La matinée de ce mercredi a été marquée par une vive tension à Gouloum Béthio, localité de la commune de Kamb dans le département de Linguère. À l’origine des échauffourées, une opération menée par la Sénégalaise des Eaux Rurales (SDE-R) pour récupérer la gestion du forage du village, une décision à laquelle les jeunes habitants se sont opposés avec vigueur.
Lorsque les agents de la SDE-R ont tenté de procéder au raccordement du forage à l’installation électrique, les villageois se sont interposés. Cette résistance a entraîné l’intervention de la gendarmerie de Yang Yang, appuyée par des renforts. Très vite, la situation a dégénéré, donnant lieu à des affrontements violents entre la population et les forces de l’ordre.
Sur les réseaux sociaux, notamment via la page Facebook de Babacar Sarr, des images circulent montrant un enfant du nom de Ndiaga Sarr, âgé de 14 ans, utilisé comme « bouclier humain » par les gendarmes, une scène qui a suscité l’indignation. Contacté par PressAfrik, Babacar Sarr a donné des explications sur le contexte de ces incidents.
Selon lui, tout est parti d’une proposition formulée par le ministre de l’Hydraulique, Cheikh Tidiane Dièye, visant à confier la gestion des forages villageois à la SDE-R. « Le ministre avait dit que c’était une option : si le village est d’accord, la SDE-R prend la gestion, sinon elle se retire. Mais les habitants de Gouloum ont clairement refusé. Malgré cela, la société a tenté de passer en force, ce qui a déclenché l’affrontement », a-t-il déclaré.
Il accuse la gendarmerie d’avoir réagi de manière disproportionnée : « Ils ont lancé des grenades lacrymogènes sur la population. Et quand les affrontements se sont intensifiés, ils ont attrapé un enfant pour l’utiliser comme bouclier. C’est inacceptable », a martelé M. Sarr.
Le bilan fait état de plusieurs blessés parmi les villageois, certains souffrant de maladies respiratoires ou d’asthme, aggravées par les gaz lacrymogènes. Des dégâts matériels ont également été signalés, notamment des chaises et autres équipements saccagés. En outre, sept personnes ont été arrêtées, dont une femme.
Dans un message d’interpellation, Babacar Sarr a appelé les plus hautes autorités, notamment le ministre de l’Intérieur Bamba Cissé, le Premier ministre Ousmane Sonko et le président Bassirou Diomaye Faye, à réagir face à ce qu’il qualifie de dérives graves. « Un enfant n’est pas un gilet pare-balles et un village n’est pas une caserne. La dignité humaine ne se négocie pas, ni avec la SDE-R ni avec quiconque », a-t-il martelé.
Cette affaire, qui mêle tensions sociales, gestion des ressources hydrauliques et violences policières présumées, risque d’alimenter de vifs débats au niveau national sur la manière dont l’État conduit ses réformes dans les zones rurales et sur la protection des droits fondamentaux des citoyens.