Depuis plusieurs semaines, le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, traverse une période de fortes turbulences politiques. Les critiques pleuvent de toutes parts, donnant l’image d’un président du Parlement assiégé, contesté aussi bien par l’opposition que par certains responsables de son propre camp. Cette fronde transversale, qui dépasse le clivage classique majorité-opposition, met en lumière un malaise profond autour de sa gestion et de son positionnement politique.
Selon L’Observateur, la pression exercée sur El Malick Ndiaye est telle qu’il a été quasiment contraint de sortir de son silence pour tenter d’enrayer ce qu’il perçoit comme une véritable « hémorragie ». C’est à l’occasion de la cérémonie officielle de présentation des vœux aux députés et au personnel de l’administration parlementaire qu’il a choisi de s’exprimer publiquement. Au cœur de son intervention figurait la polémique liée à l’acquisition de véhicules destinés aux députés de la 15ᵉ législature, un dossier qui cristallise depuis plusieurs semaines les critiques et les soupçons.
Face aux accusations d’irrégularités et d’opacité, le président de l’Assemblée nationale s’est voulu catégorique. Il a affirmé que la procédure avait été menée dans le strict respect des règles en vigueur, précisant que le dossier avait suivi toutes les voies légales et avait été soumis à la Direction centrale des marchés publics. Tous les actes, a-t-il insisté, ont été dûment datés et conformes à la réglementation. Cette mise au point visait clairement à répondre aux attaques du député Thierno Alassane Sall, leader de la République des Valeurs, qui avait dénoncé sur les réseaux sociaux le silence supposé d’El Malick Ndiaye et l’absence d’information préalable autour de cette acquisition.
Toujours selon L’Observateur, El Malick Ndiaye a rejeté toute accusation d’opacité et confirmé l’achat d’un premier lot de 76 véhicules. Il a assumé pleinement ce choix, estimant qu’il s’agissait de doter les députés de moyens de locomotion adéquats afin de leur permettre d’exercer efficacement leur mission. Dans le même temps, il a invité Thierno Alassane Sall à privilégier les canaux institutionnels pour s’informer sur des dossiers qu’il juge sensibles, avant toute prise de parole publique.
Cependant, au-delà de cette controverse autour des véhicules, la situation semble bien plus complexe. La pression ne vient pas uniquement de l’opposition, mais s’intensifie également au sein même de la majorité parlementaire. L’Observateur rapporte qu’El Malick Ndiaye fait face à de vives critiques émanant de son propre parti, Pastef. La sortie virulente du député Mouramani Kaba Diakité, membre du directoire du parti, en est l’illustration la plus frappante. Dans un message diffusé au sein d’un panel WhatsApp et largement relayé, ce dernier accuse le président de l’Assemblée nationale de népotisme, de gabegie et de gestion clanique. Il va même jusqu’à réclamer un audit de sa gestion ainsi qu’une révision du Règlement intérieur de l’Assemblée afin de réduire la durée du mandat du président, actuellement fixée à cinq ans.
Pour L’Observateur, cette attaque frontale révèle un malaise plus profond qui commence à prendre forme au sein de l’institution parlementaire. Le professeur Demba Guèye, enseignant à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, y voit une tension en partie alimentée par la posture même du président de l’Assemblée nationale. Selon lui, El Malick Ndiaye aurait pu différer certaines décisions controversées dans un contexte économique difficile. Il estime également que la manière dont ces décisions ont été assumées, notamment à travers un discours perçu comme arrogant, a contribué à exacerber les frustrations. « Dire “je l’assume” irrite et révolte une partie des Sénégalais », analyse-t-il.
Le professeur Guèye propose par ailleurs une lecture politique plus large de cette séquence agitée. À ses yeux, les attaques contre El Malick Ndiaye pourraient s’inscrire dans une ramification du conflit latent entre le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et le leader de Pastef, Ousmane Sonko. Il rappelle que Mouramani Kaba Diakité est réputé proche de ce dernier. Dans ce contexte, El Malick Ndiaye est accusé d’adopter une position ambiguë, donnant l’impression de jouer un double jeu. « On ne sait pas clairement où le situer entre Diomaye et Sonko », souligne l’enseignant-chercheur, laissant entendre que cette défiance pourrait viser à l’affaiblir politiquement.
Toujours selon L’Observateur, la présidence même de l’Assemblée nationale pourrait être menacée. Le professeur Guèye évoque l’hypothèse d’une stratégie visant à écourter le mandat d’El Malick Ndiaye, à l’image de la jurisprudence Macky Sall, dont le mandat parlementaire avait été abrégé par la fameuse loi dite « Sada Ndiaye ». Il s’interroge sur une possible manœuvre politique destinée à préparer le retour d’Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale, suggérant que le député Mouramani Kaba Diakité pourrait jouer le rôle d’éclaireur chargé de baliser le terrain.
Face à cette tempête politique, le camp d’El Malick Ndiaye affiche toutefois une certaine sérénité. Des membres de son Cabinet, cités par L’Observateur, minimisent ce qu’ils qualifient de « prétendues pressions » et dénoncent des attaques qu’ils jugent dénuées de tout fondement. Selon eux, ces critiques relèvent davantage de la calomnie et de la diffamation que de faits avérés. Ils assurent que le président de l’Assemblée nationale reste concentré sur ses missions et pleinement engagé dans des réformes profondes visant à instaurer une véritable culture de transparence et de rationalisation au sein de l’institution.
Pour ses proches, El Malick Ndiaye serait avant tout victime de son « excès de modernisation ». Ils estiment que les changements qu’il impulse bousculent des pratiques anciennes et dérangent des intérêts solidement ancrés. Convaincus que le temps finira par faire la part des choses, ils se disent confiants quant à l’issue de cette séquence politique agitée, persuadés que les réformes engagées finiront par s’imposer.
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