Le Tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye a examiné, lundi 14 septembre 2026, une affaire particulièrement suivie sur les réseaux sociaux, mettant en cause Rokhaya Fall, alias « Rox la Chancelière », Khadidiatou Kébé dite « Jessica », Nafissatou Fall alias « Narou Karma » et Ramatoulaye Diaw dite « Ramz Yago ». Après près de six heures de débats, le parquet a requis des peines allant de trois mois à un an de prison ferme contre les quatre prévenues. Le tribunal rendra sa décision vendredi 18 septembre.
L’audience est née de la jonction de trois procédures distinctes. Les prévenues étaient poursuivies pour plusieurs infractions, notamment association de malfaiteurs, injures publiques, distribution d’images contraires aux bonnes mœurs, injures envers un agent de l’autorité, menaces de mort, atteinte à la représentation et insultes à caractère racial.
À la barre, Rokhaya Fall a reconnu certains faits, notamment les menaces et les injures publiques, tout en contestant fermement l’accusation d’association de malfaiteurs. Installée en Europe depuis 2011, elle a expliqué au tribunal qu’elle anime régulièrement des lives sur les réseaux sociaux. Elle est longuement revenue sur les conflits qui l’opposent à ses coprévenues ainsi qu’à Moustapha Dieng, surnommé « le juge du désert ».
Très émue au cours de son interrogatoire, Rox la Chancelière a éclaté en sanglots en évoquant les attaques dont elle dit avoir été victime sur les réseaux sociaux à la suite du décès simultané de ses deux parents. Elle a expliqué que son père et sa mère étaient décédés le même jour, à quelques heures d’intervalle, et a dénoncé les propos qu’elle juge particulièrement violents tenus à son encontre lors de plusieurs directs.
Interrogée également sur une vidéo concernant Ramatoulaye Diaw, elle a déclaré que Kaliphone Sall lui avait proposé les images. Elle a toutefois nié les avoir publiées sur la place publique. Selon ses explications, elle s’était limitée à envoyer à Ramz Yago une photographie en vue unique, dans le « mode flam », après que cette dernière se serait rendue au cimetière de Yoff pour l’insulter sur la tombe de sa mère.
Ramatoulaye Diaw, alias Ramz Yago, a pour sa part reconnu avoir proféré des insultes contre Rox la Chancelière. Elle a expliqué avoir agi sous le coup de la colère, notamment après la diffusion de ses propres images intimes. Les débats ont ainsi mis en lumière une succession de conflits personnels ayant progressivement migré vers les réseaux sociaux.
Rox a expliqué qu’elle avait initialement tenté de soutenir financièrement Ramz Yago en lui permettant notamment de vendre des greffages au cours de ses lives. Les relations entre les deux femmes se seraient ensuite détériorées après l’enregistrement d’une conversation privée, qui aurait été transmise à une tierce personne.
Nafissatou Fall, connue sous le pseudonyme de Narou Karma, était poursuivie notamment pour injures publiques. Elle a reconnu avoir insulté Rox et admis avoir simulé, dans un groupe WhatsApp, le fait de placer les enfants de cette dernière dans un pilon. Elle a expliqué qu’elle participait à des lives avec l’internaute Awouskiti.
Narou Karma est également revenue sur une nuit passée chez Alex Thiam à Paris, à l’occasion d’un concert de Wally Seck à Bercy qui avait finalement été annulé. Elle a par ailleurs déclaré avoir découvert la publication d’une photographie la montrant en couple sur la page « Domou Jolof ». Selon elle, cette photo n’avait été transmise qu’à Rox la Chancelière.
Khadidiatou Kébé, dite Jessica, a été la plus affirmative dans ses déclarations. Elle a reconnu l’ensemble des faits qui lui sont reprochés, notamment l’association de malfaiteurs avec Ramz et Awouskiti, les injures publiques contre Rox, des insultes visant des Sénégalais ainsi que la diffusion d’une vidéo intime de Saly Manga, dite Anita.
Jessica a expliqué avoir transmis cette vidéo à Serigne Bada dans le but de se défendre, alors qu’elle était accusée sur les réseaux sociaux d’avoir entretenu une relation sexuelle avec Alex Thiam. Face aux questions du président du tribunal, elle a soutenu ne pas avoir cherché à nuire à Anita. Elle a également affirmé que la vidéo lui avait été envoyée directement par Alex Thiam.
Représentant Anita, Diodio Sow a insisté sur les conséquences de la diffusion de la vidéo intime, devenue virale sur les réseaux sociaux. Elle a confirmé le maintien de la constitution de partie civile de sa cliente, tout en précisant qu’aucune demande de réparation financière n’était formulée.
L’audience a également été marquée par la diffusion de plusieurs enregistrements audio contenant des propos particulièrement virulents. Leur écoute a provoqué un malaise dans la salle d’audience. Parmi les éléments sonores diffusés figuraient notamment des propos attribués à Narou Karma visant Rox et ses enfants, avec des accusations liées au Sida.
D’autres enregistrements mettaient en cause Ramz Yago, qui aurait traité Rox de prostituée. Un autre audio faisait entendre Rox évoquant un certain « Von Djolof », qu’elle aurait recruté pour s’en prendre verbalement à certains internautes. Un enregistrement attribué à Jessica, portant notamment sur les relations supposées entre Anita et Alex Thiam, a également été diffusé.
La partie civile a, elle aussi, fait entendre sa voix. Me Youssoupha Camara, représentant Adji Mass Guèye, a déclaré que sa cliente avait été « traumatisée et dénigrée » de manière répétée entre 2023 et 2026. Il a expliqué que les attaques seraient intervenues à la suite d’une chirurgie esthétique et a réclamé 20 millions de francs CFA de dommages et intérêts contre Rox la Chancelière.
Du côté du ministère public, le procureur Sow a considéré que l’association de malfaiteurs était établie à l’encontre des quatre prévenues. Il a notamment rappelé que les désistements de plaintes ne conduisent pas automatiquement à la relaxe des personnes poursuivies.
Le parquet a toutefois demandé la relaxe de Rox concernant les faits liés à la divulgation d’images, tout en sollicitant sa condamnation pour les menaces de mort. Dans ses réquisitions, le procureur a demandé deux ans de prison, dont un an ferme, contre Rokhaya Fall. Deux ans, dont six mois ferme, ont été requis contre Khadidiatou Kébé. Pour Nafissatou Fall et Ramatoulaye Diaw, le ministère public a demandé deux ans de prison, dont trois mois ferme.
La défense a vigoureusement contesté les réquisitions du parquet. Me Takha Cissé a plaidé la clémence en mettant en avant la sanction sociale que sa cliente aurait déjà subie à travers l’exposition médiatique de l’affaire. Me Malick Mbengue a soulevé la prescription concernant Adji Mass Guèye et contesté la gravité des menaces ainsi que de l’outrage à agent.
Me Aboubacry Barro a, pour sa part, dénoncé ce qu’il considère comme des manipulations orchestrées par des tiers, citant notamment Kaliphone et Adamo. Me Alioune Sawaré a demandé la relaxe de sa cliente pour les faits d’association de malfaiteurs et d’outrage. Il a également sollicité la requalification des faits relatifs à la distribution d’images en collecte illicite et invoqué l’excuse de provocation concernant les injures.
Me Arona Bass a également plaidé la prescription de certaines infractions instantanées. Me Ciré Clédor Ly a, de son côté, soulevé la nullité du procès-verbal et demandé l’extinction de l’action publique, en se fondant notamment sur les articles 620, 625 et 630 du Code de procédure pénale et sur les désistements intervenus entre les parties.
Pour Ramatoulaye Diaw, Mes Khadim Kébé, Oumar Gaye et Ndiack Bâ ont sollicité la relaxe de leur cliente. Ils ont notamment insisté sur l’excuse de provocation, estimant que les insultes reprochées à Ramz Yago étaient intervenues dans un contexte marqué par la diffusion de ses images intimes.
Concernant Jessica et Narou Karma, Me Alphonse Faye a contesté l’existence d’une association de malfaiteurs et demandé la relaxe de Narou. Il a également soulevé l’irrecevabilité de la constitution de partie civile d’Anita. Me El Hadj Diouf, assurant la défense de Jessica, a pour sa part plaidé l’extinction de l’action publique à la suite des désistements.
Les débats ont parfois été particulièrement tendus, notamment entre Me El Hadj Diouf et le président du tribunal, M. Ndoye. Le magistrat a rappelé l’avocat à l’ordre au cours des échanges.
À la fin de l’audience, les demandes de mise en liberté provisoire formulées par les avocats ont été rejetées, le ministère public s’y étant opposé. Les quatre prévenues restent ainsi concernées par la procédure jusqu’au prononcé de la décision.





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