Le communiqué publié le 15 mai par le gouverneur de Dakar, annonçant des opérations de contrôle et de libération des autoponts irrégulièrement occupés, aurait pu être accueilli comme une mesure salutaire. Pourtant, derrière cette réaction officielle se cache surtout le constat inquiétant d’un laisser-faire profondément enraciné dans la gestion de l’espace public dans la capitale sénégalaise.
Dans son texte, l’autorité administrative déplore « l’installation d’abris de fortune, l’exercice d’activités commerciales non autorisées, le stationnement anarchique de motos et de matériels divers ainsi que l’utilisation de ces espaces comme lieux d’hébergement nocturne ». Une situation devenue banale sous plusieurs autoponts de Dakar, au point que certains de ces lieux ressemblent désormais à de véritables zones d’occupation permanente.
Mais ce qui interpelle le plus dans cette affaire reste le timing de cette sortie. Il a fallu un reportage diffusé par la RTS pour provoquer une réaction officielle, alors que le phénomène ne date nullement d’hier. Depuis plusieurs années, chaque nouvelle infrastructure routière livrée aux usagers est rapidement envahie par des occupations informelles. Quelques semaines suffisent souvent pour voir apparaître des installations précaires, des commerces improvisés et des parkings sauvages sous les ponts et aux abords des échangeurs.
Progressivement, ces espaces publics sont transformés en propriétés privées de fait, sans véritable opposition des autorités. Le premier occupant s’installe, d’autres suivent, et le désordre finit par s’imposer comme une norme. Une réalité qui soulève de nombreuses interrogations sur l’efficacité du contrôle administratif et sécuritaire dans la capitale.
Le gouverneur annonce aujourd’hui des opérations impliquant les forces de défense et de sécurité. Pourtant, policiers et gendarmes sont quotidiennement présents à proximité de plusieurs autoponts concernés. Ils assistent depuis des mois, parfois des années, à cette occupation progressive des lieux. Dès lors, beaucoup s’interrogent : pourquoi aucune intervention n’a-t-elle été menée plus tôt ?
Car empêcher une installation anarchique dès ses débuts semble plus simple que d’attendre qu’elle se consolide, créant chez les occupants un sentiment de légitimité, voire parfois une posture victimaire lors des déguerpissements. Ces opérations tardives, bien qu’elles apparaissent nécessaires pour rétablir l’ordre, viennent aussi briser des activités économiques précaires et des espoirs construits dans l’illégalité mais tolérés pendant longtemps.
L’autre point qui suscite l’incompréhension concerne le rôle des structures publiques chargées de la gestion des infrastructures routières, notamment Ageroute. L’agence, responsable des grands axes, semble avoir abordé le problème sous un angle essentiellement événementiel plutôt que structurel.
Dans un communiqué daté du 28 avril et publié sur sa page Facebook le 6 mai, Ageroute annonçait des opérations de déguerpissement « dans le cadre des Jeux olympiques de la jeunesse 2026 ». Une formulation qui a provoqué de nombreuses critiques. Pour plusieurs observateurs, ce message laisse entendre que les opérations de libération des espaces publics seraient motivées davantage par le souci de présenter une image propre de Dakar à l’approche d’un événement international que par une volonté durable de préserver le cadre urbain.
Cette perception alimente un sentiment de frustration chez de nombreux Dakarois. Beaucoup redoutent que ces opérations ne soient que temporaires, avant un retour progressif des occupations anarchiques une fois les JOJ terminés.
Le phénomène ne se limite d’ailleurs pas aux espaces situés sous les ponts. Certaines infrastructures elles-mêmes sont touchées. Au pont de Fann, par exemple, l’espace séparant les deux voies a été occupé par des installations de fortune. Dans le passé, des situations similaires avaient déjà été observées sur certaines passerelles de la VDN, sans réaction durable des autorités compétentes.
Dans ce contexte, l’absence visible de la municipalité de Dakar est également pointée du doigt. Alors que la capitale fait face à des problèmes croissants d’occupation irrégulière et de désordre urbain, les initiatives municipales apparaissent quasi inexistantes sur cette question.
Le maire de Dakar est davantage perçu comme concentré sur les enjeux politiques liés à son maintien à la tête de la ville, dans un climat marqué par les débats autour d’une éventuelle délégation spéciale. Pendant ce temps, les problématiques liées à l’ordre urbain semblent reléguées au second plan.
Pourtant, certains rappellent l’exemple de Khalifa Sall, ancien maire de Dakar, qui avait engagé plusieurs opérations de réorganisation de l’espace public malgré leur impopularité initiale. Pour ses partisans, il avait démontré qu’une gouvernance fondée sur une vision claire et détachée des calculs politiciens pouvait produire des შედეგats visibles, y compris sur le plan électoral.
Quant aux maires des autres communes de Dakar, leur silence sur le sujet renforce le sentiment d’abandon ressenti par une partie de la population. Beaucoup dénoncent un manque d’anticipation généralisé et une incapacité des autorités locales à faire respecter durablement les règles d’occupation de l’espace public.
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