Dans la ville de Dakar et sa banlieue, la Police nationale a intensifié, depuis plusieurs semaines, ses opérations contre la mendicité et l’encombrement de la voie publique. Ces interventions, qui visent notamment à libérer les trottoirs et certains espaces publics occupés de manière anarchique, suscitent à la fois l’adhésion d’une partie importante de la population et des interrogations de la part d’organisations de défense des droits humains.
L’une des opérations les plus récentes s’est déroulée dans la soirée du mardi 18 août. Pendant trois heures trente, de 20 h 30 à minuit, les forces de l’ordre ont procédé à l’interpellation d’au moins 234 personnes dans différents secteurs de la capitale et de sa périphérie. Cette opération s’inscrit dans une stratégie plus large de sécurisation de l’espace public engagée par les services de police.
Pour les autorités, l’objectif ne se limite toutefois pas à lutter contre la mendicité. Il s’agit également de réduire les risques liés à l’occupation anarchique des rues, des trottoirs et de certains axes très fréquentés, dans un contexte marqué par des problèmes de sécurité et de circulation.
Interrogé par le journal L’Observateur, le commissaire central de Dakar, Mamadou Tendeng, a tenu à clarifier la démarche de la Police face aux critiques qui commencent à émerger autour de ces opérations. Le responsable de la sécurité dans la capitale écarte toute volonté de cibler des communautés étrangères et rejette les accusations de xénophobie.
« Il n’est pas question de xénophobie, mais d’actions de sécurisation humanisées pour assainir l’espace public », a-t-il déclaré.
Cette mise au point intervient alors que plusieurs organisations de défense des droits humains ont exprimé leur préoccupation face à la tournure prise par le débat public. Amnesty International s’est notamment alarmée de la montée, dans les médias et sur les réseaux sociaux, de discours à caractère xénophobe visant certaines communautés établies au Sénégal.
La Police assure, de son côté, que ses interventions répondent avant tout à des impératifs de sécurité et de protection des populations. Selon Mamadou Tendeng, les autorités ont notamment constaté plusieurs accidents impliquant des adolescents dans des zones où l’insécurité et l’encombrement des voies posent problème.
Le commissaire central de Dakar évoque ainsi plusieurs « homicides involontaires (accidents) d’adolescents », qui auraient renforcé la détermination des forces de l’ordre à agir sur le terrain. L’objectif affiché est donc de prévenir de nouveaux drames en réduisant les situations susceptibles de favoriser les accidents et autres incidents.
Cette offensive contre la mendicité et l’occupation anarchique de l’espace public rappelle une précédente opération de grande ampleur menée en décembre 2024. À cette période, les autorités avaient annoncé le retrait des trottoirs et de plusieurs espaces précaires d’environ 800 mendiants, présentés comme étant tous de nationalité nigérienne.
Cette opération avait été suivie d’un rapatriement massif, organisé avec le concours de l’ambassade du Niger à Dakar. L’épisode avait déjà suscité des réactions et relancé le débat sur la manière dont les pouvoirs publics doivent concilier impératifs de sécurité, lutte contre l’occupation anarchique de l’espace public et respect des droits fondamentaux des personnes concernées.
Alors que les opérations se poursuivent actuellement dans Dakar et sa banlieue, le débat reste donc ouvert entre, d’une part, la nécessité pour les autorités de sécuriser les espaces publics et de lutter contre les formes d’occupation jugées anarchiques et, d’autre part, l’exigence de garantir un traitement respectueux de la dignité et des droits de toutes les personnes interpellées, quelle que soit leur nationalité.
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