DÉTENTION DE KHADIM : Le combat médiatique s’intensifie, entre accusations de « deux poids, deux mesures » et appel à la transparence

Alors que l’homme d’affaires Khadim Bâ, patron de Locafrique, est incarcéré depuis le 4 octobre 2024, des voix de plus en plus nombreuses dénoncent une détention qu’elles jugent abusive et discriminatoire. Au cœur des critiques : un traitement de faveur accordé à des opérateurs étrangers, contrastant avec la rigueur appliquée à l’entrepreneur sénégalais.

Un combat médiatique pour la libération de Khadim Bâ

Adama Adus Fall a donné le ton en affirmant haut et fort : « Ce qui est refusé à Khadim a été accepté pour des hommes d’affaires étrangers ». Il cite en exemple un homme d’affaires tchèque, poursuivi par la douane pour un dossier de 200 milliards et qui, après un redressement ramené à 32 millions, a recouvré la liberté. Il évoque également une banque de grande envergure, dont le redressement douanier de 840 milliards s’est soldé par un accord à 567 millions, sans qu’elle ne soit inquiétée par la justice.

« Les deux concernés, des étrangers, n’ont nullement été inquiétés par la justice alors que Khadim Bâ, qui s’active dans le secteur du pétrole au service de son pays, croupit en prison. Dans ce pays, il y a eu deux poids, deux mesures », a-t-il martelé, avant d’ajouter : « Je suis certain que je retournerai en prison parce que je continuerai à me battre jusqu’à ce que Khadim Bâ soit élargi ». Pour lui, cet homme d’affaires est « un atout immense pour ce pays qui patine à payer des dettes et peine à payer les salaires ».

Une justice à géométrie variable et des violations des droits fondamentaux

Moustapha Mané a renchéri en dénonçant une « justice à géométrie variable ». Il a rappelé les dispositions de l’article 7 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et de l’article 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui interdisent une détention prolongée au-delà de six mois sans jugement. « La détention de Khadim Bâ est devenue arbitraire », a-t-il déclaré.

Revenant sur les accusations, il a souligné que si l’on reproche à Khadim Bâ de ne pas avoir fait venir des bateaux de pétrole au Sénégal après avoir perçu des fonds, ou de ne pas avoir payé les droits d’importation (notamment un non-rapatriement de 44 milliards sur un chiffre d’affaires de 800 milliards), la SAR (Société africaine de raffinage) a pourtant confirmé que les bateaux sont bien arrivés et que les droits de douane ont été réglés. « À côté de cela, il est prévu que les hommes d’affaires bénéficient d’un privilège qui leur permet de négocier leur liberté. Des étrangers en ont profité », a-t-il rappelé.

La douane et le ministère des Finances directement interpellés

Babacar Bâ, président du Forum du Justiciable, a pour sa part pointé du doigt l’administration douanière. « Finalement, c’est la douane qui doit être interpellée. C’est elle qui refuse que le dossier bouge », a-t-il affirmé, estimant que Cheikh Diba, le ministre des Finances et patron de la douane, est directement mis en cause. Il a précisé que le Pool judiciaire financier (PJF) ne peut rien faire dans ce cas d’espèce, laissant entendre que le blocage viendrait d’une volonté politique ou administrative.

Un dossier aux multiples zones d’ombre

Cette affaire, qui oppose l’homme d’affaires à l’administration des Douanes pour un montant estimé à 215 milliards de FCFA, est marquée par des incohérences. La défense de Khadim Bâ s’appuie sur un rapport d’expertise technique ordonné par le juge d’instruction, qui aurait conclu que les droits de douane avaient été acquittés et que l’entrepreneur ne pouvait être considéré comme l’importateur. Ce rapport aurait même démonté le dossier de l’État, ne relevant aucune infraction douanière ni malversation financière.

Par ailleurs, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire examinerait actuellement le cas de Khadim Bâ, tandis que le patronat sénégalais, à travers le GSPD et le CNDES, a dénoncé une « injustice qui ne peut plus durer ».

Alors que la détention préventive de Khadim Bâ franchit le cap des vingt mois, les appels à sa libération se multiplient, mettant en lumière les tensions entre le monde des affaires et l’administration judiciaire et douanière sénégalaises.


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