Bentaleb Sow a officiellement quitté ses fonctions de conseiller spécial du président de la République. Sa démission, révélée à travers une lettre adressée au chef de l’État et relayée par le journal Libération, met en lumière de profondes divergences politiques avec les nouvelles orientations prises par le président Bassirou Diomaye Faye.
Dans sa correspondance, l’ancien conseiller spécial explique que sa décision n’est pas le fruit d’un désaccord ponctuel, mais résulte d’un malaise grandissant face à l’évolution de la gouvernance et des choix politiques opérés au sommet de l’État. Il affirme avoir longtemps privilégié la loyauté et le sens de la responsabilité, avant de conclure qu’il ne pouvait plus poursuivre sa mission en restant fidèle à ses convictions.
Bentaleb Sow reproche notamment au chef de l’État un rapprochement avec des personnalités qu’il considère comme représentatives de « l’ancien système », estimant que cette nouvelle orientation s’éloigne des engagements qui avaient suscité l’adhésion d’une grande partie des Sénégalais lors de l’alternance politique.
L’ancien conseiller déplore également que les considérations politiques aient progressivement pris le pas sur les priorités économiques et institutionnelles. Selon lui, le Sénégal traverse une période particulièrement délicate, marquée par les conséquences de la crise de la dette publique, ce qui aurait nécessité une concentration totale des efforts sur les réformes et le redressement économique plutôt que sur des calculs politiques.
Dans sa lettre, il indique que plusieurs « lignes rouges » ont été franchies au fil des derniers mois. Il considère que certaines décisions prises récemment sont en contradiction avec les valeurs et les principes qu’il défend depuis son engagement auprès du président.
Le point de rupture, explique-t-il, est intervenu avec l’annonce d’une audience entre le président Bassirou Diomaye Faye et son prédécesseur, Macky Sall. Sans remettre en cause le droit du chef de l’État de définir sa stratégie politique ni de choisir ses interlocuteurs, Bentaleb Sow estime qu’il lui serait impossible de cautionner une telle démarche tout en demeurant membre de l’entourage présidentiel.
Il affirme qu’il aurait été incohérent de conserver son poste tout en exprimant publiquement son désaccord. Refusant, selon ses propres termes, d’être « ce conseiller qui critique son président sur les réseaux sociaux tout en conservant son titre et ses avantages », il dit avoir préféré faire le choix de la cohérence.
L’ancien conseiller souligne enfin que cette décision a été guidée par sa conscience plutôt que par des considérations personnelles. Il assure avoir choisi de quitter ses fonctions pour préserver son honneur et rester fidèle à ses convictions, estimant qu’il valait mieux partir que « se renier ».