Gaz butane : la guerre silencieuse entre la SAR et Touba Oil autour d’un projet stratégique à Mbao

Le secteur énergétique sénégalais traverse une nouvelle zone de turbulences avec un conflit opposant la Société africaine de raffinage (SAR) à l’entreprise privée Touba Oil autour d’un ambitieux projet d’infrastructures gazières à Mbao. Derrière ce différend judiciaire se cachent des enjeux financiers majeurs, mais aussi une bataille stratégique autour de l’approvisionnement national en gaz butane.

Au cœur du litige figure un projet de terminal maritime accompagné d’une « sea-line gazier », destiné à transformer les capacités logistiques du pays dans le domaine du gaz. Selon les informations rapportées par L’Observateur, cette infrastructure devrait permettre l’accueil de navires butaniers de grande capacité, pouvant transporter entre 10 000 et 20 000 tonnes de gaz, alors que les installations actuelles restent limitées à des cargaisons d’environ 4 000 tonnes.

Le projet est présenté par ses promoteurs comme une avancée majeure pour le Sénégal. Entièrement financé par des capitaux privés nationaux, il ambitionne de moderniser la chaîne d’approvisionnement en gaz butane afin de réduire les coûts liés au transport et au stockage. À terme, cette optimisation pourrait contribuer à stabiliser, voire réduire, le prix du gaz domestique supporté par les ménages sénégalais.

Mais cette initiative industrielle s’est rapidement heurtée à une vive opposition de la SAR. La société publique de raffinage a obtenu la suspension des travaux en soutenant que le projet empiéterait irrégulièrement sur son domaine foncier. La SAR estime ainsi défendre le patrimoine relevant de l’État et considère que certaines occupations constatées sur le site ne respecteraient pas les procédures administratives et foncières en vigueur.

De son côté, Touba Oil rejette catégoriquement ces accusations et contre-attaque sur le terrain judiciaire. L’entreprise a saisi la gendarmerie de la Zone franche pour dénoncer ce qu’elle qualifie d’entraves au bon déroulement du chantier. Parmi les griefs évoqués figurent notamment une obstruction de servitude de passage, ainsi que des accusations de voies de fait, de menaces et de chantage.

Cette bataille juridique nourrit un climat de tension dans les milieux économiques. Les investisseurs impliqués dans le projet expriment ouvertement leur inquiétude quant au signal envoyé au secteur privé national. Pour eux, le blocage de ce chantier risque de fragiliser la confiance des entrepreneurs désireux d’investir dans des infrastructures stratégiques au Sénégal.

Selon des propos relayés par le quotidien du Groupe Futurs Médias, certains acteurs du dossier dénoncent une situation paradoxale : alors que les autorités encouragent régulièrement les investissements privés nationaux, un projet financé par des capitaux sénégalais et présenté comme bénéfique pour les populations se retrouve aujourd’hui paralysé par une bataille administrative et judiciaire.

Au-delà du différend entre les deux sociétés, cette affaire soulève des questions plus larges sur la gouvernance foncière, la cohabitation entre entreprises publiques et investisseurs privés, ainsi que la souveraineté énergétique du Sénégal. Dans un contexte marqué par une forte demande en gaz domestique et par les ambitions énergétiques du pays, les infrastructures de stockage et d’importation deviennent des enjeux hautement stratégiques.

Après plusieurs tentatives de médiation restées sans succès, l’affaire est désormais entre les mains de la justice. Les deux parties sont attendues le 12 mai prochain devant le Tribunal de grande instance de Dakar pour l’examen de leurs plaintes croisées.


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