Depuis la rupture politique avec Pastef, le président Bassirou Diomaye Faye est confronté à une nouvelle configuration institutionnelle qui complique davantage l’action de l’exécutif. À l’Assemblée nationale, le rapport de forces est désormais défavorable au pouvoir, avec une majorité parlementaire hostile au chef de l’État. Une situation qui place le gouvernement dirigé par Mouhamadou Al Aminou Lô devant un défi de taille, alors même que le Premier ministre n’a pas encore effectué sa Déclaration de politique générale.
Cette cohabitation de fait entre un exécutif sans majorité parlementaire et une Assemblée dominée par l’opposition au pouvoir présidentiel nourrit les interrogations sur l’issue de la crise institutionnelle. Entre la volonté du chef de l’État de reprendre l’initiative sur le terrain constitutionnel et la possibilité de retourner devant les électeurs, deux scénarios se dessinent : le référendum et la dissolution de l’Assemblée nationale.
La tension politique s’est notamment accentuée le 17 août 2026 avec l’adoption par l’Assemblée nationale de la proposition de loi n°33/2026 portant modification de l’article 37 de la Constitution. Le texte vise notamment à élargir l’obligation de déclaration et de publication du patrimoine aux membres de l’exécutif.
Mais cette initiative parlementaire s’est heurtée à la réaction du gouvernement. Considérant que la proposition de loi intervient dans un domaine relevant du pouvoir réglementaire, l’exécutif a décidé de saisir le Conseil constitutionnel afin de contester sa recevabilité. Une démarche qui traduit, au-delà du contentieux juridique, une bataille de prérogatives entre le pouvoir exécutif et une Assemblée nationale déterminée à exercer pleinement ses prérogatives.
Derrière cette confrontation institutionnelle se profile également une stratégie politique plus large. Selon L’Observateur, le président Bassirou Diomaye Faye privilégierait l’hypothèse d’une révision constitutionnelle soumise au référendum, tout en conservant la possibilité d’une dissolution de la 15e législature au mois de décembre prochain.
Le référendum constitue ainsi la première option envisagée. Pour l’analyste politique Djibril Diop, interrogé par le quotidien du Groupe Futurs Médias, cette voie présente notamment l’avantage de ne pas imposer une échéance électorale précise. Elle permettrait au pouvoir de disposer de davantage de temps pour renforcer son implantation politique et préparer le terrain avant de solliciter directement l’arbitrage des Sénégalais.
Mais cette stratégie comporte également un risque politique majeur. L’ancien député Alioune Souaré estime qu’un échec du référendum pourrait être interprété comme un véritable désaveu populaire. Selon lui, un tel revers placerait le chef de l’État dans une situation politiquement très délicate et pourrait même ouvrir la voie à la question de sa responsabilité politique, jusqu’à une éventuelle démission.
Cette lecture est toutefois relativisée par Djibril Diop, qui rappelle le caractère inédit de la situation actuelle. La rupture entre le président de la République et le parti politique qui l’a porté au pouvoir constitue, selon cette analyse, une configuration sans précédent dans l’histoire politique récente du Sénégal. Le résultat d’un éventuel référendum ne pourrait donc pas être interprété uniquement comme un vote de confiance ou de défiance à l’égard du chef de l’État.
L’autre scénario est celui de la dissolution de l’Assemblée nationale. Une option présentée par Alioune Souaré comme étant « la moins risquée », puisqu’elle permettrait au président de mettre fin au blocage institutionnel en sollicitant directement les électeurs à travers des législatives anticipées.
L’objectif serait alors de tenter de reconquérir une majorité parlementaire favorable à l’exécutif. Une nouvelle Assemblée pourrait ainsi offrir au gouvernement de Mouhamadou Al Aminou Lô les marges de manœuvre nécessaires pour dérouler son programme et permettre au Premier ministre de bénéficier d’un rapport de forces plus favorable lors de sa Déclaration de politique générale.
Djibril Diop considère également que cette hypothèse pourrait jouer en faveur du chef de l’État. L’analyste rappelle que les électeurs sénégalais ont, à plusieurs reprises, eu tendance à accorder une majorité parlementaire au président en exercice, notamment afin d’éviter une situation de blocage entre l’exécutif et le législatif.
Mais cette stratégie électorale n’est pas sans danger. Une dissolution ouvrirait une campagne politique dont l’issue resterait incertaine. Le président Bassirou Diomaye Faye prendrait le risque de voir la majorité actuelle confortée, voire renforcée, au terme du scrutin. Dans ce cas, le problème institutionnel ne serait pas résolu et pourrait même s’aggraver.
Le chef de l’État se retrouve donc face à une équation particulièrement délicate. D’un côté, le référendum lui permettrait de reprendre l’initiative sur le terrain constitutionnel sans précipiter une échéance électorale. De l’autre, la dissolution offrirait la possibilité de rechercher une nouvelle majorité parlementaire susceptible de mettre fin au bras de fer avec l’Assemblée nationale.
Pour l’heure, aucune de ces deux options ne semble définitivement arrêtée. Le pouvoir continue de manœuvrer sur les plans politique, institutionnel et juridique pour tenter de sortir de l’impasse. La décision du Conseil constitutionnel sur la proposition de loi modifiant l’article 37 pourrait d’ailleurs constituer un nouvel élément déterminant dans cette bataille de prérogatives.
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