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Politique

Le retour éclair de Macky Sall : le Palais face au défi de la realpolitik

Par Aly Saleh

L’ancien président de la République, Macky Sall, effectue un retour éclair à Dakar ce vendredi 17 juillet 2026. Ce premier déplacement au Sénégal depuis son départ du pouvoir marque un tournant à la fois politique et diplomatique. Reçu au Palais de la République par son successeur, le président Bassirou Diomaye Faye, l’ancien chef de l’État entend défendre une carte importante pour ses ambitions internationales.

L’enjeu diplomatique : obtenir le soutien de Dakar

Auditionné devant l’Assemblée générale des Nations unies dans le cadre de sa candidature au poste de secrétaire général de l’ONU, Macky Sall se présente comme le candidat du renouveau du multilatéralisme. Toutefois, sa candidature est actuellement portée par le Burundi, alors que la diplomatie sénégalaise s’était jusque-là officiellement désolidarisée de cette initiative auprès de l’Union africaine.

L’objectif de ce tête-à-tête de quelques heures est donc de convaincre le président Bassirou Diomaye Faye d’accorder le soutien officiel du Sénégal. Sans l’appui de son propre pays, les chances de l’ancien président d’accéder à cette prestigieuse fonction seraient fortement compromises sur la scène internationale.

Le droit au retour : un cadre constitutionnel réaffirmé

Face aux interrogations suscitées par cette visite, le gouvernement a tenu à rappeler le cadre juridique applicable. Le ministre des Forces armées, Yankhoba Diémé, a réaffirmé sur les ondes de la RTS que ce déplacement est parfaitement légal.

« Le président Macky Sall ne fait l’objet d’aucune accusation, d’aucune poursuite, encore moins d’une condamnation. Il est citoyen de ce pays. Il a le droit d’entrer et de sortir du territoire », a déclaré le ministre.

Pour les autorités, le président Bassirou Diomaye Faye agit en garant de la Constitution et de l’État de droit. Cette position vise à mettre fin aux rumeurs d’une éventuelle interpellation et confirme que l’ancien chef de l’État ne fait l’objet d’aucune procédure judiciaire au Sénégal.

La fronde de la société civile

Cette position officielle ne fait toutefois pas l’unanimité. L’annonce de l’audience présidentielle a suscité une vive réaction au sein d’une partie de la société civile.

Le mouvement citoyen Y en a marre, le Collectif des victimes des événements politiques de 2021 à 2024 ainsi que l’Initiative Zéro Impunité (IZI) ont dénoncé la réception de Macky Sall au Palais de la République. Ces organisations estiment que l’ancien président porte une responsabilité politique dans les violences survenues entre 2021 et 2024 et réclament que toute la lumière soit faite avant toute démarche de réconciliation.

Lors d’une conférence de presse conjointe à Dakar, elles ont dénoncé le fait de « dérouler le tapis rouge » à celui qu’elles accusent de graves violations des droits humains. Une marche pacifique est annoncée afin de réclamer justice et de manifester leur opposition à sa candidature à la tête des Nations unies.

Une contestation confrontée au vide juridique

Les observateurs relèvent ainsi un contraste marqué entre la contestation politique et la réalité juridique.

D’un côté, les familles des victimes et plusieurs mouvements citoyens continuent d’exiger que des responsabilités soient établies. De l’autre, aucun dossier judiciaire n’est actuellement ouvert contre l’ancien président.

L’ancienne Première ministre Aminata Touré l’a d’ailleurs rappelé en déclarant : « À ce que je sache, Macky Sall ne fait l’objet d’aucune poursuite. »

Par ailleurs, la loi d’amnistie générale, adoptée à la fin de son mandat, demeure en vigueur. Cette loi protège juridiquement les faits liés à cette période, tant qu’elle n’est pas abrogée ou révisée. Pour les partisans de l’ancien chef de l’État, les critiques relèvent donc davantage du débat politique et moral que d’une réalité judiciaire.

La realpolitik au cœur de la rencontre

Pour le président Bassirou Diomaye Faye, cette audience constitue un exercice d’équilibre délicat.

D’un côté, une partie de sa majorité et de son électorat réclame une attitude de fermeté envers son prédécesseur. De l’autre, les exigences de la diplomatie et de la continuité de l’État peuvent justifier un dialogue institutionnel, d’autant que l’éventuelle accession d’un Sénégalais au poste de secrétaire général de l’ONU représenterait un prestige considérable pour le pays.

Conscient de la sensibilité du contexte, Macky Sall a choisi un format de visite particulièrement discret. Son arrivée est prévue à 15 heures, suivie d’une audience au Palais de la République à 16 heures, avant un départ pour les États-Unis à 18 heures.

Aucun bain de foule n’est prévu. L’ancien président a reporté ses rencontres avec les militants de l’Alliance pour la République (APR), afin d’éviter toute tension ou tout risque d’affrontement.

Cette rencontre pourrait peser sur l’avenir international de Macky Sall. Elle illustre également que, malgré l’alternance politique, les intérêts supérieurs de l’État continuent d’imposer le dialogue entre les deux hommes.

Au-delà d’une simple visite de courtoisie, cette audience apparaît comme l’ouverture d’une nouvelle séquence politique. Elle met en lumière les tensions permanentes entre les impératifs de justice, les exigences diplomatiques et les réalités de la gouvernance, tout en révélant les recompositions politiques en cours au Sénégal.


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