Un drame d’une rare douleur secoue la région de Diourbel. Astou Ndiaye, une jeune femme enceinte, a perdu son bébé après avoir été, selon plusieurs témoignages, refoulée à l’entrée de l’hôpital régional de Diourbel, faute de place disponible au service de maternité. Les faits se sont déroulés en fin de semaine, devant l’établissement hospitalier, provoquant une vive émotion et une vague d’indignation sur les réseaux sociaux.
Face à l’ampleur de la polémique, le procureur de la République a ordonné l’ouverture d’une enquête judiciaire afin de faire toute la lumière sur les circonstances exactes de cette tragédie.
Invité de l’émission Soir d’Info sur la TFM, Cheikh Seck, secrétaire général de la Fédération des travailleurs de la santé (FDTS), a réagi à cette affaire en appelant à la prudence et à une analyse approfondie avant tout jugement hâtif. Pour lui, cette situation met en lumière les failles du système de prise en charge des urgences obstétricales, mais elle nécessite avant tout une approche méthodique.
« J’analyse en tant qu’agent de santé. Quand on parle d’hôpital ou de la maternité qui s’y trouve, c’est la structure au sommet de la pyramide sanitaire », a-t-il déclaré. Selon lui, l’hôpital régional de Diourbel, en tant qu’établissement public de santé de niveau 3, dispose d’un plateau technique important et ne peut normalement référer des cas que vers Dakar. « Il faut donc une analyse beaucoup plus profonde par rapport à la situation », a-t-il ajouté, soulignant la nécessité d’un audit complet.
Cheikh Seck insiste sur le fait que chaque décès maternel doit faire l’objet d’une enquête détaillée pour situer les responsabilités à tous les niveaux de la chaîne sanitaire. « Cette femme a porté sa grossesse pendant neuf mois. Faisait-elle ses consultations prénatales ? Y a-t-il eu, au cours de ces visites, des anomalies qui justifient qu’elle ne devait pas accoucher dans un poste de santé ? À quel moment est-elle arrivée à l’hôpital ? Tous ces éléments doivent être examinés avant de tirer des conclusions », a-t-il expliqué.
Le syndicaliste pointe également du doigt un autre problème récurrent dans le système de santé : les retards fréquents des patientes à consulter les structures médicales. « Les malades ne viennent souvent pas à temps. Ils attendent le dernier moment et les risques sont énormes. On peut avoir une rupture prématurée de la membrane, une hémorragie. Souvent, les lenteurs avant d’arriver à l’hôpital aggravent la situation », a-t-il regretté.
Toutefois, Cheikh Seck rappelle qu’en matière de santé publique, un principe demeure inaliénable : toute urgence doit être prise en charge, quelles que soient les contraintes de place ou de personnel. « Si des difficultés avaient été détectées, la parturiente ne devait pas être éconduite. Quelle que soit la situation, les urgences doivent être levées. C’est ce qu’on nous apprend en santé publique », a-t-il martelé.
En attendant les conclusions de l’enquête et de l’audit médical annoncé, le syndicaliste invite à la retenue et à la responsabilité. « Il est plus judicieux d’attendre les conclusions de l’audit pour comprendre exactement ce qui s’est passé. C’est à partir de là que nous pourrons parler en toute responsabilité », a-t-il conclu.