agriculture et à la transformation des productions locales en Casamance. La mangue figure parmi les filières ciblées, avec l’objectif affiché de mieux valoriser la production et de limiter les pertes post-récolte.
Mais pour Souleymane Bassoum, le modèle envisagé mérite d’être profondément repensé. Invité de Even Prod Media, l’acteur de la filière affirme avoir une longue expérience dans le domaine de la mangue en Afrique de l’Ouest. Il indique notamment avoir été expert de l’Union européenne sur cette filière et avoir dirigé des exploitations agricoles de plus de 1 200 hectares.
À ses yeux, concentrer une importante superficie de production dans une même zone pourrait poser un sérieux problème au moment de la récolte.
« On dit qu’il y a des mangues qui pourrissent en Casamance et que Sadio Mané va faire une usine. Mais il y a 18 000 mangues qui ne peuvent pas être transformées. C’est une grosse erreur, cette histoire de Sadio Mané. C’est une catastrophe », affirme-t-il.
« Ils vont récolter en 45 jours »
Souleymane Bassoum réagit notamment à l’idée avancée de développer jusqu’à 500 hectares de manguiers en Casamance. Selon lui, cette concentration géographique pourrait entraîner une récolte massive sur une période relativement courte.
« Ils disent qu’ils vont faire 500 hectares de mangues en Casamance. Mais ça ne marche pas. Parce qu’ils vont récolter en 45 jours, et la mangue dégage de l’éthylène ; si vous stockez la mangue, ça pète », soutient-il.
Pour le spécialiste, le principal enjeu réside donc dans l’organisation de la production et dans l’étalement des périodes de récolte. Une concentration des volumes sur une courte période pourrait, selon son analyse, exercer une forte pression sur les capacités de stockage, de transformation et de commercialisation.
Bassoum préconise de répartir les plantations
Plutôt que de concentrer les plantations dans une seule région, Souleymane Bassoum recommande une stratégie basée sur la complémentarité des zones de production.
Il propose notamment d’implanter 300 hectares à Tambacounda, 100 hectares dans la zone Kaffrine-Kaolack et 300 hectares à Bambali, en Casamance.
L’objectif serait de profiter des différences entre les zones agroécologiques et de permettre une succession des périodes de récolte.
« Là, il aura à travailler sur une longue période, avec des récoltes différenciées. Mais là, il récolte en même temps et l’éthylène va le fatiguer. Et s’il y a une catastrophe, il n’atténue pas le risque », avertit-il.
Miser sur les spécificités agricoles du Sénégal
Souleymane Bassoum estime par ailleurs que le Sénégal dispose d’un avantage important pour développer une filière mangue structurée. Il souligne notamment la diversité des zones agroécologiques du pays.
Selon lui, le Sénégal dispose de conditions permettant d’organiser la production sur différentes périodes de l’année. Il avance également que le pays se distingue par sa capacité à produire de la mangue au mois de juillet.
Cette diversité pourrait, à ses yeux, permettre aux investisseurs de répartir les plantations et les récoltes afin d’alimenter les unités de transformation sur une période plus longue.
L’alerte de Souleymane Bassoum ne remet donc pas nécessairement en cause le principe d’une industrialisation de la filière mangue en Casamance. Elle porte surtout sur le modèle de production, la répartition géographique des plantations et la capacité à absorber les volumes au moment des récoltes.





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