Le président du Conseil national du patronat (CNP), Baïdy Agne, a dressé, hier jeudi, un diagnostic lucide de la situation économique du Sénégal et du continent africain, lors de la cérémonie d’ouverture des Assises de l’entreprise, organisées autour du thème : « Croissance Plus, Économie Compétitive, Souveraineté & Emplois Durables ». L’événement, présidé par le ministre du Commerce, Serigne Gueye Diop, a réuni plusieurs membres du gouvernement, dont Déthié Fall, ministre des Infrastructures, Olivier Boucal, ministre de la Fonction publique, et Amadou Ndieck Sarré, ministre de la Formation professionnelle, ainsi qu’une large représentation du patronat sénégalais.
Dans son allocution d’ouverture, Baïdy Agne a d’abord mis en lumière les grands défis du continent africain, en particulier ceux liés à la mobilisation des ressources internes. Selon lui, ces ressources restent sous-exploitées, alors qu’elles pourraient constituer un levier essentiel pour impulser une croissance endogène et durable. Il a appelé à « rectifier le tir » afin de transformer ces défis en opportunités, estimant que l’Afrique, et le Sénégal en particulier, disposent des moyens nécessaires pour renforcer leur compétitivité économique.
Le président du CNP a ensuite exprimé les préoccupations majeures des entreprises sénégalaises, notamment face à la multiplication des contentieux bancaires et au désengorgement urgent du Tribunal de commerce de Dakar. Il a révélé que les créances bancaires en contentieux judiciaire s’élèvent à plus de 750 milliards de francs CFA, un montant qui freine, selon lui, la capacité du système financier à soutenir l’économie nationale. « Pour qu’il y ait plus de concours bancaires à l’économie dans les mois à venir, il est impératif de trouver des solutions à ces litiges », a-t-il plaidé.
Abordant le volet fiscal et douanier, Baïdy Agne a fait part des inquiétudes du secteur privé face à l’absence de concertation dans l’élaboration du Code général des Impôts et du Code général des Douanes. Il a rappelé qu’il existait par le passé une tradition de dialogue technique entre le patronat, la Direction générale des Impôts et Domaines (DGID) et la Direction générale des Douanes (DGD), aujourd’hui rompue. « Rien ne filtre du huis clos des deux Directions générales », a-t-il regretté, appelant à un retour au dialogue pour plus de transparence, d’équité et de civisme fiscal.
Le patronat, tout en réaffirmant son engagement pour le civisme fiscal, estime que la pression fiscale demeure trop concentrée sur les mêmes entreprises. M. Agne a ainsi plaidé pour une meilleure répartition de la charge fiscale et une concertation ouverte avec l’État autour de la future Loi sur la souveraineté économique. Selon lui, cette collaboration permettra de bâtir « un écosystème inclusif, dynamique et durable » où l’entreprise sénégalaise pourra jouer pleinement son rôle de moteur de la croissance.
Concernant la dette intérieure, Baïdy Agne a appelé à un apurement progressif des créances dues aux entreprises, insistant sur la nécessité de raccourcir les délais de paiement, surtout pour les secteurs en difficulté. Il a rappelé que la santé financière des entreprises dépend largement du respect de ces engagements, qui conditionnent leur capacité à investir et à créer des emplois durables.
Dans la perspective du thème des Assises, « Croissance Plus », le président du CNP a souligné que la croissance ne saurait être décrétée, mais qu’elle doit être générée par l’investissement, la productivité et la confiance entre acteurs économiques. Il a aussi mis en avant le potentiel du Sénégal dans le domaine des assurances, qui représente plus de 631 milliards de francs CFA d’investissements et de placements dans l’économie nationale, dont 25 % en obligations et valeurs d’État.
Enfin, Baïdy Agne a invité les autorités à accélérer la mise en place d’un cadre réglementaire facilitant la création de marchés secondaires, afin de rendre les actifs plus liquides et de stimuler la croissance. Il a également plaidé pour que Dakar devienne un véritable hub financier de l’UEMOA, grâce à la qualité de son écosystème bancaire, numérique, énergétique, minier et agro-industriel.
En conclusion, le président du patronat a insisté sur la nécessité d’un nouveau pacte de confiance entre l’État et le secteur privé, basé sur la concertation, la transparence et la co-construction des politiques économiques. « La santé de l’entreprise est de plus en plus fragile dans certains secteurs, mais nous restons des entrepreneurs optimistes », a-t-il affirmé, rappelant que la croissance durable du Sénégal passera inévitablement par la vitalité de son tissu entrepreneurial.
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