Société
Mon procès du 12 novembre 2025 — La science du droit à la barre, par Mamadou Sy Tounkara
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par
Diack
Le 12 novembre 2025, je comparaîtrai devant le Tribunal de Grande Instance de Dakar.
Je suis poursuivi à la suite de mon audition à la Police, parce que j’ai analysé sur un plateau de télévision, et dans mes écrits, la non-inscription d’une proposition de loi à l’ordre du jour du Bureau de l’Assemblée nationale.
Ma conclusion était simple, juridique et argumentée :
cette proposition de loi est caduque, donc assimilable à un rejet de fait.
Cette conclusion ne naît ni d’un dogme, ni d’un choix passionnel, ni d’une posture idéologique.
Elle procède d’une démarche intellectuelle rigoureuse, fondée sur la science du droit, et notamment sur la méthodologie syllogistique, cœur de la légistique, c’est-à-dire la science de la formation des lois.
Le syllogisme juridique : méthode universelle
Ma démarche repose sur un raisonnement enseigné dans toutes les universités du monde, de Harvard à la Sorbonne, de Sciences Po à l’UCAD — le syllogisme, qui combine deux prémisses pour aboutir à une conclusion nécessaire.
Prémisse majeure (norme écrite)
L’article 60, alinéa 5 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale prévoit qu’une proposition de loi non examinée durant deux sessions ordinaires consécutives et une session extraordinaire devient caduque.
Prémisse mineure (faits établis)
La proposition de loi en question n’a pas été inscrite et donc n’a pas été examinée dans ces conditions.
Conclusion syllogistique (inévitable)
La proposition de loi est donc caduque, c’est-à-dire juridiquement inexistante.
Ce que j’ai dit n’est pas une opinion :
c’est la déduction juridique correcte d’un fait institutionnel, selon une méthode académique.
Un combat pour l’esprit scientifique et la liberté d’analyse
Copernic, Bruno, Galilée furent jugés pour avoir défendu des vérités scientifiques.
Ils furent condamnés pour avoir appliqué la méthode rationnelle à leur époque.
Je ne me compare pas à eux — mais je vois une situation comparable :
ce procès ne porte pas sur moi.
Il porte sur :
• la liberté d’analyse juridique
• la souverénité de la raison
• l’indépendance de la science du droit
• le droit du citoyen de questionner l’État
• le contrôle démocratique des institutions
Ce qui sera jugé le 12 novembre
Ce jour-là, on ne jugera pas un homme.
On jugera une méthode : le raisonnement scientifique en droit.
On jugera un principe : la liberté de pensée.
On jugera un devoir citoyen : l’analyse des actes publics.
Si la logique juridique devient suspecte,
si l’application de la règle devient une faute,
alors la République abdique devant l’arbitraire.
Ma conviction et ma fidélité à la République
Je crois en la justice de mon pays.
Je crois en la force du droit.
Je crois que la lumière finit toujours par dissiper les ombres.
J’irai donc au tribunal droit, calme, fidèle à ma conscience et à ma patrie.
Car, au fond, la question est simple :
Le Sénégal choisira-t-il la science ou la peur de la science ?
Le droit ou l’émotion ?
La République ou l’arbitraire ?
Aux jeunes et aux générations futures
À celles et ceux qui grandissent aujourd’hui, qui apprendront demain, et qui conduiront la Nation après-demain, je veux dire ceci :
Ne renoncez jamais à penser.
Ne renoncez jamais à questionner.
Ne renoncez jamais à comprendre.
La République a besoin de têtes libres, de consciences éclairées, de citoyennes et citoyens capables de défendre le droit, la vérité et la dignité humaine.
Ce combat n’est pas seulement pour mon honneur personnel.
Il est pour votre droit à apprendre,
pour votre droit à réfléchir,
pour votre droit à bâtir un Sénégal moderne, juste et intelligent.
Si un jour vous êtes appelés à parler au nom du savoir,
que personne ne puisse vous faire taire pour avoir dit ce que la science dit.
Conclusion
Le 12 novembre 2025, ce ne sera pas un citoyen isolé qui se tiendra à la barre.
Ce sera l’idée selon laquelle :
penser n’est pas un délit,
analyser n’est pas un crime,
et appliquer une méthode scientifique ne peut jamais mener devant un juge.
Si la science du droit devient une infraction,
alors qui défendra la démocratie quand elle vacillera ?
Je serai présent, serein, confiant.
Non pas pour moi seulement,
mais pour la République,
pour la raison,
et pour vous, la jeunesse du Sénégal,
et les générations à venir.
Mamadou Sy Tounkara
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