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Justice

Justice à huis clos : le face-à-face manqué entre Ismaïla Madior Fall et ses co-inculpés

Ce mercredi, au 3e étage du Palais de justice de Dakar, l’affaire impliquant Ismaïla Madior Fall, ancien ministre sénégalais de la Justice, a connu un nouveau tournant tendu. Inculpé pour tentative de corruption dans un projet de partenariat public-privé…

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Justice à huis clos : le face-à-face manqué entre Ismaïla Madior Fall et ses co-inculpés

Ce mercredi, au 3e étage du Palais de justice de Dakar, l’affaire impliquant Ismaïla Madior Fall, ancien ministre sénégalais de la Justice, a connu un nouveau tournant tendu. Inculpé pour tentative de corruption dans un projet de partenariat public-privé qui a échoué, l’ancien Garde des Sceaux a été entendu au fond par la Commission d’instruction de la Haute Cour de justice. Mais au lieu d’un affrontement judiciaire tranché, la séance s’est transformée en joute procédurale, nourrie par les protestations de la défense.

Derrière les murs feutrés du Palais, l’atmosphère était électrique. Selon L’Observateur, les avocats d’Ismaïla Madior Fall ont vivement dénoncé ce qu’ils qualifient de « manœuvre grossière » pour compromettre leur client. En cause : la présence… ou plutôt l’absence des deux autres figures clés de l’affaire – Cheikh Guèye, entrepreneur, et Mohamed Anas El Bachir Wane, ex-directeur des Constructions au ministère de la Justice.

Longtemps présentés comme co-inculpés, ces deux hommes sont aujourd’hui requalifiés en « témoins à charge ». Un changement de statut qui ne passe pas pour la défense de Madior Fall, qui y voit une rupture flagrante du principe d’égalité devant la justice. « Comment peut-on transformer deux mis en cause en témoins à charge ? » s’est insurgé l’un de ses avocats.

L’affaire se complique davantage avec l’élément institutionnel : Madior Fall bénéficie du privilège de juridiction, un traitement spécial accordé aux anciens ministres, qui impose qu’il soit jugé exclusivement par la Haute Cour de justice. Un privilège qui, selon ses défenseurs, a isolé leur client d’un procès commun avec les autres protagonistes. « Si Ismaïla Madior Fall n’avait pas bénéficié du privilège de juridiction, ils auraient comparu devant la même juridiction », rappellent-ils.

Ce privilège, censé garantir un traitement rigoureux et impartial, semble ici alimenter un climat de soupçon et d’injustice. Pour la défense, c’est un outil devenu piège, utilisé pour restructurer l’accusation au détriment de leur client.

Au lieu de clarifier les responsabilités dans ce dossier explosif mêlant justice, infrastructure publique et soupçons de corruption, l’audience a laissé place à une querelle de procédures. Aucun élément nouveau sur le fond n’a filtré. Mais une chose est claire : l’instruction prend une tournure éminemment politique.

Ismaïla Madior Fall, jadis incarnation d’une justice réformatrice, se retrouve aujourd’hui dans le rôle de l’accusé, au cœur d’une affaire dont les ressorts juridiques et symboliques dépassent sa seule personne. Le procès à venir s’annonce d’autant plus crucial qu’il pourrait, au-delà de son sort personnel, poser un jalon important dans la manière dont la justice sénégalaise traite les dossiers impliquant d’anciens dignitaires de l’État.

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