Invité de l’émission Quartier Général, Me Oumar Youm a livré une analyse sans concession de la gestion des ressources naturelles au Sénégal, en mettant particulièrement l’accent sur les secteurs pétrolier et minier. L’ancien ministre des Forces armées sous le régime de Macky Sall s’est montré très critique à l’égard de la communication actuelle des autorités, qu’il juge inadaptée et potentiellement dangereuse pour l’image du pays.
Dès l’entame de son intervention, il a tenu à rappeler que la question du pétrole au Sénégal ne date pas d’aujourd’hui. Selon lui, les premières grandes annonces autour de la découverte et de l’exploitation des hydrocarbures remontent à 2016, une période durant laquelle l’État sénégalais avait déjà engagé des réformes importantes pour encadrer le secteur. Il insiste sur le fait que des mécanismes de transparence et de sécurisation des investissements avaient été mis en place afin de rassurer les partenaires internationaux.
Abordant la question sensible des contrats pétroliers, Oumar Youm a voulu rétablir ce qu’il considère comme une vérité historique souvent déformée dans le débat public. Il a affirmé que les accords conclus avec Woodside Énergie remontent à 2004, sous la présidence de Abdoulaye Wade, et non à l’ère de Macky Sall. À ses yeux, cette précision est essentielle pour éviter toute confusion ou instrumentalisation politique autour de ces contrats stratégiques.
L’ancien ministre a également rejeté l’idée selon laquelle les contrats pétroliers pourraient être manipulés ou modifiés de manière arbitraire. Il a expliqué que ce type d’accord est strictement encadré par le code pétrolier, qui définit des règles claires ainsi que des dispositifs incitatifs destinés à attirer les investisseurs étrangers. Dans ce cadre, il estime que toute affirmation évoquant une possible “manipulation” traduit une méconnaissance du fonctionnement du secteur.
C’est surtout la communication des autorités actuelles qui suscite son inquiétude. Oumar Youm s’est alarmé du ton adopté par certains responsables politiques lorsqu’ils évoquent la possibilité de renégocier les contrats pétroliers. Il rappelle que toute déclaration officielle est scrutée de près par les bailleurs de fonds, les investisseurs et les partenaires internationaux. À ce titre, il souligne l’existence de clauses de stabilité prévues par la législation, notamment dans le code pétrolier, qui visent à protéger les investissements contre des changements brusques ou unilatéraux.
Selon lui, évoquer publiquement une renégociation forcée pourrait envoyer un signal négatif et fragiliser la confiance des investisseurs. Il n’a pas hésité à mettre en doute la maîtrise de ces sujets par certains membres du gouvernement, évoquant soit un manque de compréhension, soit des arrière-pensées politiques. Pour Oumar Youm, il est juridiquement impossible d’imposer une renégociation par la contrainte dans un cadre international, où les engagements contractuels sont protégés.
Dans la même dynamique, il a défendu le rôle du secteur privé dans le développement économique. Il a insisté sur le fait qu’un État ne doit pas entraver la capacité des entreprises à générer des profits, mais plutôt créer un environnement favorable à leur croissance. À ses yeux, une pression excessive sur les opérateurs économiques pourrait nuire à l’attractivité du Sénégal et ternir son image sur la scène internationale.
Le point culminant de son intervention reste toutefois son adresse directe au Premier ministre Ousmane Sonko. Oumar Youm l’a publiquement défié à un débat sur la question pétrolière, l’invitant à expliquer concrètement ce que le Sénégal a pu obtenir dans les négociations grâce au cadre légal en vigueur. Il s’est dit prêt à confronter ses arguments devant les journalistes, dans un échange qu’il souhaite transparent et basé sur les faits.