DU RÊVE AU CAUCHEMAR : Enquête sur la mort d’un saisonnier sénégalais en Espagne

Le rêve d’une migration régulière vers l’Europe a tourné au cauchemar pour un saisonnier sénégalais, bénéficiaire du programme de migration circulaire entre le Sénégal et l’Espagne. Le ressortissant sénégalais est décédé vendredi 7 août à Olmedo, où il séjournait dans le cadre de ce programme qui avait permis à 200 Sénégalais de rejoindre l’Espagne pour y travailler.

Si les circonstances exactes de son décès restent à établir sur la base d’éléments médicaux et administratifs, sa disparition intervient dans un contexte de fortes interrogations exprimées par certains travailleurs sénégalais sur leurs conditions de vie et de travail. Notre source dénonce les longues journées de travail.

« Nous partons au lieu de travail à 6 heures du matin et nous arrivons à 6 h 30. Une fois sur le site, nous travaillons jusqu’à 11 heures pour prendre la pause. C’est nous-mêmes qui payons le repas. Après la pause, on enchaîne le travail jusqu’à 19 heures et on rentre », se désole la source.

Selon elle, les difficultés ne se limitent pas aux horaires, mais concernent aussi les conditions de vie. « Notre nourriture est terminée depuis des jours, mais nous n’avons même pas le temps d’aller acheter de la nourriture. Et l’entreprise qui nous emploie n’accepte pas de nous transporter pour aller acheter la nourriture. »

Par ailleurs, notre source déplore la pression et les menaces exercées sur les travailleurs. « Nous n’avons personne qui nous soutient dans ces dures conditions difficiles. À chaque fois qu’on parle, les gens nous demandent de se taire, de ne pas divulguer les secrets », regrette la source, selon qui le décès de leur compatriote rend désormais indispensable la prise de parole.

Ces accusations restent toutefois à confronter aux déclarations de l’entreprise concernée et aux éventuelles constatations des autorités espagnoles.

Un malaise dans les champs

Une autre source fait état de difficultés liées notamment à l’utilisation de produits phytosanitaires. « Ce n’est pas que la question de la nourriture. Il y a également l’utilisation des produits phytosanitaires, le fait qu’on interdit aux travailleurs de porter des masques. »

La même source évoque également des problèmes de santé graves parmi les travailleurs, allant jusqu’à faire état de cas d’hémorragie interne et de vomissements de sang.

La question de la rémunération constitue également un motif d’inquiétude, souligne aussi notre source. « Jusqu’à présent, on ne sait même pas combien on nous paie. Alors que nous n’avons que de maigres salaires. C’est difficile et injuste », se désole-t-elle.

Des propos qui soulèvent la question de la transparence des contrats conclus avec les travailleurs avant leur départ du Sénégal et des conditions effectivement appliquées sur place.

La version officielle : « Il était malade »

Contacté par la rédaction de Le Dakarois Quotidien, le Directeur des Sénégalais de l’Extérieur, El Hadj Abdou Karim Cissé, reconnaît le décès, mais réfute catégoriquement tout lien entre celui-ci et les conditions de travail.

« Il y a eu un décès. Il était malade, il avait une infection », a-t-il confié.

Selon le responsable, les Sénégalais envoyés en Espagne le sont dans le but de travailler et certains peuvent également être intéressés par les heures supplémentaires. « Les jeunes partent là-bas pour travailler. Certains peuvent aussi être intéressés par les heures supplémentaires », a-t-il précisé.

El Hadj Abdou Karim Cissé assure par ailleurs que les autorités sénégalaises restent attentives à la situation des travailleurs. « Nous ne laisserons jamais nos enfants souffrir sans que nous ne leur venions en aide. Le Consul réagit toutes les fois qu’il y a des problèmes », a rassuré l’autorité.

Interrogé sur les difficultés d’accès à la nourriture évoquées par nos sources, le Directeur des Sénégalais de l’Extérieur reconnaît l’existence de contraintes logistiques, tout en précisant qu’« il n’y a pas de commerces sur place, mais un véhicule est prévu pour faire les provisions ». Il précise toutefois que ce véhicule aurait connu une panne à un moment donné, ce qui aurait pu compliquer l’approvisionnement des travailleurs.


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