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Justice

Centrale de Sendou : Nordic Power Ab dénonce une dette fictive de plus de 30 milliards FCFA dans le redressement judiciaire de la CES

Le feuilleton judiciaire autour de la centrale électrique de Sendou continue de secouer le secteur de l’énergie au Sénégal. Ce lundi 4 août 2025, le Tribunal de commerce de Dakar a examiné une requête de la société suédoise Nordic Power Ab, actionnaire majoritaire de la Compagnie d’électricité du Sénégal (CES), qui accuse son partenaire SNPL/Barak d’avoir introduit dans le concordat judiciaire une créance fictive de 30,09 milliards FCFA. Cette procédure soulève de lourdes interrogations sur la gouvernance de la CES, la gestion de sa restructuration et la véracité des montants reconnus dans le cadre du redressement judiciaire.

La centrale de Sendou, située à Bargny, est un projet majeur lancé à la suite d’un appel d’offres international conduit par la Senelec dans le cadre du plan de renforcement de la production électrique du pays. Le projet, structuré sous le modèle BOO (Build, Own, Operate), a été confié en 2007 à la société suédoise Nykomb Synergetics Development Ab, via sa filiale sénégalaise CES. L’objectif initial était de construire une centrale thermique au charbon d’une capacité de 250 MW, en deux phases. La première phase, de 125 MW, a été réalisée avec un financement de 206,4 millions d’euros, dont 61,9 millions en fonds propres et 144,5 millions sous forme de dettes contractées auprès de la BOAD, de la FMO (banque de développement néerlandaise) et d’autres partenaires financiers.

Mais depuis que la Cour d’appel de Dakar a admis la CES en redressement judiciaire le 19 avril 2021, la situation s’est envenimée. Selon Nordic Power Ab, le processus judiciaire a été instrumentalisé au détriment de l’intérêt social de l’entreprise. La société suédoise conteste vigoureusement l’introduction dans le concordat d’une créance de plus de 30 milliards FCFA, déclarée par SNPL/Barak comme étant une dette de la CES. Or, selon elle, cette dette n’a jamais été contractée au bénéfice de la société, et les montants concernés ne correspondent à aucun flux financier effectivement reçu par la CES.

Nordic Power Ab explique que l’essentiel des fonds avancés par SNPL/Barak avaient été prêtés à des entités tierces, notamment Quantum Power International Holdings et Nordic Power elle-même, et non à la CES. Elle soutient que seulement 16,83 milliards FCFA avaient effectivement été virés à la CES, dont 2 milliards qui n’auraient pas été retrouvés dans les comptes de l’entreprise. De plus, un prêt de 7 millions d’euros consenti par Nordic Power à la CES, et annulé par la suite avec l’accord des créanciers, aurait été artificiellement réintégré dans la dette globale, faussant ainsi les chiffres présentés dans le cadre du redressement.

La société suédoise met également en cause la régularité de la nomination de Malick Seck comme administrateur général de la CES, désigné à la suite d’une assemblée générale qu’elle considère comme irrégulière. Cette nomination aurait, selon elle, ouvert la voie à une mainmise de SNPL/Barak sur les décisions de la société, au mépris de la légitimité des actionnaires majoritaires. Nordic Power Ab, qui détient plus de 94 % du capital de la CES, considère ces manœuvres comme une tentative de prise de contrôle illégale de l’entreprise.

Face à ce qu’elle qualifie de dérive, Nordic Power Ab a saisi la justice pour obtenir une expertise indépendante sur les flux financiers du projet et déterminer les responsabilités dans la gestion du redressement judiciaire. Elle souhaite que la lumière soit faite sur les origines réelles de la créance admise dans le concordat, et exige que toute dette fictive soit écartée du processus.

Au-delà du contentieux entre actionnaires, l’affaire soulève des enjeux stratégiques majeurs. La centrale de Sendou représente une part importante de la capacité énergétique du pays et sa stabilité financière est cruciale pour la continuité du service public de l’électricité. Si les allégations de Nordic Power sont confirmées, elles pourraient remettre en cause la validité du concordat et entraîner un réexamen complet du redressement judiciaire de la CES.

Le tribunal de commerce de Dakar, saisi de cette affaire sensible, devra trancher entre les différentes versions présentées, sur fond de documents financiers complexes et de luttes d’influence. Une décision est attendue dans les prochaines semaines. Elle pourrait marquer un tournant décisif dans la gouvernance de la centrale de Sendou et dans la transparence des procédures de redressement judiciaire au Sénégal.


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