Le débat sur l’organisation territoriale de Kaolack prend une nouvelle dimension avec la proposition formulée par le journaliste spécialisé en décentralisation, Cheikh Tidiane Sarr. Ce dernier plaide pour l’érection de Médina Baye en commune d’arrondissement, avec l’intégration des quartiers environnants, afin de rapprocher davantage l’administration des populations et de mieux prendre en charge les spécificités de cette cité religieuse à vocation internationale.
Facilitateur en développement, animateur en coaching territorial et titulaire d’un Master 2 en Développement territorial et Gouvernance de l’Institut africain de développement local (IADL), Cheikh Tidiane Sarr estime que cette réforme pourrait constituer une étape importante dans l’évolution institutionnelle de la capitale du Saloum.
Selon lui, Kaolack devrait progressivement tendre vers un statut de grande ville, à l’image des principales métropoles sénégalaises. Une telle évolution permettrait, à ses yeux, de revoir la répartition des compétences administratives, de rapprocher les services publics des citoyens et de faciliter la gestion d’un territoire devenu particulièrement vaste. Le maire de Kaolack administre aujourd’hui plus de quarante-cinq quartiers, une situation qui, selon le journaliste, pose nécessairement la question d’une gouvernance territoriale plus déconcentrée et plus proche des réalités locales.
Dans cette perspective, l’érection de Médina Baye en commune d’arrondissement ne serait pas uniquement une réforme administrative. Elle pourrait également devenir un instrument de valorisation territoriale et de développement économique. Cheikh Tidiane Sarr inscrit en effet sa réflexion dans une démarche de marketing territorial, qui consiste à mettre en avant les ressources identitaires, culturelles, économiques, historiques et spirituelles d’un territoire afin d’accroître son attractivité.
Et sur ce terrain, Médina Baye dispose d’atouts considérables.
Fondée par Cheikh Al Islam El Hadji Ibrahima Niass, plus connu sous le nom de Baye Niass, figure majeure de l’islam du XXe siècle et fondateur de la Faydatou Tidjania, la cité religieuse bénéficie d’un rayonnement qui dépasse largement les frontières du Sénégal. Son influence spirituelle et intellectuelle s’étend à de nombreux pays d’Afrique, mais également à plusieurs régions du monde.
Pour Cheikh Tidiane Sarr, cet héritage constitue un patrimoine immatériel exceptionnel et un véritable avantage comparatif pour Kaolack. Médina Baye accueille régulièrement d’importantes délégations de fidèles, de chercheurs, d’universitaires, de diplomates, de responsables politiques et de guides religieux venus de différents continents, notamment à l’occasion du Gamou international et de la Grande Ziarra de Baye Niass.
Cette affluence religieuse représente également un important potentiel économique. Les flux de visiteurs soutiennent de nombreuses activités commerciales, hôtelières, artisanales et de services. Ils contribuent à dynamiser l’économie locale et à renforcer la visibilité de Kaolack sur la scène nationale et internationale.
La cité dispose par ailleurs d’un patrimoine religieux et historique particulièrement riche. Le mausolée de Baye Niass, la Grande Mosquée de Médina Baye, la résidence historique du guide religieux, le puits historique ainsi que plusieurs autres lieux de mémoire et de recueillement constituent autant de sites susceptibles de renforcer le développement du tourisme religieux.
À travers ces infrastructures et ces lieux de mémoire, Médina Baye apparaît ainsi comme un territoire disposant d’un potentiel important pour structurer une véritable offre de tourisme spirituel. Pour Cheikh Tidiane Sarr, une meilleure organisation administrative permettrait précisément de mieux accompagner cette dynamique, notamment en matière d’aménagement urbain, d’accueil des visiteurs, de gestion des espaces publics, de mobilité et de valorisation du patrimoine.
La dimension internationale de Médina Baye constitue également, selon lui, un autre argument en faveur d’une gouvernance spécifique. Les visites régulières de délégations étrangères, d’autorités politiques, de chefs religieux, de chercheurs et d’universitaires participent à la visibilité de la cité et, par ricochet, à celle de Kaolack.
Les audiences accordées par le Khalife général de la Fayda Tijania et Khalife de Baye Niass, Cheikh Mouhamadou Mahi Ibrahima Niass, s’inscrivent dans cette dynamique de dialogue et de rapprochement entre les peuples. La cité religieuse constitue ainsi un espace où se rencontrent régulièrement différentes nationalités, cultures et sensibilités.
Pour le journaliste, Médina Baye ne doit donc pas être considérée uniquement comme un quartier de Kaolack. Elle représente aussi un centre majeur de diplomatie religieuse.
Cette dimension trouve ses racines dans l’histoire de Baye Niass, qui avait développé des relations religieuses avec de nombreux pays et contribué à la diffusion de la Faydatou Tidjania à travers le monde. Cette tradition de rayonnement international se poursuit aujourd’hui sous le magistère de Cheikh Mouhamadou Mahi Ibrahima Niass, notamment à travers différentes initiatives en faveur du dialogue, de la paix et du rapprochement entre les communautés.
Cheikh Tidiane Sarr évoque notamment les démarches entreprises par le Khalife général dans le cadre des efforts de dialogue autour de la crise soudanaise. À ses yeux, ces initiatives illustrent le rôle que peut jouer la diplomatie religieuse dans la prévention et la résolution des conflits, mais aussi dans la promotion du dialogue interculturel.
À ces atouts religieux et diplomatiques s’ajoutent d’importantes potentialités économiques et infrastructurelles. Cheikh Tidiane Sarr cite notamment le marché central moderne, le centre de santé, le parc solaire, les nombreux daaras et établissements d’enseignement islamique, parmi lesquels l’Institut islamique arabe Mame El Hadji Abdoulaye Niass.
Il met également en avant les infrastructures hôtelières, les équipements urbains, l’extension de la ville vers Mbadakhoune ainsi que les perspectives liées au développement de l’enseignement supérieur dans la région, avec notamment l’Université du Sine Saloum El Hadji Ibrahima Niass, qui porte le nom de l’illustre guide religieux.
L’activité commerciale constitue également un moteur important de l’économie locale. Elle est fortement stimulée par les déplacements permanents de pèlerins et de visiteurs. La diversité des communautés présentes à Médina Baye, ainsi que la présence de ressortissants de plusieurs pays, donnent par ailleurs à la cité un caractère cosmopolite qui renforce son potentiel économique et culturel.
Dans ce contexte, Cheikh Tidiane Sarr estime que la création d’une commune d’arrondissement à Médina Baye pourrait permettre de mettre en place une gouvernance de proximité mieux adaptée à la réalité du territoire. Cette nouvelle organisation offrirait, selon lui, un cadre institutionnel susceptible de mieux accompagner les besoins des populations tout en donnant davantage de moyens à la collectivité pour gérer les enjeux spécifiques liés à son rayonnement international.
Au-delà de la seule question administrative, le projet porterait ainsi une ambition plus large : faire de Médina Baye un véritable pôle de développement territorial, culturel, économique et spirituel.
Pour Cheikh Tidiane Sarr, une telle réforme pourrait également contribuer à consolider le positionnement de Kaolack comme capitale sénégalaise de la diplomatie religieuse, du tourisme spirituel et du dialogue des civilisations. Dans une région où les enjeux de développement, d’attractivité et de gouvernance urbaine deviennent de plus en plus importants, la réflexion sur le statut de Médina Baye ouvre ainsi un nouveau débat sur l’avenir institutionnel et territorial de Kaolack.
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