Dakar accueille, depuis ce mardi, la deuxième édition du Forum africain de l’Économie sociale et solidaire (FORAESS), une rencontre continentale qui réunit des ministres, des décideurs publics, des partenaires techniques et financiers ainsi que des acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS). Placée sous le thème de l’intégration économique, de l’inclusion et de la coopération africaine, cette édition marque une nouvelle étape dans la volonté des États africains de faire de l’ESS un levier stratégique de développement durable et un pilier de la mise en œuvre de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
Présidant la cérémonie d’ouverture, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a insisté sur la nécessité de transformer les ambitions affichées en actions concrètes. Selon lui, le forum doit déboucher sur des décisions fortes, notamment l’accélération de la mise en œuvre de la stratégie décennale de l’Union africaine consacrée à l’économie sociale et solidaire, le renforcement de la coopération régionale et sous-régionale ainsi que la création d’un Observatoire africain de l’économie sociale et solidaire.
Pour le chef du gouvernement, cet observatoire permettra de mieux mesurer l’impact économique et social du secteur sur le continent. Il a souligné que les statistiques actuelles sous-estiment largement la réalité des échanges économiques africains en raison de l’importance de l’économie informelle.
« Les chiffres officiels situent le commerce intra-africain entre 16 % et 20 %, mais cette réalité est largement incomplète. Une grande partie des échanges se déroule en dehors des circuits statistiques classiques. L’économie sociale et solidaire, grâce à des outils de collecte et d’analyse adaptés, devra démontrer que les échanges entre pays africains sont bien plus importants que ce qui est actuellement enregistré », a expliqué Ahmadou Al Aminou Lô.
Le Premier ministre a également plaidé pour une accélération des investissements dans les infrastructures régionales afin de faciliter la mobilité des personnes et des marchandises. Évoquant les insuffisances des réseaux de transport, il a regretté l’absence de liaisons ferroviaires capables de connecter efficacement les grandes capitales africaines.
Selon lui, le développement d’infrastructures modernes constitue une condition indispensable pour permettre aux jeunes entrepreneurs africains d’élargir leurs activités au-delà des frontières nationales et de tirer pleinement profit de l’intégration économique continentale.
Présent à cette cérémonie, l’ambassadeur et chef de la délégation de l’Union européenne au Sénégal, Jean-Marc Pisani, a salué les avancées réalisées par le Sénégal dans le développement de l’économie sociale et solidaire. Il a estimé que le pays fait aujourd’hui figure de référence sur le continent grâce à son cadre institutionnel, à sa vision politique et au dynamisme de ses acteurs.
Pour le diplomate européen, l’économie sociale et solidaire ne constitue plus uniquement une réponse aux défis sociaux, mais représente désormais un véritable modèle économique capable de stimuler le développement territorial, de favoriser l’inclusion et de répondre aux défis liés à l’emploi des jeunes et à l’autonomisation des femmes.
Jean-Marc Pisani a également souligné que le FORAESS dépasse le simple cadre d’une conférence institutionnelle. À ses yeux, il s’agit d’un espace stratégique destiné à construire une vision commune du développement africain fondée sur une économie plus inclusive, plus durable et davantage intégrée.
Réaffirmant le soutien de l’Union européenne au développement économique du continent, il a rappelé que plusieurs programmes sont déjà mis en œuvre pour accompagner les jeunes entreprises africaines. Il a notamment cité l’initiative Investing in Young Businesses in Africa (IYBA), dont le volet consacré à l’entrepreneuriat féminin a déjà permis d’accompagner près de 2 500 femmes entrepreneures africaines. L’ensemble du programme représente environ 4,7 milliards d’euros d’engagements destinés au financement des jeunes entreprises du continent.
L’ambassadeur a insisté sur la nécessité de renforcer les investissements, de poursuivre les réformes économiques et de lever les obstacles qui freinent encore le développement du commerce intra-africain, notamment dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Selon lui, l’économie sociale et solidaire constitue aujourd’hui un secteur porteur, présent dans des domaines aussi variés que l’agriculture, la transformation agroalimentaire, l’artisanat, les services, le numérique ou encore la protection de l’environnement. Autant de filières qui participent à la création d’emplois, à la structuration des économies locales et au renforcement de la cohésion sociale.
Jean-Marc Pisani a également mis en avant le rôle déterminant des femmes entrepreneures, des organisations de la société civile et des initiatives communautaires observées dans plusieurs régions du Sénégal, estimant que ces acteurs constituent l’un des principaux moteurs du développement de l’économie sociale et solidaire.
L’Union européenne entend ainsi poursuivre son accompagnement du Sénégal à travers le financement de projets, le renforcement des compétences techniques et entrepreneuriales, la formalisation des initiatives économiques ainsi que la promotion de l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes. À cet égard, le diplomate a évoqué le lancement récent du programme Joog Jeef, destiné à réduire les inégalités de genre et à favoriser l’autonomisation économique des femmes.
En clôturant son intervention, Jean-Marc Pisani a rappelé que l’Union européenne et ses États membres demeurent les premiers investisseurs et partenaires commerciaux du Sénégal. Il a réaffirmé la volonté de renforcer ce partenariat afin de construire, avec les pays africains, une croissance plus inclusive, créatrice d’emplois et porteuse de prospérité partagée.






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